Comme le rapporte Futura Sciences, une équipe de chercheurs a mené une étude sans précédent sur la décomposition d'une baleine échouée à plus de 1 200 m de profondeur. Cette étude, qui a duré quinze ans, a permis de mieux comprendre les processus qui se déroulent dans les profondeurs océaniques et les conséquences pour la faune abyssale.
L'histoire commence en 2009, lorsque des scientifiques repèrent le corps d'un grand cétacé, peut-être une baleine bleue ou un rorqual commun, reposant à près de 1 288 mètres de profondeur au large de l'île de Vancouver, en Colombie-Britannique. La plupart des tissus mous ayant déjà disparu, les chercheurs comprennent que cette carcasse représente une occasion unique de étudier la décomposition d'une baleine dans son environnement naturel.
Ce qu'il faut retenir
- La décomposition d'une baleine se déroule par phases successives, avec des charognards mobiles, des opportunistes et des bactéries sulfophiles.
- Les chercheurs ont filmé la décomposition d'une baleine pendant quinze ans à plus de 1 200 m de profondeur.
- Les résultats de l'étude ont été publiés dans la revue Frontiers in Marine Science.
Les étapes de la décomposition
La décomposition d'une baleine se déroule par phases successives. D'abord, des charognards mobiles se repaissent des tissus mous. Ensuite, de petits opportunistes colonisent les os et les sédiments alentour. Vient enfin une troisième étape, dite sulfophile, où des bactéries décomposent les lipides à l'intérieur des os, libérant des composés soufrés que consomment d'autres spécialistes.
C'est précisément la durée de cette étape « amatrice de soufre » qui divisait les chercheurs. L'occasion était trop belle pour ne pas trancher la question. Les chercheurs ont utilisé des véhicules télécommandés pour revisiter le site pendant quinze ans, enregistrant vidéos haute définition et mesures.
Les résultats de l'étude
Les changements observés sont subtils mais significatifs. Entre 2012 et 2023, la mâchoire et vingt-deux vertèbres ont rétréci de respectivement 1,4 % et 7,8 % en longueur. Dans le même temps, un tapis microbien blanc et duveteux, formé de bactéries sulfophiles, a recouvert les os.
Les fameux « vers zombies », qui percent les os pour s'en nourrir, étaient présents au début de l'étude mais avaient disparu à la fin, remplacés par de nombreuses espèces sulfophiles, dont des vers tubicoles et des palourdes des profondeurs.
Les conséquences pour la faune abyssale
L'ensemble de ces observations suggère que le stade sulfophile se poursuit depuis au moins 21 ans, et pourrait encore durer une décennie. C'est bien plus long que ne le prévoyaient certaines études antérieures. Selon Fabio De Leo, de l'université de Victoria, cela signifie que les animaux spécialistes des carcasses de baleines trouveront toujours un nouveau foyer lorsque leurs larves dériveront, puisque d'autres carcasses persisteront sur le fond marin au même stade sulfophile.
En conclusion, cette étude a permis de mieux comprendre les processus de décomposition dans les profondeurs océaniques et les conséquences pour la faune abyssale. Les résultats de cette étude pourraient avoir des implications importantes pour la conservation des espèces qui dépendent de ces carcasses de baleines.