D'après Capital, un constat intéressant peut être dressé concernant l'utilisation de l'intelligence artificielle (IA) dans le monde professionnel. En effet, alors que de nombreux salariés affirment que l'IA leur a « changé la vie », ils déclarent également être sous pression et avoir du mal à gérer leur charge de travail. Cela peut sembler paradoxal, mais il est important de comprendre les raisons behind cette situation.

C'est dans ce contexte que le baromètre Teale × Tomorrow Theory sur l'IA et la santé mentale, publié en avril 2026, apporte des éclairages intéressants. Sur un échantillon de 1 956 actifs, les résultats montrent que les utilisateurs perçoivent un effet globalement positif sur leur productivité, mais que 24,3 % d'entre eux rapportent déjà une érosion de leurs propres compétences, un phénomène que les chercheurs appellent le « deskilling ».

Ce qu'il faut retenir

  • L'IA peut avoir un impact positif sur la productivité, mais elle peut également entraîner une surcharge de travail et une érosion des compétences.
  • Le baromètre Teale × Tomorrow Theory sur l'IA et la santé mentale met en évidence les défis liés à l'utilisation de l'IA dans le monde professionnel.
  • La charge cognitive est un facteur clé à prendre en compte pour comprendre les effets de l'IA sur la santé mentale et la productivité.

La charge cognitive : un facteur clé

La charge cognitive se décompose en trois étages, distingués par les sciences de l'ergonomie : la charge intrinsèque, la charge extrinsèque et la charge germane. La charge intrinsèque correspond à la tâche elle-même, tandis que la charge extrinsèque touche à tout ce qui parasite l'exécution, comme les sollicitations Teams, les mails, les appels, les interruptions de collègues. La charge germane, quant à elle, permet l'apprentissage profond et la construction de l'expertise.

Comme le souligne Alexandre Stourbe, ambassadeur de Tomorrow Theory et ancien directeur général du Lab RH, « On n'est plus sur le sujet de la charge mentale, on est sur le sujet de la charge cognitive, donc de la fatigue cognitive. » L'IA n'allège pas la charge, elle la déplace. Et le temps gagné est immédiatement réabsorbé.

Les trajectoires d'entreprise

Trois trajectoires d'entreprise se dessinent, toutes documentées sur le terrain. La première, la plus brutale, fait monter la cadence intellectuelle, ce qui peut entraîner une fatigue, des arrêts maladie, voire des burn-out. La deuxième trajectoire, déjà visible dans certaines sociétés de conseil, consiste à réduire la masse salariale, puisque la productivité individuelle augmente. La troisième trajectoire, plus rare, redéfinit le rapport au temps de travail.

La méthode des entreprises qui transforment réellement le gain de temps tient en un chiffre : 20 % du temps de travail dédié à la charge germane, soit une journée par semaine consacrée à l'apprentissage profond. C'est ce que l'expert appelle, dans la lignée des travaux anglo-saxons, le « deep work » — des plages protégées de toute interruption, dédiées à la montée en compétence ou à l'exploration de nouveaux territoires métier.

Et maintenant ?

Les entreprises qui s'engagent dans cette voie portent un nom, ce sont les « skill-based organization (SBO) », qui ont gravi la première marche vers l'entreprise apprenante. Sans étude scientifique parue à ce jour, et donc sans documentation disponible, l'expert observe empiriquement les bénéfices : réduction de l'absentéisme, baisse des arrêts maladie, recul des burn-out, gain de productivité collective.

Les prochaines étapes attendues concernent la généralisation de ces pratiques et la mise en place de formations pour aider les salariés à développer de nouvelles compétences. En effet, comme le rappelle Alexandre Stourbe, « L'IA n'est pas une révolution technologique. L'IA est avant tout une révolution culturelle. »

En conclusion, l'utilisation de l'IA dans le monde professionnel peut avoir des effets positifs sur la productivité, mais elle nécessite également une prise en compte des défis liés à la charge cognitive et à la santé mentale. Les entreprises qui réussissent à transformer le gain de temps en apprentissage profond et en développement de compétences sont celles qui seront en mesure de tirer pleinement parti des avantages de l'IA.