Avec 5,3 % de leur PIB consacrés à la défense, la Lituanie, l’Estonie et la Lettonie affichent les dépenses militaires les plus élevées de l’OTAN en proportion de leur économie. Une stratégie qui s’accompagne d’une transformation rapide de leur tissu industriel vers des technologies de pointe, notamment dans le secteur de la défense, d’après BFM Business. Depuis le début de la guerre en Ukraine en février 2022, ces trois pays baltes ont accéléré le développement de start-up innovantes, capables de combler les lacunes des contractants traditionnels de l’armement et de répondre aux menaces hybrides émanant de Russie et du Bélarus.
Ce qu'il faut retenir
- Les pays baltes consacrent en moyenne plus de 3 % de leur PIB à la défense, avec un pic à 5,3 % pour la Lituanie, soit le niveau le plus élevé de l’OTAN.
- Pdkinematics, une start-up lituanienne, développe des systèmes de guidage de précision pour drones résistants au brouillage GPS, déjà utilisés en Ukraine et en Europe.
- Des entreprises comme Luna Robotics conçoivent des systèmes d’imagerie avancés pour drones FPV, testés directement sur le terrain ukrainien.
- Les gouvernements baltes facilitent l’accès des start-up à des terrains et espaces aériens militaires pour des phases de test accélérées.
- Le conflit ukrainien a accéléré l’innovation technologique dans la guerre, avec une adoption massive des drones et robots sur les fronts.
Une transformation économique inspirée par la guerre en Ukraine
Lorsque la Russie a lancé son invasion à grande échelle en Ukraine, Rapolas Markevicius, alors gestionnaire d’un fonds de capital-investissement en Lituanie, a perçu l’urgence de réorienter son activité vers des solutions de défense. Quatre ans plus tard, sa start-up, Pdkinematics, conçoit des systèmes de guidage pour drones capables d’opérer même en cas de brouillage des signaux GPS, une menace récurrente sur les théâtres d’opérations modernes. « Le début de la guerre a été en quelque sorte un appel à l’action pour nous », a-t-il confié à l’AFP, soulignant l’accélération des recherches menées avec son cofondateur, issu du secteur spatial.
Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement plus large de réindustrialisation sécuritaire. Les pays baltes, passés en quelques décennies d’économies planifiées soviétiques à des modèles capitalistes innovants, misent désormais sur leur position stratégique à proximité de la Russie. Des entreprises comme Vinted, Bolt ou Skype – nées dans la région – montrent que l’écosystème local est capable de pivoter vers des secteurs à haute valeur ajoutée. « Les entrepreneurs comblent les vides laissés par les contractants traditionnels du secteur de l’armement », relève un analyste cité par BFM Business.
Des technologies de défense conçues pour être « évolutives et rentables »
Le conflit ukrainien a révélé l’importance des drones et des robots dans la conduite des opérations militaires, poussant à une course à l’innovation sans précédent. Rapolas Markevicius insiste sur la nécessité d’adopter des technologies « aussi évolutives qu’elles sont de pointe ». Pdkinematics propose ainsi des solutions « très efficaces, rentables et facilement extensibles », une approche qui séduit à la fois les forces ukrainiennes et les alliés européens. « La technologie actuelle qui va stimuler, qui stimule déjà, la transition du secteur européen de l’armement doit être aussi évolutive qu’elle doit être de pointe », explique-t-il.
Dans ce contexte, les gouvernements baltes ont adopté des mesures pour soutenir ces jeunes pousses. En Lituanie, les forces armées réservent chaque mois des terrains et de l’espace aérien aux start-up pour des tests en conditions réelles. « Vous pouvez tester votre produit avec les Ukrainiens, avec des soldats lituaniens, avec n’importe quels soldats de l’OTAN », illustre Elvinas Kukys, PDG de Luna Robotics, qui développe des systèmes d’imagerie avancés pour drones FPV. Ces retours terrain permettent d’ajuster rapidement les prototypes, un avantage concurrentiel majeur dans un secteur où l’agilité prime.
Un écosystème attrayant pour les investisseurs, malgré les risques géopolitiques
Malgré leur proximité avec la Russie, les pays baltes parviennent à attirer des investissements étrangers significatifs dans leur secteur de la défense. Mario Bikarski, analyste chez Verisk Maplecroft, estime que ces pays « comptent désormais parmi les mieux préparés pour faire face à toute une gamme de nouvelles formes d’attaques ». Leur résilience économique, combinée à des dépenses militaires élevées, envoie un signal fort à la communauté internationale. « Les États baltes ont vraiment été mis à l’épreuve au cours des quatre dernières années quant à la manière dont ils devaient restructurer leurs économies et investir dans leurs capacités de défense », analyse-t-il.
Cependant, certains investisseurs restent prudents. Elijus Civilis, directeur d’Invest Lithuania, une agence gouvernementale aidant les entreprises étrangères à s’implanter, reconnaît que la situation géographique des pays baltes peut susciter des réticences. « Nous comprenons qu’il s’agit d’une nouvelle normalité », déclare-t-il, précisant que des réunions confidentielles entre investisseurs et ministères permettent de rassurer les partenaires. « Nous avons de nombreux soldats internationaux, nous avons des blindés, nous avons des véhicules, nous avons tout ce que nous n’avions pas auparavant », ajoute-t-il, évoquant l’amélioration des infrastructures militaires locales.
Le prochain défi consistera à maintenir cette dynamique une fois le conflit ukrainien terminé, en assurant la transition entre les besoins urgents de la guerre et une industrie de défense pérenne. Les prochaines étapes incluront probablement l’extension des partenariats industriels européens et l’élargissement des budgets nationaux, alors que les menaces hybrides – drones, cyberattaques, désinformation – persistent.
Les pays baltes sont exposés à des menaces hybrides variées, incluant des incursions de drones, des cyberattaques, des campagnes de désinformation et des provocations frontalières orchestrées par la Russie et le Bélarus. Ces attaques visent à déstabiliser la région sans déclencher une réponse militaire directe de l’OTAN, selon les experts cités par BFM Business.
Les start-up bénéficient à la fois de fonds publics – via des subventions gouvernementales et des partenariats avec les armées locales – et d’investissements privés, notamment étrangers. Des agences comme Invest Lithuania jouent un rôle clé en facilitant les rencontres entre entrepreneurs et investisseurs, tout en rassurant ces derniers sur le contexte géopolitique.