Selon Le Figaro, la production mondiale d’acier, responsable de 11 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre d’origine humaine, reste largement dépendante du charbon. Cette dépendance persiste malgré les appels répétés à une transition vers des procédés plus propres, comme le souligne un rapport annuel de l’ONG américaine Global Energy Monitor, publié lundi 11 mai 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • 319 millions de tonnes par an de capacité de hauts fourneaux à base de charbon ont été annoncées ou sont en construction en 2025, soit 5 % de plus qu’en 2024.
  • La capacité mondiale des hauts fourneaux devrait augmenter de 88 millions de tonnes par an d’ici 2035.
  • Seulement 34 % des capacités mondiales d’acier reposent sur des technologies dites « vertes » (fours électriques à arc), contre 31 % en 2022.
  • L’Inde et la Chine concentrent 86 % des nouvelles capacités basées sur le charbon, responsables de l’essentiel des émissions du secteur.
  • L’Inde développe 60 % des nouvelles capacités mondiales de hauts fourneaux au charbon, dont 93 % de ses capacités de production de fer utilisent des technologies carbonées.
  • Seulement 5 % des projets indiens ont été lancés, laissant une marge de manœuvre pour une transition vers des technologies moins émettrices.

Une industrie encore largement ancrée dans les énergies fossiles

Pour transformer le minerai de fer en acier, les hauts fourneaux traditionnels consomment du charbon d’origine fossile, un procédé extrêmement polluant. Selon Le Figaro, ces installations contribuent de manière significative au réchauffement climatique. Malgré les engagements internationaux en faveur de la décarbonation, la production d’acier « vert » progresse à un rythme jugé insuffisant par les observateurs.

Les fours électriques à arc, qui permettent de recycler des tôles d’acier ou de produire de la fonte à partir de fer désoxydé via un arc électrique, représentent aujourd’hui 34 % des capacités mondiales. Un chiffre en légère hausse par rapport à 2022, où ils ne représentaient que 31 %. Pourtant, Global Energy Monitor estime que « les progrès restent limités ».

L’Asie au cœur des enjeux de transition

L’Inde et la Chine jouent un rôle central dans cette dynamique. Selon l’ONG, ces deux pays prévoient 86 % des nouvelles capacités basées sur le charbon, ce qui en fait les principaux contributeurs aux émissions du secteur. Astrid Grigsby-Schulte, spécialiste chez Global Energy Monitor, souligne que « les perspectives restent sombres pour la transition de l’acier loin des combustibles fossiles ». Elle ajoute que « la balle est dans le camp de l’Inde et de la Chine », appelant ces deux nations à adopter « des technologies à plus faibles émissions » pour orienter durablement l’industrie sidérurgique.

Côté indien, les chiffres sont particulièrement révélateurs. Le pays développe plus de 60 % des nouvelles capacités mondiales de hauts fourneaux fonctionnant au charbon. Pire encore, 93 % de ses capacités de production de fer reposent sur des technologies carbonées. Un constat alarmant, d’autant que seulement 5 % des projets ont effectivement été lancés. Pour Global Energy Monitor, cette situation laisse une « opportunité importante d’intervention » pour accélérer la transition.

La Chine, de son côté, reste de loin le premier producteur mondial d’acier. Son influence sur le marché mondial et son poids dans les émissions du secteur en font un acteur incontournable pour toute tentative de décarbonation à grande échelle.

Des avancées limitées malgré les alertes répétées

Le rapport de Global Energy Monitor met en lumière le décalage entre les discours politiques en faveur de la transition écologique et la réalité industrielle. En 2025, les capacités de production d’acier « vert » n’ont « augmenté que très légèrement », selon l’ONG. Une progression insuffisante pour répondre aux objectifs climatiques internationaux.

Les hauts fourneaux à charbon continuent donc de dominer le paysage, avec 319 millions de tonnes par an de capacité annoncée ou en construction en 2025. Un chiffre en hausse de 5 % par rapport à 2024. À terme, la capacité mondiale devrait encore croître de 88 millions de tonnes par an d’ici 2035, selon les projections de l’organisation.

« Les perspectives restent sombres pour la transition de l’acier loin des combustibles fossiles. La balle est dans le camp de l’Inde et de la Chine, car ces deux pays prévoient 86 % des nouvelles capacités basées sur le charbon. »
Astrid Grigsby-Schulte, experte chez Global Energy Monitor

Quels leviers pour accélérer la transition ?

Face à cette situation, les experts appellent à une mobilisation accrue des acteurs industriels et des gouvernements. Astrid Grigsby-Schulte insiste sur la nécessité pour l’Inde et la Chine de « passer à des technologies à plus faibles émissions ». Une transition qui, si elle était engagée, pourrait « avoir un effet profond sur l’orientation de l’industrie sidérurgique » à l’échelle mondiale.

Pourtant, les défis restent nombreux. Les coûts élevés des technologies alternatives, la dépendance économique au charbon dans certaines régions, et les délais de mise en œuvre des nouveaux procédés freinent les avancées. Dans ce contexte, les marges de manœuvre pour agir restent étroites, mais réelles.

Et maintenant ?

Les prochaines années seront déterminantes pour évaluer la capacité du secteur sidérurgique à réduire son empreinte carbone. D’ici 2030, les décisions prises par l’Inde et la Chine – les deux principaux émetteurs du secteur – pourraient soit confirmer la tendance actuelle, soit inverser la vapeur en faveur d’une production plus durable. Une réunion internationale sur la décarbonation de l’industrie lourde, prévue en 2027, pourrait jouer un rôle clé dans l’orientation des politiques publiques et des investissements privés. Reste à voir si les engagements se traduiront par des actes concrets.

En attendant, l’objectif d’une production d’acier neutre en carbone d’ici 2050, tel que défini par certains acteurs industriels, semble encore hors de portée. La trajectoire actuelle suggère plutôt une augmentation continue des émissions liées à ce secteur, sauf à observer un changement radical dans les stratégies des principaux producteurs mondiaux.

Le charbon est largement utilisé dans la sidérurgie car il est à la fois un combustible et un agent réducteur, essentiel pour transformer le minerai de fer en acier dans les hauts fourneaux traditionnels. Les alternatives comme les fours électriques à arc ou l’hydrogène vert, bien que moins polluantes, restent coûteuses et moins matures technologiquement. Leur adoption massive prendra du temps, malgré les pressions environnementales.

Les principales alternatives incluent les fours électriques à arc, qui utilisent de l’électricité (idéalement renouvelable) pour fondre l’acier recyclé, et les procédés basés sur l’hydrogène vert pour réduire le minerai de fer. D’autres pistes, comme l’utilisation de biomasse ou de gaz naturel, sont également explorées, mais leur déploiement à grande échelle reste limité.