Alors que l’été rime traditionnellement avec détente et évasion, une tendance émergente commence à redéfinir la notion même de congés. Selon Ouest France, les « skillidays » – des séjours dédiés à l’acquisition de nouvelles compétences – gagnent en popularité. Ces escapades, qui mêlent loisirs et apprentissage, pourraient bien bouleverser les codes des vacances traditionnelles.

Ce qu'il faut retenir

  • Les « skillidays » transforment les vacances en opportunités de formation, bousculant la vision classique du repos.
  • Une étude souligne que ces séjours visent à développer des compétences pratiques (langues, artisanat, numérique) ou personnelles (gestion du temps, développement durable).
  • Cette tendance reflète une demande croissante des actifs pour des pauses « utiles », combinant utilité et plaisir.

Le concept, encore marginal il y a quelques années, séduit désormais un public varié. D’après Ouest France, les « skillidays » s’adressent autant aux cadres en quête de reconversion qu’aux étudiants souhaitant booster leur CV ou aux retraités en quête de nouveaux défis. « L’idée n’est pas de remplacer les vacances traditionnelles, mais de proposer une alternative pour ceux qui veulent donner du sens à leur temps libre », explique Sophie Martin, experte en tourisme durable. Les destinations proposées intègrent souvent des ateliers encadrés par des professionnels, allant de la menuiserie à la programmation informatique, en passant par des cours de cuisine végétarienne ou de gestion de projet.

Parmi les exemples concrets cités par Ouest France, on retrouve des stages de permaculture en Ardèche, des sessions de soudure créative en Bretagne, ou encore des immersions en anglais dans des familles à l’étranger. Ces programmes, généralement d’une durée de trois à sept jours, incluent souvent un hébergement en gîte ou en écolodge, ainsi que des repas locaux. Les tarifs varient entre 200 et 600 euros selon la thématique et le niveau d’expertise visé. « Le public cible est large, mais on observe un engouement particulier chez les 25-45 ans », précise-t-elle.

Une réponse à l’épuisement professionnel et à la quête de sens

Cette tendance s’inscrit dans un contexte où le travail et les loisirs tendent à se confondre pour une partie des actifs. Les confinements successifs de 2020 et 2021 ont accéléré une réflexion sur la manière de concilier performance et bien-être. Les « skillidays » répondent à ce besoin de rupture avec la routine, tout en offrant une occasion d’apprendre sans pression académique. « On assiste à une véritable remise en question des critères traditionnels du succès professionnel », souligne-t-elle. Les compétences ainsi acquises peuvent ensuite être valorisées en entreprise, lors d’un entretien d’embauche ou dans le cadre d’un projet personnel.

Les organisateurs de ces séjours misent sur des formats courts et intensifs, adaptés à des congés payés souvent limités à deux semaines. « L’avantage, c’est que l’on peut repartir avec une certification ou un savoir-faire immédiatement exploitable », indique un responsable de l’agence « Vacances Compétences », basée en Nouvelle-Aquitaine. Les retours des participants, collectés par Ouest France, sont majoritairement positifs : 92 % des stagiaires interrogés déclarent avoir atteint leurs objectifs et se disent prêts à renouveler l’expérience.

Un marché en plein essor, mais encore confidentiel

Si le phénomène prend de l’ampleur, il reste marginal comparé au tourisme classique. Selon les dernières données de la Fédération nationale du tourisme (FNT), seulement 3 % des Français ont opté pour un « skilliday » en 2025, contre 1 % en 2020. Pourtant, les prévisions sont optimistes : les acteurs du secteur anticipent une croissance de 15 % par an d’ici 2030. « On mise sur l’effet viral des réseaux sociaux, où les témoignages de participants circulent de plus en plus », explique un porte-parole de l’association « Apprendre en Vacances ».

Les régions les plus actives dans ce domaine sont celles qui misent sur leur patrimoine naturel ou culturel : la Provence pour l’artisanat, l’Alsace pour les langues régionales, ou encore les Pyrénées pour les sports de montagne. Les professionnels du secteur soulignent également l’importance de l’écotourisme dans ces séjours. « Les participants sont de plus en plus sensibles à l’impact environnemental de leurs vacances », note un expert en tourisme responsable. Ainsi, certains programmes intègrent des modules sur la réduction des déchets ou la gestion des ressources en eau.

Et maintenant ?

Les organisateurs de « skillidays » préparent déjà l’offre pour l’été 2027, avec une diversification des thématiques. Parmi les nouveautés annoncées, on trouve des stages en intelligence artificielle pour les seniors, ou encore des séjours « zéro déchet » combinant ateliers pratiques et randonnées. Les pouvoirs publics pourraient également s’emparer du sujet, en intégrant ces dispositifs dans les plans de formation continue. Une première expérimentation est prévue dès janvier 2027 dans trois régions pilotes.

Pour l’instant, le marché reste porté par des initiatives locales et associatives, mais une consolidation est attendue d’ici deux à trois ans. « Les grandes plateformes de réservation commencent à s’y intéresser », révèle un observateur du secteur. Reste à savoir si les Français, encore attachés à l’image traditionnelle des vacances, seront nombreux à franchir le pas. Une chose est sûre : l’offre ne manquera pas de se développer pour répondre à cette nouvelle demande.

Plusieurs dispositifs existent : certains employeurs proposent des chèques formation, des OPCO (Opérateurs de Compétences) peuvent prendre en charge une partie des coûts, ou encore des aides régionales sont parfois disponibles. Il est conseillé de se renseigner auprès de son employeur ou des organismes de formation agréés.