L’industrie mondiale de la pêche au calmar repose sur des pratiques aux conséquences dramatiques pour les écosystèmes marins et les travailleurs, comme le révèle un rapport détaillé publié ce 4 juin par l’Environmental Justice Foundation (EJF). Ce document, basé sur le témoignage de centaines de pêcheurs indonésiens et philippins ayant travaillé à bord de 249 navires de pêche hauturière, met en lumière des dérives systémiques dans trois pêcheries majeures : l’Atlantique Sud-Ouest, le Pacifique Sud-Est et le nord-ouest de l’océan Indien.

Ce qu'il faut retenir

  • Un rapport de l’EJF révèle des pratiques destructrices dans l’industrie du calmar, s’appuyant sur 249 navires et des témoignages de pêcheurs indonésiens et philippins.
  • Les trois pêcheries analysées couvrent l’Atlantique Sud-Ouest, le Pacifique Sud-Est et le nord-ouest de l’océan Indien.
  • Les pêcheurs décrivent des conditions de travail violentes et des atteintes graves à la santé des animaux capturés.
  • Les méthodes employées menacent la durabilité des populations de calmars et l’équilibre des océans.

Des conditions de travail inhumaines pour les marins

Les pêcheurs interrogés par l’EJF décrivent des conditions de travail dignes de l’esclavage moderne. Les témoignages recueillis évoquent des violences physiques, des salaires non versés, et des journées de travail pouvant dépasser 20 heures, sans repos hebdomadaire. Certains marins rapportent avoir été contraints de travailler malgré des blessures graves, sous peine de sanctions brutales. « On nous traite comme du bétail, pire encore. Les coups sont monnaie courante, et ceux qui protestent disparaissent du bateau », a déclaré un ancien pêcheur philippin, cité dans le rapport.

Des pratiques barbares envers les animaux capturés

Au-delà des violations des droits humains, l’enquête révèle des méthodes de pêche particulièrement cruelles envers les calmars. Les animaux, souvent amputés de leurs tentacules ou mutilés pour faciliter leur capture, sont entassés dans des cales surpeuplées où la mortalité est élevée. « Les calmars sont jetés vivants sur le pont, encore conscients. On les découpe sans anesthésie pour accélérer le traitement », a expliqué un témoin anonyme ayant travaillé dans la pêcherie de l’Atlantique Sud-Ouest. Ces pratiques, bien que courantes, aggravent la surpêche et menacent la survie des espèces.

Un impact écologique désastreux

Les trois pêcheries ciblées par le rapport figurent parmi les plus productives au monde, mais leur exploitation intensive épuise les stocks de calmars. Les méthodes utilisées, comme le chalutage de fond ou les filets dérivants, détruisent également les habitats marins. Selon l’EJF, plus de 30 % des captures mondiales de calmars proviennent de ces zones, où les quotas de pêche sont souvent ignorés. Les scientifiques alertent sur le risque de collapse des populations si rien n’est fait pour réguler ces pratiques.

Et maintenant ?

Le rapport de l’EJF intervient alors que l’Union européenne et plusieurs États asiatiques discutent de nouvelles réglementations pour encadrer la pêche au calmar. Une réunion du Comité des pêches pour l’Atlantique Centre-Est (CECAF) est prévue en septembre 2026 pour établir des mesures contraignantes. Les ONG appellent à une interdiction des méthodes les plus destructrices, comme les filets maillants dérivants, et à la mise en place d’un système de traçabilité pour éviter la pêche illégale. Reste à voir si les États membres donneront suite à ces recommandations.

En attendant, les consommateurs pourraient jouer un rôle clé en privilégiant les produits issus de pêcheries certifiées durables. Plusieurs labels, comme le MSC (Marine Stewardship Council), commencent à intégrer des critères plus stricts pour le calmar, mais leur application reste inégale. La pression sur les industriels et les gouvernements pour adopter des pratiques responsables ne fera que s’intensifier dans les mois à venir.