Selon BFM Bourse, les opérateurs de satellites SES et Eutelsat vont percevoir respectivement 5,6 milliards et 504 millions de dollars pour la libération de fréquences sur la bande C, dans le cadre du développement de la 5G aux États-Unis. Cette décision, validée par la FCC (Federal Communications Commission) la semaine dernière, marque une étape clé pour ces groupes, dont les actions ont immédiatement réagi à l’annonce.
Ce qu'il faut retenir
- Un dédommagement total de 6,1 milliards de dollars : 504 millions pour Eutelsat et 5,6 milliards pour SES, avant impôts, selon les estimations de Stifel.
- 160 MHz de fréquences libérées entre 3,98 GHz et 4,14 GHz, contre un minimum de 100 MHz initialement prévu par la FCC.
- Des enchères prévues en juillet 2027, avec un calendrier de libération des fréquences s’étalant jusqu’en 2031.
- Une hausse immédiate des actions : +7,2 % pour Eutelsat et +5 % pour SES à la Bourse de Paris en début d’après-midi.
- Utilisation des fonds : désendettement pour les deux groupes, avec un dividende exceptionnel de 1,7 milliard d’euros prévu pour SES en 2030-2031.
Une réallocation stratégique de la bande C pour la 5G
La bande C, qui s’étend entre 3,7 GHz et 4,2 GHz, est historiquement utilisée par les opérateurs satellites pour diffuser des services de vidéo. Pourtant, depuis la fin des années 2010, les États-Unis ont engagé un processus de réallocation d’une partie de ce spectre au profit de la 5G terrestre. En 2020, la FCC a officiellement lancé cette démarche, visant à libérer des fréquences pour les opérateurs télécoms. Ce mécanisme implique une compensation financière pour les acteurs du satellite, dont les services pourraient être perturbés.
Comme le rapporte BFM Bourse, cette réallocation s’inscrit dans une logique de modernisation des infrastructures mobiles. Aux États-Unis, le processus a été accéléré par rapport à d’autres pays, comme la France, où les enchères de 2020 avaient rapporté près de 2,8 milliards d’euros à l’État. Ici, la manne financière pour les opérateurs satellites est bien plus conséquente, reflétant l’ampleur des fréquences libérées et leur valeur marchande.
La FCC valide un cadre précis pour les opérateurs
La semaine dernière, la FCC a officiellement validé un plan de déploiement (« report and order ») détaillant les modalités de libération de 160 MHz de fréquences sur la bande C supérieure. Cette décision dépasse le minimum statutaire de 100 MHz, une mesure saluée par les analystes. Stifel souligne que cette décision « permet aux opérateurs de maximiser l’opportunité de monétisation de la bande tout en préservant la continuité des services par satellite fixe ».
Dans un communiqué, Eutelsat a salué cette avancée : « La décision de la FCC fournit le cadre nécessaire à la réattribution de 160 MHz du spectre de la bande C supérieure pour accompagner l’essor continu des services mobiles avancés aux États-Unis, tout en veillant à la poursuite du déploiement de services satellitaires essentiels. » L’opérateur rappelle également que 7,5 % de son capital est détenu par CMA CGM, propriétaire de BFMTV et RMC.
Des retombées financières majeures pour SES et Eutelsat
Les dédommagements annoncés s’élèvent à 504 millions de dollars (443 millions d’euros) pour Eutelsat et à 5,6 milliards de dollars pour SES. Ces montants, bien que proches des prévisions des analystes, apportent une visibilité inédite sur les flux de trésorerie futurs. Stifel estime que, après impôts et déduction de certains coûts, le montant net pour Eutelsat atteindra 325 millions d’euros. Ce cash devrait permettre au groupe de réduire son endettement, alors qu’il prépare le déploiement des satellites en orbite basse (LEO) de OneWeb.
Pour SES, dont 89 % du spectre libéré** appartient, les retombées sont encore plus significatives. Selon Stifel, le groupe luxembourgeois pourrait recevoir entre 2,2 et 2,3 milliards d’euros après impôts et coûts divers. Une partie de ces fonds servira à alléger la dette, tandis qu’un dividende exceptionnel de 1,7 milliard d’euros** est envisagé pour la période 2030-2031. Deutsche Bank va plus loin en estimant que SES pourrait finalement percevoir 10 % de plus que les prévisions initiales, une annonce qui devrait rassurer les investisseurs.
Les marchés réagissent positivement à l’annonce
La nouvelle a immédiatement été saluée par les investisseurs. En début d’après-midi à la Bourse de Paris, l’action Eutelsat a progressé de 7,2 %, tandis que celle de SES, cotée à la fois à Paris et au Luxembourg, a gagné 5 %. Cette réaction reflète la confiance des marchés dans la capacité des deux groupes à tirer parti de cette manne financière pour renforcer leur structure financière et accélérer leurs investissements.
Les analystes soulignent que cette décision de la FCC marque un tournant pour le secteur. « En adoptant intégralement le scénario de libération des fréquences à 160 MHz et en mettant officiellement en place un cadre de compensation spécifique, la FCC a transformé une option réglementaire en une source de flux de trésorerie future concrète pour SES, Eutelsat et Telesat », explique Stifel dans une note aux clients.
Cette réallocation s’inscrit dans un mouvement plus large de modernisation des infrastructures de télécommunications, où la 5G et les satellites jouent un rôle central. Pour les deux opérateurs, l’enjeu sera désormais de transformer ces ressources financières en leviers de croissance durable, tout en maintenant la qualité de leurs services existants.
La bande C, située entre 3,7 GHz et 4,2 GHz, est historiquement utilisée pour la diffusion vidéo par satellite en raison de sa faible sensibilité aux intempéries. Contrairement aux bandes Ku ou Ka, elle offre une couverture large et stable, mais est désormais convoitée pour la 5G en raison de sa capacité à transporter des données à haut débit. Sa réallocation progressive vers les télécoms terrestres répond à la demande croissante en connectivité mobile.
Les dédommagements seront versés après la finalisation des enchères de la bande C, prévues pour juillet 2027. Les fréquences devront être libérées d’ici 2031, ce qui signifie que les fonds pourraient être perçus par étapes entre ces deux dates, selon le calendrier de réallocation retenu par la FCC.