Alors que l’affaire Lyhanna continue d’alimenter le débat sur l’efficacité de la justice face aux violences sexuelles sur mineurs, plusieurs candidats déclarés ou potentiels à l’élection présidentielle de 2027 ont formulé des propositions pour renforcer la lutte contre ces infractions. Selon BFM - Politique, ces initiatives interviennent dans un contexte marqué par un sentiment d’insuffisance des pouvoirs publics : 82 % des Français estiment, selon un sondage Elable pour BFMTV, que le gouvernement n’agit pas assez contre les violences sur les mineurs.
Ce qu'il faut retenir
- 82 % des Français jugent le gouvernement insuffisamment mobilisé contre les violences sur mineurs, selon un sondage Elable pour BFMTV.
- Lyhanna, 11 ans, a été retrouvée morte le 4 juin 2026 dans un silo agricole, après avoir disparu une semaine plus tôt.
- Jérôme Barella, 41 ans, mis en cause à plusieurs reprises pour violences sexuelles sur mineurs, était en contact avec la victime peu avant sa disparition.
- Gabriel Attal propose 20 mesures, dont le recrutement de 3 000 magistrats et greffiers d’ici 2027.
- Plusieurs candidats, de gauche à droite, prônent une « loi intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles.
- La création d’un fichier public des pédocriminels, l’imprescriptibilité des crimes sur mineurs et la suppression du juge d’application des peines sont parmi les pistes avancées.
Un drame qui relance le débat sur la justice
Lyhanna, 11 ans, a été retrouvée sans vie le 4 juin 2026 dans un silo agricole situé dans le département de Fleurance, dans le Gers. La fillette, portée disparue depuis le 29 mai, avait été vue pour la dernière fois dans la voiture de Jérôme Barella, 41 ans, connu des services de police pour plusieurs signalements et plaintes pour violences sexuelles sur mineurs. Pourtant, aucune mesure concrète n’avait été prise à son encontre avant les faits. Son corps a été identifié le 4 juin, mettant fin à une semaine d’enquête et de recherche.
Ce drame a ravivé les critiques sur le traitement judiciaire des affaires de pédocriminalité. Selon BFM - Politique, 82 % des Français estiment que les pouvoirs publics ne se mobilisent pas suffisamment contre les violences sur les mineurs, un sentiment partagé par une large partie de la classe politique. Les dysfonctionnements mis en lumière par cette affaire ont poussé plusieurs candidats à la présidentielle à proposer des mesures fortes pour endiguer ce fléau.
Les propositions du centre et de la droite : plus de moyens et des peines plus lourdes
Du côté du centre et de la droite, les propositions se concentrent sur un renforcement des effectifs judiciaires et une durcissement des sanctions. Gabriel Attal, candidat déclaré pour Renaissance, a détaillé plus de vingt mesures dans un entretien accordé au Figaro ce samedi 13 juin. Parmi elles, la création de 3 000 postes de magistrats et greffiers dès 2027, ainsi que la suppression du juge d’application des peines (JAP), une mesure présentée comme un moyen de « désengorger » les tribunaux. Attal a également plaidé pour l’alourdissement des peines et le traitement des pédocriminels comme des terroristes.
Édouard Philippe (Horizons) a, lui aussi, défendu l’idée d’une « priorité absolue » accordée aux plaintes des enfants et aux signalements. Il a évoqué la possibilité de rappeler des magistrats retraités volontaires pour accélérer le traitement des dossiers en cours. Bruno Retailleau (Les Républicains), quant à lui, propose la création d’une « cour disciplinaire de la magistrature », composée en partie de citoyens tirés au sort, afin de sanctionner les manquements professionnels. Il suggère également la castration chimique pour les criminels sexuels les plus dangereux, une mesure qui divise au-delà des clivages politiques.
La gauche unie autour d’une « loi intégrale » et de l’éducation préventive
À gauche, l’accent est mis sur la prévention et la création d’une « loi intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles. Jean-Luc Mélenchon (LFI) a dénoncé lors d’un meeting à Saint-Denis le 11 juin que « les coupes budgétaires alimentent le crime », appelant à un renforcement significatif des moyens alloués à la lutte contre ces violences. Marine Tondelier (Europe Écologie-Les Verts) a insisté sur l’importance de la formation des enfants, dès le plus jeune âge, à travers une éducation à la vie affective et sexuelle adaptée.
Plusieurs candidats, dont Raphaël Glucksmann et Bernard Cazeneuve, défendent l’idée d’une juridiction spécialisée pour traiter les affaires de violences sur mineurs et femmes. Cazeneuve a proposé le rappel des magistrats retraités volontaires pour « apurer » les dossiers en souffrance. Une « loi intégrale » pourrait, selon eux, imposer des procédures strictes : audition immédiate des victimes, collecte systématique de preuves matérielles, numériques ou médico-légales, et action judiciaire engagée en moins de 48 heures après le dépôt de plainte.
Le Rassemblement national et l’extrême droite : fichage et peines planchers
Le Rassemblement national (RN) et l’extrême droite proposent des mesures plus répressives, avec une approche centrée sur l’enfermement et le fichage des pédocriminels. Jordan Bardella (RN) a insisté sur l’augmentation du nombre de places de prison et la mise en place de « peines minimales » pour empêcher les récidives. Il a également demandé que la perpétuité soit encourue pour les crimes sexuels commis sur des mineurs, ainsi que la suppression des remises de peine pour les infractions les plus graves.
Certains responsables politiques, à droite comme au centre, évoquent aussi l’hypothèse d’un renforcement du système des « attestations d’honorabilité » pour vérifier les antécédents judiciaires des personnes amenées à travailler auprès d’enfants. D’autres, comme Bardella, poussent pour un « fichage » plus strict, sur le modèle des fichés S, bien que le périmètre et la transmission de ces fichiers fassent encore débat au sein de la classe politique.
Des mesures communes et des clivages persistants
Malgré des approches parfois divergentes, certains points font consensus. L’imprescriptibilité des crimes commis sur mineurs, la création d’un fichier public des pédocriminels et l’extension du principe de « prescription glissante » — qui permet de prolonger le délai de prescription en cas de récidive — sont soutenus par plusieurs candidats, de Gabriel Attal à Jean-Luc Mélenchon. La question d’un parquet spécialisé dans les violences faites aux femmes et aux enfants, défendue par Dominique de Villepin, est également évoquée de manière transversale.
Cependant, des désaccords subsistent, notamment sur la forme que doit prendre un éventuel fichier des pédocriminels. Faut-il l’étendre aux simples accusés ou le réserver aux condamnés ? Faut-il le transmettre aux employeurs potentiels ? Autant de questions qui illustrent les tensions entre efficacité judiciaire et respect des libertés individuelles.
Dans l’immédiat, les obsèques de Lyhanna, qui se sont tenues à Fleurance le 6 juin, ont marqué les esprits par leur émotion contenue. Les familles des victimes et les associations appellent à une réponse politique forte, tandis que les enquêtes sur les dysfonctionnements ayant permis à Jérôme Barella de passer entre les mailles du filet se poursuivent.
Le principe de « prescription glissante » permettrait de prolonger le délai de prescription d’un crime ou d’un délit si son auteur commet une nouvelle infraction du même type. Par exemple, si un pédocriminel récidive, le délai pour le poursuivre pour ses premiers actes serait réinitialisé à la date de la récidive. Cette mesure vise à empêcher les criminels de bénéficier de l’extinction de l’action publique en cas de délais trop longs entre les faits et la plainte.