Alors que les agents conversationnels s'imposent comme des outils quotidiens pour des millions d'utilisateurs, un linguiste français met en garde contre leurs effets sur la maîtrise de la langue. Dans une tribune publiée par Le Monde, Alain Bentolila, professeur à l'Université Paris Descartes et spécialiste reconnu de la langue française, souligne les risques d'une automatisation croissante de l'écriture et d'une uniformisation des pratiques linguistiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Alain Bentolila, linguiste reconnu, s'inquiète de l'impact des agents conversationnels comme ChatGPT sur l'apprentissage et l'usage de la langue écrite.
  • Il dénonce une possible perte du « goût de l'écriture » chez les utilisateurs, au profit d'une production automatisée et standardisée.
  • Selon lui, ces outils pourraient participer à une « uniformisation dommageable » de la langue française, en réduisant la diversité des styles et des expressions.
  • Bentolila appelle à la mise en place de politiques éducatives ambitieuses pour contrer cette tendance et préserver la richesse de la langue.

Dans sa tribune, Alain Bentolila ne remet pas en cause l'utilité des agents conversationnels, outils désormais omniprésents dans les sphères professionnelles, éducatives et personnelles. Depuis 2023, leur adoption a connu une croissance exponentielle, avec des milliards d'utilisateurs à travers le monde. Cependant, le linguiste s'interroge sur les conséquences à long terme de leur usage massif sur les compétences linguistiques des individus, en particulier chez les jeunes générations.

Pour lui, le danger réside dans la substitution progressive de l'écriture réfléchie par une production automatisée. Les agents conversationnels fonctionnent en générant des réponses à partir de modèles statistiques, ce qui, selon Bentolila, « réduit l'acte d'écrire à un automatisme ». Il précise : « On ne pense plus en écrivant, on sélectionne des phrases toutes faites, comme on coche des cases. » Cette standardisation menace, à ses yeux, la capacité des locuteurs à s'approprier pleinement leur langue, à en explorer les nuances et à développer une pensée critique à travers l'écriture.

« L'IA prétend stocker tous les écrits du monde, mais elle ne transmet ni le goût de l'écriture ni la sensibilité nécessaire à sa maîtrise. Elle participe d'une uniformisation dommageable de la langue, qui risque de nous faire perdre ce qui fait la richesse de notre expression. »
Alain Bentolila, linguiste

Le linguiste ne se contente pas de critiquer les outils eux-mêmes. Il pointe du doigt l'absence de cadre pédagogique pour encadrer leur usage, notamment dans le système éducatif. Pour Bentolila, l'école a un rôle crucial à jouer pour préserver les compétences rédactionnelles des élèves. Il plaide pour des politiques éducatives ambitieuses, intégrant des enseignements dédiés à la maîtrise de la langue et à la réflexion critique sur les outils numériques.

Parmi ses propositions, il suggère de renforcer les heures consacrées à l'expression écrite et orale dans les programmes scolaires. Il insiste également sur la nécessité de former les enseignants à l'accompagnement des élèves face à ces nouveaux outils, afin d'en faire des leviers d'apprentissage plutôt que des substituts à la réflexion personnelle. « Il ne s'agit pas de rejeter l'IA, mais de l'utiliser comme un auxiliaire, et non comme un remplacement », explique-t-il.

Et maintenant ?

Les débats autour de l'impact des agents conversationnels sur la langue et l'éducation devraient s'intensifier dans les prochains mois. Plusieurs pays, dont la France, ont déjà commencé à intégrer des réflexions sur l'usage de l'IA dans leurs stratégies éducatives. Une concertation nationale sur l'enseignement du français et l'usage des outils numériques est attendue pour la rentrée 2026, avec des mesures concrètes possibles dès 2027.

La tribune d'Alain Bentolila s'inscrit dans un mouvement plus large de réflexion sur la place de l'IA dans la société. Si certains y voient un progrès inévitable, d'autres, comme le linguiste, rappellent l'importance de préserver les fondamentaux de la langue écrite, pilier de la pensée critique et de l'expression personnelle.

Selon Bentolila, les principaux risques sont la perte du « goût de l'écriture », une standardisation excessive de la langue et une réduction de la diversité des expressions. Il craint également que ces outils ne remplacent progressivement la réflexion personnelle par des réponses automatisées, appauvrissant ainsi la maîtrise de la langue.