Le Liban, carrefour historique des civilisations méditerranéennes, continue de révéler son riche patrimoine archéologique, malgré les tensions géopolitiques qui freinent les recherches dans certaines zones. Selon Le Figaro, des vestiges d’un temple romain imposant, un pressoir à olives d’époque romaine et des outils en terre cuite ont été mis au jour ces derniers mois, témoignant de l’héritage multiséculaire du pays. Ces découvertes surviennent alors que la reprise des hostilités entre Israël et le Hezbollah, début mars 2026, a contraint les équipes à suspendre leurs activités dans les régions les plus exposées.

Ce qu’il faut retenir

  • Un temple romain de 21 mètres de long et 11 mètres de large, datant du Ier-IIe siècle après J.-C., a été découvert à Maaser el-Chouf, au sud-est de Beyrouth.
  • Les fouilles ont été stoppées dans le Sud en raison des bombardements israéliens, notamment à Tyr, site phénicien inscrit au patrimoine en péril par l’Unesco.
  • Un pressoir à olives et des outils en terre cuite ont été exhumés à Batroun et Beyrouth, révélant des activités économiques antiques.
  • Les châteaux du Mont Amel, dont la forteresse de Beaufort, sont menacés par les frappes et ont été classés sur la liste du patrimoine en danger.
  • Les équipes étrangères ont annulé leur venue au Liban en raison du conflit, limitant les collaborations internationales.

Un temple romain redécouvert dans les montagnes libanaises

Dans les hauteurs de Maaser el-Chouf, à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Beyrouth, les archéologues ont identifié les vestiges d’un temple romain d’une envergure exceptionnelle. « Tout un système a été construit autour de ce temple », a détaillé à l’Agence France-Presse Myriam Ziadé, directrice locale des antiquités au ministère de la Culture. Les colonnes, dont les bases atteignent 21 mètres de long et 11 mètres de large, datent d’entre le Ier siècle avant J.-C. et le IIe siècle après J.-C. Le site a ensuite été réutilisé comme forteresse croisée entre les XIIe et XIIIe siècles, profitant de sa position stratégique sur un axe reliant la côte méditerranéenne à la vallée de la Bekaa.

Cette découverte s’ajoute à une longue liste de sites archéologiques libanais, où se superposent les traces des Phéniciens, Perses, Romains, Byzantins et Ottomans. Le Liban, plaque tournante commerciale depuis l’Antiquité, abrite en effet des vestiges datant de l’âge de pierre jusqu’à l’Empire ottoman, faisant de son sous-sol une véritable encyclopédie à ciel ouvert.

Le Sud du Liban, zone de fouilles paralysées par la guerre

Si le nord et le centre du pays poursuivent leurs travaux, le sud est aujourd’hui inaccessible pour les archéologues. Depuis le début des hostilités entre Israël et le Hezbollah en mars 2026, les bombardements israéliens ont visé des sites emblématiques comme Tyr, ancienne cité phénicienne. Cette ville, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, abrite notamment un arc de triomphe romain et un hippodrome du IIe siècle, tous deux endommagés par les frappes.

« Notre priorité aujourd’hui a changé et se concentre sur la protection du patrimoine en péril », a expliqué Sarkis El Khoury, directeur général des Antiquités, à l’AFP. « Les fouilles dans les zones dangereuses sont à l’arrêt », a-t-il précisé. La situation est d’autant plus critique que les châteaux du Mont Amel, dont la célèbre forteresse de Beaufort — occupée par l’armée israélienne lors des croisades — ont été inscrits en juillet 2026 sur la liste du patrimoine en danger par l’Unesco, aux côtés d’autres monuments du Sud.

Des découvertes fortuites dans le Nord et à Beyrouth

Malgré les contraintes, les fouilles se poursuivent ailleurs. À Batroun, ville côtière du Nord où trône un amphithéâtre romain partiellement enseveli, une équipe d’archéologues travaille sous un soleil de plomb. Parmi les trouvailles récentes, Samar Karam, responsable des sites dans le Nord, cite un pressoir à olives et des poids en terre cuite datant de l’époque romaine, découverts sur un terrain privé. À proximité, deux carrières de pierre ont été identifiées : l’une romaine, l’autre phénicienne. « Nous avons aussi mis au jour des vestiges ottomans, perses, phéniciens et romains sur un même site », a-t-elle souligné, illustrant la stratification historique du Liban.

À Beyrouth, Laure Salloum, qui supervise les fouilles en cours, a récemment exhumé un autre pressoir à olives romain. Les recherches se poursuivent également pour localiser les restes d’un hippodrome romain, déjà partiellement dégagé lors de fouilles préventives menées avant la construction d’un complexe commercial et résidentiel. « Nous faisons constamment de nouvelles découvertes », s’est réjoui Sarkis El Khoury. « Le Liban est au croisement d’une région qui a traversé les crises pendant des milliers d’années ».

Un patrimoine en sursis, mais toujours porteur d’espoir

Les destructions ciblent désormais aussi bien les vies humaines que les témoignages du passé. À Tyr, les équipes sur place signalent des dégâts sur les infrastructures antiques, tandis que les bombardements ont forcé les experts étrangers à annuler leurs missions. « À cause de la guerre, les équipes internationales ont renoncé à se rendre au Liban », a confirmé Sarkis El Khoury, regrettant l’absence de collaborations extérieures. Pourtant, ces partenariats sont cruciaux pour la préservation des sites, souvent menacés par le manque de moyens et l’urbanisation croissante.

Le Liban n’est pas seul dans cette situation. D’autres pays du Proche-Orient, comme la Syrie ou l’Irak, luttent aussi pour protéger leur patrimoine face aux conflits. Mais le Liban se distingue par la densité et la diversité de ses vestiges, reflétant son rôle historique de carrefour des civilisations. « Le pays regorge de sites datant des âges de pierre, du bronze, du fer, ou encore des empires byzantin et ottoman », rappelle le directeur des Antiquités. Une richesse qui, si elle est préservée, pourrait jouer un rôle clé dans la reconstruction culturelle du pays.

Et maintenant ?

Si les hostilités persistent, les fouilles dans le Sud devraient rester suspendues dans l’immédiat, les priorités se concentrant sur la sécurisation des sites et la protection des populations. Une trêve durable serait nécessaire pour relancer les campagnes de fouilles, notamment à Tyr et dans la vallée de la Bekaa. Par ailleurs, la reprise des missions internationales dépendra de l’évolution de la situation sécuritaire, un retour attendu par les archéologues pour redonner au Liban sa place centrale dans la recherche historique méditerranéenne.

En attendant, les découvertes fortuites — comme celles de Batroun ou Beyrouth — rappellent que le patrimoine libanais, bien que fragile, continue de livrer ses secrets. Ces trouvailles, souvent réalisées dans l’urgence lors de chantiers urbains, soulignent aussi l’importance de systématiser les fouilles préventives avant toute construction. Une approche qui pourrait éviter la perte définitive de vestiges encore inconnus.

Les hostilités entre Israël et le Hezbollah, qui ont repris en mars 2026, ont entraîné des bombardements dans le Sud, rendant les sites dangereux et inaccessibles. Les équipes sur place ont dû se replier pour se concentrer sur la protection du patrimoine en péril, comme l’a indiqué Sarkis El Khoury, directeur général des Antiquités.

Plusieurs sites majeurs du Sud sont en danger, dont Tyr — avec son arc de triomphe et son hippodrome romains — et les châteaux du Mont Amel, dont la forteresse de Beaufort, classée au patrimoine en péril par l’Unesco en juillet 2026.