Les gouvernements européens multiplient les signaux de défiance à l’encontre de Palantir, l’entreprise américaine spécialisée dans l’analyse de données et l’intelligence artificielle. Selon Euronews FR, ces tensions s’intensifient depuis plusieurs années, alimentées par des craintes liées à la souveraineté technologique, à la protection des données et aux engagements controversés de l’entreprise dans des conflits armés ou des opérations policières sensibles.
Cette remise en question s’accélère en 2026, comme en témoignent les déclarations récentes de responsables politiques et les rapports parlementaires publiés des deux côtés du continent. Au cœur des débats : la dépendance croissante des États européens à une entreprise dont les dirigeants et les outils soulèvent des interrogations éthiques et stratégiques.
Ce qu'il faut retenir
- Palantir, fondée par Peter Thiel, est au cœur d’une polémique persistante en Europe en raison de ses liens avec des armées en conflit et avec l’agence américaine de l’immigration ICE.
- Les Pays-Bas, le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Danemark et la Suisse ont tous annoncé des mesures pour réduire leur dépendance à ses technologies, voire pour y mettre fin.
- Aux Pays-Bas, un secrétaire d’État a promis une alternative européenne d’ici deux ans, après vingt ans d’utilisation « très limitée » de Palantir.
- En Allemagne, la Bundeswehr a exclu tout contrat avec des entreprises américaines, privilégiant des solutions locales comme la société ChapsVision.
- Le Royaume-Uni, qui utilise Palantir dans le cadre du NHS et du ministère de la Défense, envisage de remplacer ces services d’ici 2027.
- Les détracteurs de Palantir, dont Amnesty International, dénoncent ses outils comme des « points de vulnérabilité inacceptables » pour la vie privée et la sécurité nationale.
Une stratégie de réduction de la dépendance, accélérée par des critiques politiques
Les Pays-Bas figurent parmi les derniers pays à rejoindre ce mouvement de défiance. Derk Boswijk, secrétaire d’État néerlandais à la Défense, a confirmé devant la Chambre des représentants qu’une « véritable alternative » à Palantir devait être opérationnelle d’ici 2028, afin de garantir l’autonomie stratégique du pays.
Depuis 2010, les Pays-Bas utilisent les solutions de Palantir de manière « très limitée, compartimentée et à petite échelle », selon les médias locaux. Pourtant, cette dépendance symbolique a suffi à alimenter les débats au Parlement. La députée Michelle Jagtenberg a notamment accusé l’entreprise de défendre une « idéologie raciste et antidémocratique ». Elle s’appuie sur une motion adoptée en 2025 visant à réduire la présence de Palantir dans les contrats publics au profit d’acteurs européens.
Des critiques qui dépassent les frontières nationales
Le Royaume-Uni illustre les tensions autour de Palantir. Le pays utilise ses logiciels dans le cadre du National Health Service (NHS), où ils ont permis un accès sans précédent aux dossiers médicaux de la population pendant la pandémie. Cependant, un récent rapport parlementaire qualifie cette collaboration de « point de vulnérabilité inacceptable » et demande son interruption à l’expiration du contrat en 2027.
Le ministère britannique de la Défense a également signé un contrat de 240 millions de livres sterling (276 millions d’euros) avec Palantir pour des « capacités de décision stratégique » compatibles avec l’OTAN. Mais les critiques persistent, notamment sur l’utilisation de ses outils dans des opérations militaires controversées, comme la collecte d’informations classifiées pour des frappes contre des cibles en Iran.
L’Allemagne et le Danemark tournent la page
En Allemagne, la Bundeswehr a clairement indiqué ne pas souhaiter confier de contrats à des entreprises américaines. Thomas Daum, responsable de la cyberdéfense, a expliqué que « même si les fonctionnalités pour notre propre base de données nous intéressent, il est tout simplement inconcevable pour l’instant d’accorder à du personnel de l’industrie un accès à la base de données nationale ».
Le pays mise désormais sur des alternatives européennes, dont la société française ChapsVision. Certaines régions allemandes, comme la Bavière ou la Hesse, utilisent encore une version limitée de Gotham, le logiciel phare de Palantir, pour des enquêtes liées à la menace terroriste. Mais cette utilisation reste marginale et encadrée.
Le Danemark, de son côté, a annoncé en 2026 qu’il cherchait à remplacer les plateformes Maven Smart System et Foundry de Palantir, utilisées depuis sept ans. Le gouvernement danois privilégie désormais des solutions locales, sans préciser de calendrier pour la transition.
Une entreprise au cœur de polémiques internationales
Palantir est régulièrement pointée du doigt pour ses liens avec des acteurs controversés. En 2024, l’entreprise a signé un accord avec les Forces de défense israéliennes (IDF) pour soutenir leurs opérations militaires à Gaza. Ses outils sont également utilisés par le Pentagone pour des opérations de ciblage en Iran, et par l’agence américaine ICE pour localiser des familles de migrants aux États-Unis.
Les déclarations de son directeur général, Alex Karp, n’ont fait qu’alimenter les critiques. Lors d’une conférence avec des investisseurs, il a affirmé que Palantir était « là pour bousculer… et, lorsque c’est nécessaire, pour effrayer nos ennemis et, à l’occasion, les tuer ». Une autre déclaration, rapportée par des médias, laisse entendre qu’il aurait considéré que rendre les crimes de guerre « constitutionnels » serait « bon pour les affaires ». Palantir n’a pas répondu aux sollicitations d’Euronews FR pour cet article.
L’Espagne, un cas à part en Europe
En Espagne, l’utilisation de Palantir reste moins contestée qu’ailleurs. En 2023, le gouvernement a signé un contrat de 16,5 millions d’euros avec l’entreprise. Aujourd’hui, plus de 40 entreprises espagnoles utilisent ses solutions, principalement dans les secteurs de la défense et de la sécurité. Les médias locaux rapportent qu’il n’y a « pour l’heure que peu ou pas de contestation publique d’ampleur » concernant ces partenariats.
Pourtant, le pays n’est pas épargné par les interrogations sur la souveraineté technologique. Les discussions portent désormais sur la nécessité de renforcer les alternatives européennes, notamment face à l’influence croissante des géants américains et chinois dans les infrastructures critiques.
Reste à voir si les autres États membres, comme l’Espagne ou d’éventuels nouveaux adhérents, suivront cette voie. Une chose est sûre : la pression sur Palantir ne devrait pas faiblir dans les mois à venir, tant les enjeux stratégiques et éthiques sont élevés.
Plusieurs acteurs européens se positionnent pour remplacer Palantir. En Allemagne, la société ChapsVision est citée comme une alternative crédible, notamment pour la gestion des données sensibles. D’autres pays explorent des solutions développées par des start-up locales ou des consortiums publics-privés, mais aucun nom ne domine encore clairement. La Commission européenne pourrait jouer un rôle clé pour accélérer ces initiatives.
Les Pays-Bas ont toujours utilisé Palantir de manière très encadrée, « compartimentée et à petite échelle », selon les autorités. L’entreprise n’a pas été intégrée aux infrastructures critiques du pays, limitant les risques perçus. Cependant, l’évolution des débats politiques et la montée des préoccupations sur la souveraineté technologique ont changé la donne, poussant le gouvernement à chercher une sortie progressive.