Le concept de la mort et de la décomposition est souvent perçu comme une fin, mais selon nos confrères de Reporterre, il s'agit en réalité d'un processus qui peut contribuer à la vitalité des écosystèmes. Les restes des organismes vivants, qu'il s'agisse de cadavres d'animaux ou de végétaux morts, peuvent jouer un rôle crucial dans le maintien de la biodiversité et de la santé des écosystèmes.

C'est ce que montre une étude publiée en juin dans la revue Science Advances, qui a analysé les données de dix écosystèmes différents, allant des récifs coralliens aux forêts boréales, en passant par les forêts de mangroves et les récifs d'huîtres. Les chercheurs ont constaté que les restes des espèces fondatrices, c'est-à-dire celles qui jouent un rôle structurant dans leur écosystème, peuvent avoir des effets majeurs sur la structure, le fonctionnement et la résilience de ces écosystèmes.

Ce qu'il faut retenir

  • Les restes des organismes vivants peuvent contribuer à la vitalité des écosystèmes.
  • Les cadavres d'animaux et les végétaux morts peuvent jouer un rôle crucial dans le maintien de la biodiversité et de la santé des écosystèmes.
  • L'étude a analysé les données de dix écosystèmes différents, allant des récifs coralliens aux forêts boréales.

Les effets des morts sur les vivants

Les chercheurs ont constaté que les restes des espèces fondatrices peuvent avoir des effets majeurs sur la structure, le fonctionnement et la résilience des écosystèmes. Par exemple, les forêts de mangroves peuvent bénéficier de l'accumulation de feuilles mortes dans leur réseau racinaire après un ouragan, ce qui les dote en nutriments et favorise la formation de nouvelles racines. De même, les épicéas noirs brûlés et laissés sur pied après un incendie libèrent une importante quantité de graines dans les sols, ce qui aide les forêts à se rétablir.

Les défunts peuvent également soutenir l'irruption de la vie en mer. L'accumulation de coquilles d'huîtres mortes sur les vasières, par exemple, offre aux jeunes huîtres un support bienvenu où s'implanter et grandir. Et selon les travaux d'une équipe d'océanographes de l'université d'Hawaï, la carcasse d'une baleine peut procurer aux créatures vivant dans les grandes profondeurs une quantité de nourriture équivalente à celle qui leur parvient normalement depuis la surface en 100 à 200 ans.

Les limites de l'étude

Cependant, les chercheurs notent que l'influence des défunts sur les vivants n'est pas systématiquement positive. À Moorea, en Polynésie française, l'équipe de scientifiques a découvert que les squelettes de coraux décimés par les vagues de chaleur marine offrent un refuge à des macro-algues qui entravent la survie des coraux juvéniles. À terme, elles peuvent les supplanter, transformant les récifs en « villes fantômes de squelettes morts ».

De même, dans une forêt tropicale humide portoricaine, les chercheurs ont découvert que la couche de débris forestiers qui jonche le sol après un ouragan peut bloquer la lumière du soleil, et ainsi ralentir la croissance des jeunes pousses. Les scientifiques soulignent donc que les mêmes restes peuvent à la fois profiter à certains et nuire à d'autres.

Et maintenant ?

Les chercheurs appellent à mener davantage d'études sur le sujet, car comprendre la manière dont les espèces continuent, post mortem, de transformer leur milieu est crucial. Le chaos climatique, la déforestation, les mégafeux, la surpêche... L'époque est mortifère, et la prévalence des organismes morts devrait augmenter dans de nombreux écosystèmes, à mesure que les perturbations s'intensifient.

Il est donc nécessaire de mieux connaître les effets des défunts sur les vivants, et d'agir en fonction. En laissant davantage d'arbres en décomposition en forêt, de coquillages vides sur les côtes, ou d'algues mortes sur les plages, nous pourrions laisser à la vie davantage d'occasions de jaillir. Les prochaines étapes consisteront à évaluer les impacts de ces mesures et à développer des stratégies pour préserver la biodiversité et la santé des écosystèmes.

En conclusion, l'étude publiée dans la revue Science Advances nous rappelle que la mort et la décomposition sont des processus naturels qui peuvent contribuer à la vitalité des écosystèmes. Il est essentiel de prendre en compte ces phénomènes pour préserver la biodiversité et la santé de nos écosystèmes, et pour mieux comprendre les interactions complexes qui régissent la vie sur Terre.