Selon Franceinfo - Sport, les équipementiers montent en Europe des équipes en recrutant athlètes et coachs, comme aux Etats-Unis. C'est le cas de Hoka, qui a recruté Adrien Taouji, entraîneur de Jimmy Gressier, champion du monde en titre du 10 000 m. Adrien Taouji est désormais « coach principal » chez Hoka, tout en gardant son groupe à l'Insep, comme le confirme Frank Bignet, directeur technique national à la Fédération française d'athlétisme.
Ce qu'il faut retenir
- Adrien Taouji, entraîneur de Jimmy Gressier, est recruté par Hoka en tant que « coach principal ».
- Il garde son groupe à l'Insep, avec l'accord de la Fédération française d'athlétisme.
- Les équipementiers comme Hoka, Nike et On running créent des équipes en Europe en recrutant athlètes et coachs.
Le modèle économique
Les équipementiers embauchent des entraîneurs qu'ils rémunèrent, à l'inverse des coachs d'athlètes de haut niveau qui sont souvent bénévoles avec un autre métier à côté. Les marques recrutent également des athlètes, qu'elles payent et habillent de pied en cap. En s'affichant partout avec les produits offerts, tous contribuent ainsi à la visibilité de l'enseigne.
Corentin Le Clézio, spécialiste du 800 m, a rejoint le groupe On Athletics Club Europe, à Saint-Moritz, en Suisse. Il apprécie le fait que « toutes les autres dépenses sont prises en charge lorsqu'elles interviennent dans le cadre du groupe ». Les stages sont financés, ce qui n'était pas le cas avant. Les athlètes sont invités à participer aux événements menés par leurs équipementiers, mais rien n'est obligatoire, assurent-ils.
Les conséquences pour les fédérations
Le développement de ces groupes privés crée parfois des remous en Europe. Aux Pays-Bas, Atletiekunie a ainsi annoncé mettre fin à sa collaboration avec Tomasz Lewandowski, entraîneur national des demi-fondeurs néerlandais. La Fédération hollandaise d'athlétisme justifie cette décision en pointant des actions du coach « pas pleinement conformes aux accords et directives professionnels relatifs aux intérêts commerciaux ».
Swiss Athletics a vu partir Louis Heyer, entraîneur national pendant quinze ans, qui a décidé de se consacrer au terrain et à son groupe « Team Louis 800 » d'athlètes internationales spécialistes du double tour de piste. L'équipe est officiellement soutenue par la marque On depuis mai 2025.
Frank Bignet, directeur technique national de la Fédération française d'athlétisme, assume de voir Hoka employer une de ses plus grandes pointures, Adrien Taouji. Il est conscient que sa position peut choquer, mais il veut que la fédération s'y retrouve. Le but du jeu, c'est de garder les entraîneurs et les athlètes en France, pour que la fédération puisse continuer à jouer son rôle.
Adrien Taouji gagne lui aussi en sérénité personnelle, avec un contrat de quatre ans chez Hoka, et une clause de trois ans renouvelable supplémentaire. Il est conscient que cette évolution professionnelle a pu créer de la surprise voire de la jalousie dans un modèle français largement basé sur le bénévolat. Il pense qu'on arrive à un nouveau modèle sur le sport de haut niveau, où il faudra s'ouvrir aux entreprises privées.
Le risque est de voir l'athlétisme avancer à plusieurs vitesses, avec des athlètes qui vivront des situations financières radicalement opposées. La Fédération doit déjà réfléchir à l'enjeu à venir, à savoir comment elle pourra réguler l'accompagnement des athlètes au regard de leur niveau de performance, mais aussi à travers le prisme du modèle économique. Un nouveau chantier à ouvrir.