Avec leurs coques colorées et leurs silhouettes caractéristiques, les pointus ou barquettes de La Ciotat (Bouches-du-Rhône) s’imposent comme l’un des symboles les plus emblématiques des ports provençaux. Selon Franceinfo - Culture, ces embarcations traditionnelles, qui comptent plus d’une centaine d’exemplaires dans le port local, attirent chaque année des touristes tout en perpétuant un savoir-faire ancestral.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 100 pointus sont répertoriés dans le port de La Ciotat, ces barques de pêche traditionnelles aux couleurs vives.
  • Leur origine remonte à la fin du XIXe siècle à Marseille, où un charpentier d’origine italienne aurait conçu les premiers modèles.
  • Chaque bateau porte un nom inspiré des enfants ou épouses des anciens propriétaires, et sa couleur permettait autrefois de l’identifier à distance.
  • Des passionnés comme Michel Wey, président de l’association Carènes, restaurent ces embarcations en reproduisant les techniques ancestrales.
  • La rénovation d’un pointu peut coûter jusqu’à 15 000 euros, comme en témoigne Hervé Picon, propriétaire d’une barquette de 85 ans.
  • Ces bateaux sont considérés comme un patrimoine culturel et historique par les locaux, qui y voient un héritage à préserver.

Des bateaux aux origines artisanales et migratoires

Les pointus doivent leur existence à un héritage italien. Selon les archives citées par Franceinfo - Culture, c’est dans les ateliers marseillais qu’un charpentier d’origine italienne aurait imaginé ces barques à la fin du XIXe siècle. Leur design, reconnaissable entre tous, s’est ensuite répandu le long de la côte provençale, jusqu’à La Ciotat, où ils sont aujourd’hui indissociables du paysage portuaire.

« Une barquette peut avoir 100, 110, voire 120 ans », précise Michel Wey, président de l’association Carènes. Ces embarcations, autrefois indispensables à la pêche artisanale, incarnent aujourd’hui un savoir-faire presque disparu. Leur silhouette étroite et leur proue relevée en font des outils de travail optimisés pour les eaux côtières de Méditerranée.

Des couleurs pour égayer le labeur et identifier les bateaux

Autrefois, la couleur d’un pointu n’était pas qu’une question d’esthétique. Comme l’explique Michel Wey, « le travail du pêcheur était si pénible qu’on ajoutait des couleurs pour égayer. Et c’était aussi pour que chaque femme ou famille reconnaisse son bateau à la couleur quand il arrivait au port ». Cette tradition a survécu jusqu’à aujourd’hui, conférant aux pointus leur aspect bigarré, si caractéristique des ports méditerranéens.

Les témoignages recueillis par Franceinfo - Culture auprès de visiteurs et locaux soulignent cette dimension symbolique. Une femme interrogée confie : « Leur couleur apporte une touche différente au port. C’est très esthétique et mignon. » Un homme renchérit : « Ça fait très local, très typique et un peu une touche à l’ancienne. » Pour Hélène Maurin, membre de l’association Carènes, « c’est notre patrimoine, notre façon de vivre la mer et la pêche. C’est essentiel que ça soit là ».

Une restauration minutieuse et coûteuse

Préserver ces embarcations relève d’un véritable engagement. Michel Wey travaille dans son atelier de La Ciotat, où il reproduit les gestes techniques des anciens charpentiers. Entre les planches, il utilise du chanvre enduit de goudron, une technique indispensable à la flottaison et à l’étanchéité des coques. « C’est assez fastidieux, ça fait mal aux doigts, mais c’est indispensable », confie-t-il. Ces méthodes, transmises de génération en génération, nécessitent un savoir-faire précis et une grande patience.

Hervé Picon, propriétaire d’une barquette de 85 ans, a investi près de 15 000 euros pour sa rénovation. « On essaie de la faire vivre et de la transmettre. C’est pour ça qu’on y passe beaucoup de temps et qu’on y consacre les moyens », explique-t-il. Pour lui comme pour d’autres passionnés, ces bateaux ne sont pas de simples objets : ils représentent une histoire familiale et une partie de l’identité locale.

Une fierté régionale en quête de transmission

Après des mois de travaux, le Saint-Dominique, restauré par l’association Carènes, a retrouvé les flots de la Méditerranée. « On se sent bien, on est en mer et on se sent bien. Non seulement on peut naviguer, mais on peut s’arrêter où on veut, jeter l’ancre, se baigner », se réjouit Hélène Maurin. Pour elle et les autres membres de l’association, ces navigations ne sont pas de simples loisirs : elles sont une façon de célébrer un patrimoine vivant.

Le rôle des associations comme Carènes est crucial. Elles forment de nouveaux passionnés, organisent des sorties en mer et sensibilisent le public à l’importance de ces traditions. « Quand ils travaillaient tous ensemble, ils se donnaient un petit rythme », rappelle Michel Wey. Cette solidarité, autrefois vitale pour la pêche artisanale, trouve aujourd’hui une nouvelle forme d’expression dans la préservation des pointus.

Et maintenant ?

La préservation des pointus dépend largement du soutien des collectivités locales et des passionnés. Une prochaine étape pourrait consister en la création d’un musée dédié à ces embarcations, afin d’enrichir la transmission de ce savoir-faire. Par ailleurs, des discussions sont en cours pour obtenir un label « patrimoine vivant » pour les associations qui restaurent ces bateaux, ce qui renforcerait leur légitimité et leur financement. Reste à voir si ces initiatives parviendront à séduire les jeunes générations et à assurer la pérennité de cette tradition.

Pour Hélène Maurin, l’enjeu est clair : « C’est notre patrimoine, c’est notre histoire, et on est vraiment contents de pouvoir naviguer dessus. » Un sentiment partagé par tous ceux qui, à La Ciotat comme ailleurs en Provence, voient dans les pointus bien plus que de simples bateaux : une partie de leur mémoire collective.

Un pointu authentique se distingue par sa coque étroite et sa proue relevée, conçue pour naviguer dans les eaux côtières méditerranéennes. Ses couleurs vives, autrefois utilisées pour identifier le bateau de chaque famille, sont un autre signe distinctif. Enfin, sa construction en bois, souvent renforcée de chanvre et de goudron, rappelle les techniques artisanales du XIXe siècle.

Oui. L’association Carènes, basée à La Ciotat, propose des ateliers et des formations pour transmettre les techniques de restauration. Ces sessions s’adressent aussi bien aux débutants qu’aux passionnés expérimentés, et incluent la menuiserie navale, l’étanchéité et la décoration traditionnelle.