Les conflits récents, qu’ils soient menés par Vladimir Poutine en Ukraine, Donald Trump au Proche-Orient ou Benjamin Netanyahu à Gaza, s’enlisent systématiquement dans des impasses stratégiques. Selon Libération, cette tendance illustre une constante historique : la guerre est bien plus souvent un échec pour ses initiateurs que le couronnement de leurs ambitions.

Dans une tribune publiée ce 8 juin 2026, l’ancien directeur de Libération, Serge July, dresse un parallèle frappant entre ces dirigeants modernes et Napoléon III. Tous, selon lui, partagent une même trajectoire : celle de dirigeants qui misent sur des offensives rapides, des coups de force inattendus, pour finalement se retrouver englués dans des conflits sans issue. « La guerre est plus souvent un échec qu’une victoire », écrit-il, soulignant que cette logique perdure malgré les siècles qui séparent ces époques.

Ce qu'il faut retenir

  • Les guerres contemporaines menées par Vladimir Poutine en Ukraine, Donald Trump au Proche-Orient et Benjamin Netanyahu à Gaza s’enlisent dans des impasses stratégiques, selon Libération.
  • Serge July établit un parallèle entre ces dirigeants et Napoléon III, tous caractérisés par des offensives rapides suivies d’échecs prolongés.
  • L’auteur souligne que « la guerre est plus souvent un échec qu’une victoire », une constante historique selon lui.
  • Les conflits modernes, malgré leurs différences de contexte, reproduisent des schémas stratégiques similaires à ceux du XIXe siècle.

Des offensives éclair aux bourbiers prolongés

La stratégie de Vladimir Poutine en Ukraine, lancée en février 2022, illustre parfaitement ce phénomène. Initialement présentée comme une opération militaire rapide visant à « dénazifier » le pays, l’invasion s’est transformée en un conflit d’usure aux conséquences imprévues. Côté russe, les pertes humaines et économiques se comptent en dizaines de milliers de morts et en centaines de milliards d’euros dépensés, tandis que le territoire conquis reste limité et contesté. « L’objectif initial s’est transformé en un gouffre sans fond », analyse Serge July.

Cette dynamique n’est pas sans rappeler la campagne de Napoléon III contre la Prusse en 1870, où une victoire rapide se mua en désastre national après seulement quelques semaines. Les similitudes ne s’arrêtent pas là : comme l’empereur français, ces dirigeants contemporains ont sous-estimé la résistance de leurs adversaires et la capacité de leurs propres sociétés à absorber l’effondrement. Selon Libération, cette récurrence historique interroge sur la rationalité même des décisions stratégiques prises en temps de crise.

Le Proche-Orient, terrain de tous les pièges

L’intervention militaire américaine au Proche-Orient sous la présidence de Donald Trump, notamment en Syrie et en Iran, a également suivi ce schéma. Annoncée comme une démonstration de force pour « rétablir l’ordre », l’opération s’est rapidement enlisée dans un conflit asymétrique contre des groupes armés bien organisés. Les frappes aériennes, coûteuses et peu efficaces, ont été suivies d’une occupation coûteuse et impopulaire, avant que Washington ne doive finalement organiser un retrait chaotique en 2025. « Trump a cru pouvoir régler un conflit vieux de plusieurs décennies par une démonstration de force », rappelle Serge July, avant de conclure : « Résultat, les États-Unis sont sortis affaiblis, et la région plus instable que jamais. »

À Gaza, Benjamin Netanyahu a de son côté engagé son pays dans une opération militaire censée « éradiquer le Hamas » après l’attaque du 7 octobre 2023. Près de trois ans plus tard, les combats persistent, les victimes civiles se comptent par dizaines de milliers, et l’objectif initial reste hors de portée. Le Premier ministre israélien, comme ses homologues russe et américain, a misé sur une victoire rapide, mais se retrouve prisonnier d’une guerre dont les issues semblent de plus en plus incertaines.

Et maintenant ?

Ces conflits en cours pourraient connaître des évolutions majeures d’ici la fin de l’année 2026. Du côté ukrainien, les livraisons d’armes occidentales, notamment américaines, pourraient ralentir en raison des débats politiques aux États-Unis. En Israël, l’issue du conflit à Gaza dépendra en grande partie des négociations en cours sur un cessez-le-feu et la libération des otages. Quant au Proche-Orient, la région reste sous haute tension, avec un risque accru d’embrasement généralisé si les tensions entre Israël et le Hezbollah au Liban venaient à s’aggraver. Une chose est sûre : la capacité des dirigeants à sortir de ces impasses stratégiques semble aujourd’hui plus limitée que jamais.

Serge July, dans sa tribune, invite à tirer une leçon de ces échecs répétés : « La guerre est un pari perdu d’avance ». Pourtant, malgré les preuves historiques et les coûts humains et économiques, les dirigeants continuent de miser sur des solutions militaires pour régler des crises politiques. Reste à savoir si cette tendance, aussi ancienne que l’histoire elle-même, parviendra un jour à être inversée.