L’historienne américaine Nell Irvin Painter, figure majeure de l’étude de l’esclavage et des questions raciales aux États-Unis, a choisi de s’expatrier pour échapper à l’étau du racisme structurel dans son pays. Selon Courrier International, c’est à travers de longs séjours en France, notamment à Bordeaux, mais aussi au Ghana et en Allemagne, qu’elle a pu se libérer intellectuellement de ce « carcan racial » qui pèse sur les Noirs américains. Son parcours, qu’elle raconte dans un essai autobiographique, s’inspire d’une conférence donnée à Berlin en 2025.

Ce qu'il faut retenir

  • Nell Irvin Painter est une historienne américaine spécialiste de l’esclavage et du racisme aux États-Unis.
  • Elle a vécu plusieurs séjours prolongés à l’étranger pour échapper au racisme structurel américain.
  • Parmi ses destinations figurent Bordeaux (France), le Ghana et l’Allemagne.
  • Son essai autobiographique s’appuie sur une conférence donnée à Berlin en 2025.
  • Elle y analyse comment ces expériences ont transformé sa perception de l’histoire et du racisme.

Une fuite nécessaire face au racisme américain

Comme de nombreux intellectuels noirs américains avant elle, Nell Irvin Painter a ressenti le besoin de s’éloigner des États-Unis pour se reconstruire. Le racisme systémique, bien que théorisé et documenté, reste une réalité quotidienne pour les Afro-Américains, autant dire qu’il façonne leurs trajectoires professionnelles, sociales et personnelles. « Le poids des stéréotypes et des discriminations m’a poussée à chercher ailleurs des espaces de liberté », explique-t-elle dans son essai. Ses déplacements, notamment en France, lui ont offert une nouvelle perspective sur l’histoire coloniale et esclavagiste, souvent abordée sous un angle différent de celui enseigné aux États-Unis.

Bordeaux, le Ghana et Berlin : des terrains de réflexion et de remise en question

La ville de Bordeaux, marquée par son passé négrier au XVIIIe siècle, a joué un rôle clé dans son cheminement. « Se trouver dans une ville qui a prospéré grâce à la traite transatlantique, mais qui aujourd’hui assume ce passé, m’a permis de repenser la mémoire collective », précise-t-elle. Au Ghana, où elle a séjourné à plusieurs reprises, elle a été confrontée à une histoire de l’esclavage moins teintée de mythes nationaux, ce qui a nourri sa réflexion sur les récits historiques. Enfin, la conférence donnée à Berlin en 2025, où elle a longuement évoqué son parcours, a servi de catalyseur à la rédaction de son livre.

Un essai qui dépasse le simple récit personnel

Son ouvrage, à mi-chemin entre autobiographie et analyse historique, ne se contente pas de décrire ses voyages. Nell Irvin Painter y interroge les mécanismes de domination raciale et les façons dont les Noirs américains peuvent s’en affranchir, ne serait-ce que temporairement. « Ce n’est pas une solution magique, mais une bouffée d’oxygène », confie-t-elle. Elle y aborde aussi la manière dont les sociétés européennes et africaines perçoivent – ou ignorent – leur propre rôle dans l’histoire de l’esclavage et du colonialisme. Pour l’historienne, ces expériences à l’étranger sont autant de fenêtres ouvertes sur des récits historiques parallèles, souvent plus nuancés que celui dominant aux États-Unis.

Et maintenant ?

L’essai de Nell Irvin Painter, adapté de sa conférence berlinoise de 2025, devrait être publié en français d’ici la fin de l’année 2026. L’auteure a indiqué qu’elle envisageait une tournée de conférences en Europe et en Afrique pour discuter de ses conclusions. Par ailleurs, son travail pourrait inspirer d’autres chercheurs à explorer les dynamiques transnationales du racisme et de la mémoire historique, notamment dans un contexte où les débats sur la restitution des biens culturels et la reconnaissance des crimes coloniaux prennent de l’ampleur.

Reste à voir si cet essai contribuera à élargir le débat sur le racisme aux États-Unis, ou s’il restera cantonné à un public académique et militant. Une chose est sûre : Nell Irvin Painter a, une fois de plus, montré que l’histoire se comprend mieux quand on la regarde depuis plusieurs rives.

Selon Courrier International, elle a principalement vécu des séjours prolongés en France (notamment à Bordeaux), au Ghana et en Allemagne.

La conférence à l’origine de son essai s’est tenue à Berlin en 2025, d’après les informations rapportées par Courrier International.