Selon BFM Business, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a significativement révisé à la hausse les chiffres de croissance de l’économie française pour les années suivant la crise du Covid-19. Cette révision, particulièrement marquée pour 2023, reflète une meilleure tenue que prévu des entreprises, notamment dans l’industrie manufacturière, dont la part dans le produit intérieur brut (PIB) dépasse désormais les 10 %. Cette annonce intervient alors que la France a enregistré un léger recul du PIB au premier trimestre 2024 (-0,1 %), une situation qui pourrait, en cas de contraction persistante, conduire à une « récession technique ».

Ce qu'il faut retenir

  • Croissance 2023 révisée à +1,9 % (contre +0,9 % initialement estimé), soit la plus forte révision depuis 2003, selon les données définitives de l’Insee.
  • L’industrie manufacturière dépasse désormais 10 % du PIB, avec une valeur ajoutée supérieure de 8 % à son niveau de fin 2019, contre une estimation initiale proche de 9,5 %.
  • L’investissement des entreprises non financières a été revu à la hausse : +10 % par rapport à 2019, contre +5 % prévu initialement.
  • Le contexte inflationniste de 2023 (+4,9 % en moyenne annuelle) a complexifié les mesures, rendant les révisions plus importantes que d’ordinaire.
  • Malgré ces révisions positives, le déficit public reste élevé, passant de 4,7 % du PIB en 2022 à 5,1 % en 2024, sans amélioration significative malgré la croissance.

Une révision historique pour l’économie française

L’Insee a publié fin mai les comptes définitifs de l’année 2023, révélant une croissance du PIB bien supérieure aux premières estimations. Initialement fixée à +0,9 %, la progression a été révisée à +1,9 % (après correction des jours ouvrés), soit un écart de 1 point avec les chiffres préliminaires. Cette révision, qualifiée d’« exceptionnellement importante » par Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode, s’explique en grande partie par un contexte économique plus favorable que prévu. « On a souvent eu tendance à observer des révisions de croissance à la hausse », rappelle-t-il, soulignant que l’écart moyen entre premières estimations et résultats définitifs s’élève à +0,34 point sur la période 2005-2024.

L’industrie manufacturière, moteur inattendu de la croissance

L’un des enseignements majeurs de cette révision réside dans la résilience de l’industrie manufacturière. Selon les dernières données, la valeur ajoutée de ce secteur dépasse désormais de 8 % son niveau de fin 2019, contre une estimation initiale proche de 1 %. « Le poids de l’industrie manufacturière dans le PIB est repassé au-dessus des 10 % », précise Anthony Morlet-Lavidalie. Plusieurs facteurs expliquent cette performance : une adaptation rapide des entreprises, des économies sur les consommations intermédiaires — notamment l’énergie — et une productivité globalement revue à la hausse. « Les entreprises ont fait preuve d’une grande agilité », note l’économiste.

Côté demande, l’investissement des entreprises non financières a également été revu en forte hausse : +10 % par rapport à 2019, contre +5 % initialement prévu. Cette dynamique s’inscrit dans un rebond post-Covid plus robuste que chez les voisins européens. « L’investissement a été plus puissant que prévu, y compris par rapport à nos voisins », ajoute Anthony Morlet-Lavidalie.

Inflation et méthodologie : des défis pour les statisticiens

La révision des chiffres de 2023 s’explique aussi par les difficultés méthodologiques liées à l’inflation persistante. En 2023, les prix ont augmenté en moyenne de 4,9 %, avec des variations sectorielles importantes. « Lorsqu’on mesure le PIB en valeur, puis qu’on corrige de l’inflation pour obtenir la croissance en volume, les écarts peuvent être significatifs », explique Thomas Grjebine, responsable du programme « Macroéconomie et finance internationales » au CEPII. L’Insee a ainsi pu affiner ses résultats grâce à des données microéconomiques détaillées, comme les liasses fiscales des entreprises, permettant une vision plus précise de la dynamique réelle de l’économie.

« Cette forte révision en 2023 s’explique en grande partie par le contexte inflationniste : les indices évoluent ainsi fortement en valeur et en prix, ce qui contribue à l’imprécision de la mesure du volume. » — Insee

Un secteur industriel à deux vitesses

Si l’industrie manufacturière française montre des signes de redressement, certains sous-secteurs restent en difficulté. « L’industrie est à deux vitesses : elle se porte bien dans les secteurs porteurs comme l’aéronautique, les transports ou les data centers, mais des industries énergo-intensives comme la chimie restent dans un état désastreux », souligne Anthony Morlet-Lavidalie. Cette disparité rappelle que la croissance française, bien qu’en amélioration, ne se traduit pas uniformément à l’échelle de l’économie.

Autre point de vigilance : la productivité. Si les révisions récentes comblent une partie du retard de la France face à ses voisins, « la productivité européenne reste en décrochage complet par rapport aux États-Unis », tempère l’économiste. Une tendance qui pourrait peser sur la compétitivité de l’Hexagone à long terme.

Déficit public : un paradoxe malgré la croissance

Malgré ces révisions positives, la situation des finances publiques reste préoccupante. Le déficit public, passé de 4,7 % du PIB en 2022 à 5,8 % en 2024, n’a pas été significativement réduit, malgré les aides massives déployées après la crise du Covid. « Cela n’a pas suffi à améliorer le déficit », constate Anthony Morlet-Lavidalie. « On avait tout le luxe de redresser les finances publiques, mais réduire le déficit va être bien plus difficile dans la conjoncture actuelle. » L’économiste met en garde : « C’est en 2026 que les choses sérieuses commencent, les problèmes arrivent maintenant. » La remontée du chômage observée depuis plusieurs mois en est un signe avant-coureur.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront déterminants pour évaluer la durabilité de cette croissance révisée. Plusieurs indicateurs devront être surveillés de près, notamment l’évolution de l’inflation, qui pourrait encore influencer les révisions futures, et la capacité des entreprises à maintenir leurs marges dans un contexte de ralentissement économique. Par ailleurs, la question du déficit public reste entière : sans politique budgétaire restrictive, sa réduction pourrait s’avérer complexe dans un environnement de croissance modérée.

Quant à l’industrie manufacturière, son avenir dépendra de sa capacité à surmonter les défis structurels, notamment la transition énergétique et la compétitivité face aux coûts de production. « L’industrie française a montré des signes de résilience, mais le chemin vers une croissance durable et inclusive reste semé d’embûches », résume Anthony Morlet-Lavidalie.

En attendant, l’Insee devrait publier prochainement ses nouvelles projections pour 2025 et 2026. Ces chiffres pourraient apporter un éclairage supplémentaire sur la capacité de l’économie française à absorber les chocs externes et à concilier croissance et rigueur budgétaire.

La révision s’explique principalement par un contexte inflationniste marqué (+4,9 % en moyenne en 2023), qui a complexifié les mesures de croissance en volume. L’Insee a également affiné ses données grâce à des informations microéconomiques détaillées, comme les liasses fiscales des entreprises, révélant une situation plus favorable que prévu pour l’industrie manufacturière et l’investissement des entreprises.

L’inflation a rendu les mesures de croissance plus difficiles en créant des écarts entre les valeurs nominales et réelles. Lorsque l’Insee calcule le PIB, elle le fait d’abord en valeur, puis corrige de l’inflation pour obtenir la croissance en volume. En période d’inflation élevée, ces corrections peuvent introduire des imprécisions, ce qui explique en partie l’écart important entre les premières estimations et les résultats définitifs.