Plus de dix ans après son lancement, la monnaie locale basque eusko confirme son succès en devenant un modèle à suivre en Europe. Selon Reporterre, cette initiative, née dans le Pays basque français, a même créé un institut de formation pour accompagner d’autres projets similaires.

Ce qu'il faut retenir

  • L'eusko est la première monnaie locale d’Europe, lancée il y a plus de dix ans.
  • Elle a généré un succès durable au point de créer un institut de formation pour essaimer son modèle.
  • À Bayonne, des QR codes verts « Euskopay » permettent de régler ses achats via une application dédiée.
  • L’initiative s’inscrit dans une dynamique de circuits économiques locaux et de résilience territoriale.

Créée au début des années 2010, l’eusko s’est imposée comme un outil de soutien aux commerces et artisans locaux, tout en limitant l’impact des circuits économiques traditionnels. Selon Reporterre, son modèle a non seulement résisté à l’épreuve du temps, mais il a aussi essaimé bien au-delà des frontières du Pays basque. À Bayonne, où la monnaie est née, les commerçants et cafetiers affichent désormais des QR codes verts « Euskopay » sur leurs comptoirs. Ces codes, scannés via une application dédiée, permettent aux clients de régler leurs achats directement en eusko.

Le mécanisme est simple : l’utilisateur crédite son portefeuille numérique en euros, qui sont convertis en eusko selon un taux fixe. La monnaie ne peut être utilisée qu’auprès des professionnels partenaires, garantissant ainsi son ancrage territorial. « C’est un outil qui renforce le lien entre les habitants et les commerces de proximité », explique un responsable de l’association gestionnaire de l’eusko, cité par Reporterre.

Le succès de l’eusko a dépassé les attentes initiales. D’après le média, plus de 2 500 commerçants et prestataires acceptent aujourd’hui cette monnaie sur le territoire, et son volume d’échanges représente plusieurs millions d’eusko par an. Ce dynamisme a conduit à la création d’un institut de formation dédié, chargé d’accompagner les porteurs de projets similaires en France et en Europe. L’objectif ? Partager les bonnes pratiques et faciliter l’émergence de nouvelles monnaies locales, dans un contexte où la résilience économique devient un enjeu croissant.

Un modèle qui inspire au-delà du Pays basque

L’eusko n’est pas un cas isolé. D’autres monnaies locales, comme le soNantes en Loire-Atlantique ou le gonette à Lyon, s’en sont inspirées. Selon Reporterre, l’institut de formation créé par l’eusko a déjà formé une centaine de porteurs de projets depuis son lancement. Ces formations couvrent aussi bien les aspects techniques — création d’une monnaie, gestion des flux — que les enjeux de gouvernance et d’acceptation par les commerçants.

« Notre ambition est de montrer que ces initiatives sont viables et peuvent s’inscrire dans la durée », précise un membre de l’équipe de l’institut. Les retours d’expérience de l’eusko sont souvent mis en avant lors de ces sessions : une monnaie locale bien structurée peut attirer de nouveaux clients, fidéliser les habitués et renforcer l’attractivité d’un territoire. Reste à convaincre les collectivités locales, dont le soutien financier ou logistique peut faire la différence.

Des défis à relever pour pérenniser le modèle

Malgré son succès, l’eusko doit faire face à des défis. Le premier concerne sa reconnaissance légale. En France, les monnaies locales complémentaires sont encadrées par la loi, mais leur usage reste marginal dans les échanges quotidiens. Pour l’eusko, cela se traduit par des restrictions sur les montants acceptables ou des contraintes administratives pour les entreprises qui souhaitent l’utiliser.

Autre enjeu : l’acceptation par les consommateurs. Si la génération des trentenaires et quadragénaires semble plus réceptive, les plus âgés restent parfois réticents à l’idée de délaisser l’euro. « Il faut du temps pour changer les habitudes, reconnaît un commerçant bayonnais. Mais une fois qu’ils ont essayé, beaucoup reviennent. »

Et maintenant ?

L’institut de formation de l’eusko prévoit d’étendre ses activités en 2027 en proposant des modules en ligne, accessibles aux porteurs de projets de toute la France. Une réflexion est également en cours pour intégrer davantage les collectivités locales, qui pourraient jouer un rôle clé dans la promotion de ces monnaies. Enfin, l’eusko étudie la possibilité de créer une carte de paiement physique, afin de faciliter les transactions pour ceux qui ne souhaitent pas utiliser une application mobile.

Dans un contexte de crise économique et de prise de conscience écologique, les monnaies locales pourraient bien devenir un levier de plus en plus sollicité. L’eusko, avec son parcours de plus de dix ans, en est la preuve vivante : quand une initiative allie proximité, résilience et innovation, elle a toutes les chances de durer.

Selon Reporterre, plus de 2 500 commerçants et prestataires acceptent l’eusko sur le territoire du Pays basque, avec un volume d’échanges représentant plusieurs millions d’eusko par an.