Construits au XIXe siècle pour répondre à la saturation des cimetières paroissiaux londoniens, les « Magnificent Seven » – sept nécropoles emblématiques de la capitale britannique – ont connu une métamorphose inattendue. Selon Reporterre, ces lieux, initialement dédiés au repos éternel, sont aujourd’hui des écosystèmes florissants où oiseaux rares, insectes menacés et centaines d’espèces végétales prospèrent. Une transformation illustrée par la visite du cimetière de Nunhead, l’un des plus emblématiques de ce groupe.

Ce qu'il faut retenir

  • Les « Magnificent Seven » regroupent sept cimetières londoniens construits entre 1832 et 1841 pour pallier la saturation des cimetières paroissiaux anglicans.
  • Ces sites, comme celui de Nunhead, abritent désormais des centaines d’espèces d’oiseaux, d’insectes et de plantes, dont certaines rares ou protégées.
  • La biodiversité y est si riche que ces cimetières sont devenus des lieux de promenade prisés, où la nature a repris ses droits.
  • Leur réhabilitation écologique s’inscrit dans une démarche plus large de renaturation urbaine au Royaume-Uni.
  • Des passionnés, comme celui cité par Reporterre, jouent un rôle clé dans la préservation et la valorisation de ces espaces.

Des cimetières conçus pour une ville en pleine expansion

Au début du XIXe siècle, Londres connaît une croissance démographique rapide sous l’effet de la Révolution industrielle. Les cimetières paroissiaux, souvent de taille réduite et situés au cœur des quartiers, arrivent à saturation. Entre 1832 et 1841, sept nouveaux cimetières sont donc aménagés en périphérie de la ville, selon un modèle inspiré des jardins paysagers. Baptisés les « Magnificent Seven », ils portent des noms évocateurs : Nunhead, West Norwood, Highgate, Kensal Green, Brompton, Abney Park et Tower Hamlets.

Ces nécropoles, conçues comme des parcs à l’anglaise, intégraient dès leur création des arbres matures et des espaces verts. Une esthétique qui, sans le vouloir, en faisait déjà des refuges potentiels pour la faune et la flore. Selon Reporterre, cette dimension a pris une ampleur imprévue au fil des décennies, au point de transformer ces lieux de mémoire en véritables réserves naturelles.

Nunhead, un exemple frappant de renaturation

Parmi ces sept cimetières, celui de Nunhead, situé au sud-est de Londres, incarne particulièrement cette reconquête par la nature. Ouvert en 1840, il abrite aujourd’hui des tilleuls centenaires, des mésanges charbonnières, des renards et même des chauves-souris. « On y dénombre plus de 200 espèces végétales, dont certaines protégées, et des dizaines d’espèces d’oiseaux, comme le rouge-gorge ou le verdier d’Europe », précise le passionné qui guide Reporterre sur place.

Le site est aussi un terrain de jeu pour les entomologistes. Selon une étude citée par Reporterre, près de 500 espèces d’insectes y ont été recensées, dont des coléoptères rares comme le Lucane cerf-volant. Les allées, autrefois strictement entretenues, laissent désormais place à des zones de végétation spontanée, propices à cette biodiversité.

Un modèle reproductible ailleurs en Europe ?

L’histoire des « Magnificent Seven » interroge sur la gestion des espaces urbains en Europe. Ces cimetières, abandonnés par leur vocation initiale, démontrent qu’une cohabitation entre mémoire et nature est possible. À l’heure où les villes cherchent à verdir leurs infrastructures, ces sites offrent une piste concrète. Reporterre souligne que des initiatives similaires émergent en France, comme à Paris avec le cimetière du Père-Lachaise, où la végétation s’étend naturellement.

Pour autant, cette transformation ne va pas sans défis. La gestion de ces espaces, à mi-chemin entre patrimoine historique et réserve écologique, nécessite un équilibre délicat. Les autorités locales doivent concilier préservation des sépultures, sécurité des visiteurs et protection des écosystèmes. Un travail de longue haleine, comme en témoigne le cimetière de Nunhead, où des panneaux informent désormais les promeneurs sur la faune et la flore locales.

Et maintenant ?

La renaturation des « Magnificent Seven » pourrait servir de modèle pour d’autres villes confrontées à des cimetières saturés ou abandonnés. À Londres, des associations locales plaident pour une reconnaissance officielle de ces sites comme « réserves naturelles urbaines ». Une labellisation qui pourrait intervenir d’ici 2028, selon les observateurs. En France, des élus et écologistes réclament des études similaires pour évaluer le potentiel de sites comparables. Reste à voir si cette dynamique inspirera des politiques publiques ambitieuses en matière de biodiversité urbaine.

Ces cimetières, autrefois symbole de mort, sont aujourd’hui des laboratoires à ciel ouvert où la vie reprend ses droits. Une ironie du sort qui rappelle que, parfois, l’histoire réserve des surprises.

Le surnom « Magnificent Seven » fait référence aux sept cimetières construits entre 1832 et 1841 pour répondre à la saturation des cimetières paroissiaux londoniens. Leur appellation, inspirée des westerns américains, souligne leur taille imposante et leur architecture paysagère soignée, comparable à celle de grands parcs.