Le secteur aérien mondial traverse une période de tensions sans précédent avec les fabricants de moteurs d'avion, accusés de cumuler retards de livraison et fiabilité insuffisante. Selon BFM Business, le lobby aérien IATA a chiffré à **11 milliards de dollars** les pertes subies en 2025 par les compagnies aériennes à cause de ces défaillances industrielles.
Réunis pour leur sommet annuel à Rio de Janeiro, les dirigeants des compagnies aériennes ont vivement critiqué les performances des motoristes, parmi lesquels figurent des géants comme CFM International (coentreprise GE Aerospace et Safran), Pratt & Whitney ou encore Rolls-Royce. Willie Walsh, directeur général de l'IATA, n'a pas mâché ses mots : « Ils sont tous mauvais en ce moment (...) Si j'étais fabricant de moteurs, je ne serais pas ravi de mes performances », a-t-il déclaré devant la presse.
Ce qu'il faut retenir
- 11 milliards de dollars : montant des pertes enregistrées par les compagnies aériennes en 2025 en raison des défaillances des chaînes de production des motoristes, selon l'IATA.
- 18 000 appareils en attente de livraison dans les carnets de commandes des constructeurs, un chiffre qui illustre l'ampleur des retards.
- 15,2 ans : âge moyen record de la flotte mondiale, en partie à cause du manque de livraisons de nouveaux appareils.
- Plus de 5 000 avions économes en carburant attendus, mais non livrés, privant le secteur de gains potentiels sur la consommation.
- Les bénéfices des motoristes ont connu une croissance à deux chiffres en 2025, malgré les critiques des compagnies aériennes.
Des retards coûteux pour les compagnies et une flotte vieillissante
Les compagnies aériennes subissent de plein fouet les conséquences de ces dysfonctionnements. « Les compagnies sont confrontées à des coûts plus élevés en carburant parce que les flottes sont moins efficaces que prévu », a expliqué Willie Walsh lors de son discours à Rio. Le vieillissement du parc aérien mondial, avec un âge moyen de **15,2 ans**, reflète l'incapacité des constructeurs à répondre à la demande en nouveaux appareils, pourtant cruciaux pour moderniser les flottes et réduire la consommation de kérosène.
Les carnets de commandes, gonflés à **18 000 avions**, ne se traduisent pas par des livraisons rapides. « Nous avons perdu patience », a martelé le directeur de l'IATA, soulignant que les compagnies paient le prix fort de ces retards. Le manque de **plus de 5 000 appareils économes en carburant** — initialement prévus pour remplacer les modèles obsolètes — prive le secteur de gains significatifs en matière d'efficacité énergétique.
Un appel clair aux motoristes : « Arrêtez de nous gruger »
La diatribe de Willie Walsh visait directement les industriels du secteur, sommés de revenir à des standards de qualité et de fiabilité. « Arrêtez de nous gruger et revenez à la fabrication de bons moteurs, qui fonctionnent et qui durent », a-t-il lancé, marquant ainsi une rupture dans les relations entre compagnies et motoristes. Ces derniers, de leur côté, invoquent des difficultés structurelles pour expliquer leurs retards : perturbations persistantes des chaînes d'approvisionnement, pénuries de main-d'œuvre qualifiée et tensions sur les matières premières, héritées de la crise sanitaire.
« Il y a un peu de progrès », a concédé Willie Walsh, tout en rappelant que « la profonde déception des clients n'a pas entamé les finances des industriels ». Les bénéfices des motoristes, en effet, ont affiché une croissance à deux chiffres en 2025, contrastant avec la situation financière tendue des compagnies aériennes, déjà affectées par la hausse des prix du carburant.
Un secteur aérien sous pression face à la hausse des coûts
La hausse des prix du carburant, combinée aux retards de livraison et à l'inefficacité des flottes, aggrave une situation déjà fragile pour les compagnies. « Les prix plus élevés aujourd'hui des carburants ne vont faire qu'empirer les choses », a prévenu le directeur de l'IATA. Selon lui, les motoristes, bien que bénéficiaires, ne semblent pas subir de pressions suffisantes pour améliorer leurs performances.
Les tensions entre les deux maillons de la chaîne de valeur — constructeurs d'avions et motoristes d'un côté, compagnies aériennes de l'autre — pourraient s'intensifier dans les mois à venir. Les compagnies, déjà en première ligne face à la concurrence et aux attentes des passagers, réclament des solutions concrètes et immédiates. La modernisation des flottes, conditionnée par la livraison des appareils commandés, reste un enjeu majeur pour le secteur.
Les négociations entre les différentes parties prenantes pourraient s'intensifier, avec un risque de durcissement des positions si les retards persistent. Pour les passagers, la question reste entière : dans quelle mesure ces dysfonctionnements impacteront-ils les tarifs ou la qualité du service aérien dans les années à venir ?
Les compagnies dénoncent des retards de livraison répétés, des moteurs peu fiables et des prix élevés, alors que les motoristes affichent des bénéfices records. Willie Walsh, de l'IATA, utilise le terme « gruger » pour souligner le déséquilibre entre les pertes subies par les compagnies et les gains des industriels.
Les retards de livraison et le vieillissement des flottes peuvent entraîner des coûts supplémentaires pour les compagnies, qui pourraient se répercuter sur les tarifs. De plus, des appareils moins modernes peuvent offrir un confort ou une efficacité énergétique moindre.