Près d'une centaine de maires et parlementaires du Sud-Ouest ont appelé, ce vendredi 5 mai 2023, à l'abandon immédiat du projet de ligne ferroviaire à grande vitesse (LGV) entre Bordeaux, Toulouse et Dax. Dans une tribune relayée par un communiqué de presse, ces élus plaident pour une alternative : la rénovation de la ligne existante et la poursuite des travaux engagés entre Bordeaux et Dax. Selon BFM Business, cette mobilisation, soutenue par un rapport d'expertise, reflète une opposition quasi unanime des collectivités locales et de la population à ce projet pharaonique.

Ce qu'il faut retenir

  • Projet contesté : Une tribune signée par 85 élus, dont 11 députés de La France Insoumise et du MoDem, demande l'arrêt du projet de LGV entre Bordeaux, Toulouse et Dax.
  • Rénovation prioritaire : Les signataires proposent de privilégier la modernisation de la ligne actuelle et d'accélérer les travaux entre Bordeaux et Dax.
  • Financement en question : Le coût estimé à 14 milliards d'euros en 2020 pourrait augmenter de 20 %, selon le Conseil d'orientation des infrastructures (COI).
  • Retards annoncés : Le COI recommande un report de la mise en service des tronçons à 2035 (Bordeaux-Toulouse) et 2042 (Bordeaux-Dax).
  • Réponse de l'État : Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a qualifié le projet d'« irréversible » début mai, tout en promettant des fonds pour lancer les procédures d'appels d'offres.

Un projet qui cristallise les tensions dans le Sud-Ouest

Le projet de LGV entre Bordeaux, Toulouse et Dax, prévu pour relier Toulouse à Paris en 3h10 d'ici 2032, puis Bordeaux à Dax en 2034, suscite une opposition massive parmi les élus locaux. Dans leur tribune, les signataires dénoncent un projet « infinançable » et « irréaliste », soulignant que son financement repose à 40 % sur les collectivités locales, à 40 % sur l'État et à 20 % sur l'Union européenne. « Nous demandons aux autorités de prendre la mesure de l'opposition quasi unanime des élus locaux et de la population à ce projet, confortée par le rapport d'évaluation du COI », écrivent-ils.

Parmi les 85 signataires figurent 11 députés de La France Insoumise et du MoDem, quatre sénateurs, ainsi que des dizaines de maires, principalement issus de petites communes de Gironde et du Lot-et-Garonne. Leur position s'appuie sur un rapport du COI, rendu public en avril 2023, qui anticipe une hausse probable des coûts de 20 % et préconise un report de trois à huit ans pour la mise en service des deux tronçons.

Les arguments des opposants : coûts, délais et priorités

Les élus opposés au projet mettent en avant plusieurs arguments. D'abord, le coût total estimé à 14 milliards d'euros en 2020, qui pourrait atteindre 16,8 milliards d'euros selon les projections du COI. Ensuite, les retards de livraison : la mise en service de la ligne Bordeaux-Toulouse est désormais prévue pour 2035, soit trois ans plus tard que l'échéance initiale, et celle de Bordeaux-Dax pour 2042, avec huit ans de retard. Enfin, les signataires soulignent que 40 % du financement repose sur les collectivités locales, un engagement qu'ils jugent trop lourd pour leurs budgets.

Plutôt que de soutenir ce projet, ils prônent une stratégie alternative : « la rénovation de la ligne existante entre Bordeaux et Toulouse », « la poursuite des travaux engagés entre Bordeaux et Dax » et « un engagement financier massif dans les trains du quotidien ». Pour eux, cette approche permettrait de répondre plus rapidement aux besoins des usagers, sans alourdir la dette des territoires.

La réponse de l'État : un projet « irréversible » mais des négociations en cours

Face à cette opposition, les autorités tentent de rassurer. Début mai 2023, lors d'une visite à Toulouse, le Premier ministre Sébastien Lecornu a qualifié le projet de LGV de « irréversible », tout en promettant un prochain déblocage de fonds pour lancer les procédures d'appels d'offres. Cette déclaration visait à répondre aux inquiétudes des conseils régionaux de Nouvelle-Aquitaine et d'Occitanie, principaux financeurs du projet parmi les collectivités territoriales.

Cependant, le ministre des Transports, Philippe Tabarot, a indiqué le 7 mai que l'État et les collectivités disposaient d'un mois pour échanger avant de prendre une décision finale. Dans ce contexte budgétaire tendu, le COI a évoqué la possibilité d'un partenariat public-privé pour assurer le financement du projet. Reste à savoir si cette piste permettra de concilier les exigences des élus locaux et les ambitions de l'État.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes. Après une période de consultations d'un mois, l'État et les collectivités locales devraient rendre leur verdict sur l'avenir du projet. Si le gouvernement maintient son soutien à la LGV, les travaux pourraient démarrer dans les mois à venir, malgré les réticences des élus. En revanche, une inflexion du projet, voire son abandon au profit de la rénovation de la ligne existante, n'est pas exclue. Une chose est sûre : le débat sur les priorités ferroviaires en Nouvelle-Aquitaine et Occitanie est loin d'être clos.

Alors que le gouvernement affiche sa détermination, les élus locaux, soutenus par une partie de la population, continuent de militer pour une approche plus réaliste et moins coûteuse. L'enjeu dépasse le simple cadre ferroviaire : il interroge l'avenir des territoires et la capacité des pouvoirs publics à concilier innovation et équilibre budgétaire.

Ils estiment que le projet est infinançable et que son coût, déjà élevé (14 milliards d'euros en 2020), pourrait augmenter de 20 %. De plus, ils craignent que les retards (report de 2032 à 2035 pour Bordeaux-Toulouse et de 2034 à 2042 pour Bordeaux-Dax) ne rendent le projet obsolète avant même sa réalisation. Enfin, ils jugent que 40 % du financement repose sur les collectivités locales, un engagement trop lourd pour leurs budgets.

Les élus opposés au projet demandent la rénovation de la ligne existante entre Bordeaux et Toulouse, la poursuite des travaux entre Bordeaux et Dax et un engagement financier massif dans les trains du quotidien. Pour eux, cette solution permettrait de répondre plus rapidement aux besoins des usagers, sans alourdir la dette des territoires.