L’industrie aéronautique mondiale traverse une période de tension inédite, selon BFM Business. Le secteur, déjà fragilisé par les conséquences économiques de la crise sanitaire, doit désormais faire face à une pénurie croissante de kérosène, un carburant essentiel pour son fonctionnement. Cette situation, qui s’aggrave depuis plusieurs mois, menace directement la reprise du trafic aérien et interroge sur la résilience des compagnies face à ce défi logistique et économique.

Ce qu'il faut retenir

  • L’aérien est confronté à une pénurie de kérosène qui s’accentue depuis 2025
  • Cette crise intervient dans un contexte de reprise inégale du trafic aérien post-pandémie
  • Les compagnies pourraient devoir revoir leurs stratégies d’approvisionnement et de tarification
  • Les acteurs du secteur appellent à des solutions structurelles pour sécuriser l’approvisionnement
  • La situation rappelle les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement énergétiques mondiales

Un carburant devenu rare : les causes d’une crise annoncée

Depuis fin 2025, le marché du kérosène, ce carburant indispensable à l’aviation civile et militaire, subit une tension sans précédent. Selon BFM Business, cette pénurie s’explique par plusieurs facteurs concomitants : la reprise accélérée du trafic aérien après la pandémie de Covid-19, les tensions géopolitiques qui perturbent les chaînes d’approvisionnement, et les investissements insuffisants dans les capacités de raffinage dédiées. Les raffineries, en effet, peinent à ajuster leur production pour répondre à une demande en hausse, notamment en Europe et en Amérique du Nord.

Autre élément clé, la transition énergétique impose aux raffineurs de diversifier leurs activités, réduisant ainsi leur capacité à produire du kérosène, un produit à faible marge et complexe à fabriquer. «

Nous sommes dans une situation paradoxale : le monde a besoin de plus de kérosène, mais les capacités de production ne suivent pas
», a souligné un expert du secteur, cité par BFM Business. Cette inadéquation entre l’offre et la demande alimente une hausse des prix qui pèse sur les compagnies aériennes, déjà fragilisées par des coûts opérationnels en constante augmentation.

Les compagnies aériennes entre ajustements et inquiétudes

Face à cette situation, les transporteurs aériens doivent revoir leurs stratégies pour limiter l’impact de la pénurie. Plusieurs d’entre eux, comme Air France ou Lufthansa, ont déjà annoncé des ajustements tarifaires pour absorber la hausse des coûts du carburant. D’autres envisagent de réduire certaines lignes moins rentables ou de repenser leur flotte pour privilégier des avions moins gourmands en kérosène. Selon BFM Business, certaines compagnies pourraient également se tourner vers des carburants alternatifs, comme le SAF (Sustainable Aviation Fuel), encore marginal dans le mix énergétique du secteur.

Cependant, cette solution reste coûteuse et limitée par des capacités de production insuffisantes. «

Le SAF est une piste, mais à court terme, il ne permettra pas de résoudre la crise du kérosène classique
», a rappelé un porte-parole de l’Association internationale du transport aérien (IATA), interrogé par la rédaction. La situation est d’autant plus critique que les stocks de sécurité, généralement mobilisés en cas de crise, sont aujourd’hui bien inférieurs aux niveaux recommandés par les autorités internationales.

Appels à des solutions structurelles pour sécuriser l’approvisionnement

Alors que la pénurie menace de s’installer durablement, les acteurs du secteur multiplient les appels à des mesures structurelles. Selon BFM Business, les compagnies aériennes et les industriels plaident pour un soutien public aux raffineries capables de produire du kérosène, ainsi que pour des incitations fiscales à la relocalisation des capacités de production en Europe. Certains proposent même de réviser les normes environnementales pour faciliter l’accès à des carburants plus polluants, une piste hautement controversée sur le plan écologique.

Les gouvernements, de leur côté, semblent divisés sur la réponse à apporter. En France, le ministre des Transports a évoqué la possibilité de « mobiliser des réserves stratégiques » en cas de crise majeure, tandis que la Commission européenne étudie des mesures pour encourager les investissements dans les infrastructures de raffinage. Pourtant, aucun calendrier précis n’a encore été annoncé, laissant planer le doute sur la capacité des pouvoirs publics à agir à temps.

Et maintenant ?

La situation pourrait évoluer rapidement dans les prochains mois, avec deux échéances clés à surveiller : d’abord, la réunion prévue en mai 2026 entre les représentants des compagnies aériennes et les raffineurs, qui devrait aborder les modalités d’approvisionnement pour l’été. Ensuite, les annonces attendues de la Commission européenne sur son plan « Fit for 55 », qui pourrait inclure des mesures spécifiques pour le secteur aérien. Reste à voir si ces initiatives suffiront à éviter une crise majeure, alors que les prix du kérosène restent volatils et que les tensions géopolitiques persistent.

En attendant, les passagers pourraient subir une nouvelle hausse des tarifs aériens, tandis que les compagnies devront arbitrer entre rentabilité et continuité du service. Une chose est sûre : cette pénurie de kérosène rappelle, une fois encore, la vulnérabilité des industries dépendantes des énergies fossiles et l’urgence d’accélérer la transition vers des alternatives durables.

Le kérosène est un sous-produit complexe du raffinage du pétrole, dont la production nécessite des installations spécifiques et coûteuses. Avec la transition énergétique, les raffineries se concentrent sur d’autres produits plus rentables ou alignés sur les objectifs climatiques, réduisant ainsi leurs capacités dédiées au kérosène. De plus, les investissements nécessaires pour moderniser ces infrastructures prennent plusieurs années.

Les compagnies pourraient augmenter les tarifs pour compenser la hausse des coûts, supprimer certaines lignes moins rentables, ou encore reporter des investissements prévus pour moderniser leurs flottes. À plus long terme, si la pénurie persiste, des perturbations dans l’organisation des vols (retards, annulations) ne sont pas à exclure.