Depuis le 28 février, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour 20 % de la production mondiale d'hydrocarbures, est partiellement bloqué par l'Iran. Selon BFM Business, Téhéran prépare désormais un plan de circulation imposant des conditions de navigation, ciblant en particulier les États-Unis et Israël. Cette mesure s'inscrit dans un contexte de tensions accrues depuis les attaques américano-israéliennes contre le territoire iranien à la fin du mois de février.

Ce qu'il faut retenir

  • L'Iran restreint le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz depuis le 28 février, perturbant 20 % de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel.
  • Les Gardiens de la Révolution iranienne préparent un plan opérationnel pour imposer des conditions de navigation, notamment aux navires américains et israéliens.
  • Quatre navires ont traversé le détroit en moins de 24 heures, dont un méthanier japonais, premier à franchir la zone depuis le 1er mars.
  • Téhéran négocie avec des pays asiatiques comme les Philippines, la Thaïlande et le Vietnam, tout en imposant des péages informels et des facilités aux navires jugés « amicaux ».
  • Le sultanat d'Oman a entamé des discussions avec l'Iran pour tenter de rouvrir le détroit.

Les Gardiens de la Révolution, bras armé idéologique de l'Iran, ont confirmé la mise en place d'un « plan opérationnel » pour réorganiser le trafic dans le Golfe Persique. Dans un message publié sur X dimanche soir, l'armée iranienne indique que ces nouvelles règles s'appliqueront « en particulier aux États-Unis et à Israël », sans préciser davantage leur contenu. Cette annonce survient après les déclarations de Donald Trump, menaçant de frapper les centrales électriques et les ponts iraniens si le détroit ne rouvrait pas.

Depuis la fin février, Téhéran limite drastiquement le passage dans le détroit d'Ormuz, voie incontournable pour l'acheminement des hydrocarbures vers l'Asie et l'Europe. 20 % de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel transite normalement par cette zone, dont les eaux territoriales sont partagées entre l'Iran et Oman. Selon les acteurs du secteur maritime, l'Iran applique désormais un système de péages informels, accordant des facilités aux navires en provenance de pays jugés « amicaux » tout en restreignant ceux des États considérés comme hostiles.

Malgré ce blocus partiel, certains navires parviennent encore à franchir le détroit. En moins de 24 heures, quatre bateaux ont transité, dont un méthanier japonais co-détenu par une société nippone. Ce navire est devenu le premier à transporter du gaz naturel liquéfié (GNL) depuis le détroit depuis le 1er mars, marquant une légère ouverture dans la stratégie iranienne.

« Ceux qui ont les clés, ce sont les Iraniens, qu'on le veuille ou non. »
Thierry Breton, ancien commissaire européen, cité par BFMTV.

Cette situation a poussé plusieurs pays à engager des négociations avec Téhéran. Le sultanat d'Oman, dont les côtes bordent le détroit, a indiqué avoir discuté avec l'Iran pour tenter de trouver une issue à cette crise. Parallèlement, des parlementaires iraniens ont proposé d'instaurer des droits de passage et des taxes pour les navires empruntant cette voie navigable, une mesure qui pourrait rapporter des revenus supplémentaires à l'État iranien en pleine crise économique.

Parmi les pays les plus touchés par ces restrictions figurent les Philippines, la Thaïlande et le Vietnam, dépendants des approvisionnements en carburant en provenance du Moyen-Orient. Ces États subissent de plein fouet l'inflation liée aux tensions régionales, ce qui a poussé leurs représentants à engager des pourparlers avec Téhéran. Selon plusieurs sources gouvernementales et acteurs du secteur, l'Iran semble adopter une approche sélective, privilégiant certains pays tout en maintenant une pression sur d'autres.

Un détroit sous haute tension : enjeux économiques et géopolitiques

Le détroit d'Ormuz n'est pas seulement une artère vitale pour le commerce mondial des hydrocarbures. Il représente aussi un symbole de la puissance iranienne dans une région déjà fortement instable. Les restrictions imposées par Téhéran s'inscrivent dans une stratégie plus large de pression sur les États-Unis et leurs alliés, notamment Israël. Les tensions entre l'Iran et les puissances occidentales se sont encore intensifiées après les frappes américano-israéliennes de fin février, qui ont ciblé des infrastructures stratégiques sur le sol iranien.

Les analystes soulignent que cette situation pourrait s'aggraver si aucune solution diplomatique n'est trouvée rapidement. Une fermeture totale du détroit aurait des répercussions immédiates sur les marchés énergétiques mondiaux, entraînant une flambée des prix du pétrole et du gaz. Déjà, les prix des carburants ont augmenté dans plusieurs pays asiatiques, en raison des retards et des coûts supplémentaires liés aux détours imposés aux navires.

Une diplomatie en mouvement malgré les tensions

Face à cette crise, des initiatives diplomatiques se multiplient. Oman, pays neutre dans le conflit, joue un rôle de médiateur en discutant avec l'Iran pour trouver une solution acceptable. D'autres pays, comme les Émirats arabes unis ou le Qatar, pourraient également s'impliquer pour désamorcer la situation, bien que leurs marges de manœuvre restent limitées.

Parallèlement, des négociations discrètes ont lieu entre l'Iran et plusieurs États asiatiques. Selon BFM Business, Téhéran propose des accords commerciaux avantageux en échange d'un assouplissement des restrictions. Ces discussions pourraient aboutir à une levée partielle des péages pour certains pays, tout en maintenant une pression sur les États-Unis et Israël. Pour l'instant, l'Iran semble déterminé à utiliser le détroit comme un levier de négociation dans un contexte de confrontation régionale.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si l'Iran maintient ses restrictions ou si une solution diplomatique peut émerger. Les discussions entre Téhéran et ses partenaires régionaux pourraient aboutir à un assouplissement partiel des règles de passage, mais tout dépendra de l'évolution des tensions avec les États-Unis et Israël. Une réunion d'urgence au sein de l'Organisation maritime internationale (OMI) est envisagée pour aborder la question, mais aucune date n'a encore été fixée. En attendant, le trafic maritime reste sous haute surveillance, avec des risques accrus pour les navires jugés hostiles par l'Iran.

La situation dans le détroit d'Ormuz illustre une fois de plus les tensions persistantes au Moyen-Orient, où les enjeux énergétiques et géopolitiques s'entremêlent. Si Téhéran maintient sa stratégie actuelle, les répercussions économiques pourraient se faire sentir bien au-delà de la région, affectant les approvisionnements en énergie de nombreux pays. Reste à savoir si la diplomatie parviendra à éviter une escalade supplémentaire ou si le détroit restera un point de friction durable dans un paysage géopolitique déjà explosif.

Les pays d'Asie du Sud-Est, comme les Philippines, la Thaïlande et le Vietnam, sont particulièrement affectés en raison de leur dépendance aux approvisionnements en hydrocarbures en provenance du Moyen-Orient. Ces États subissent déjà les conséquences de l'inflation liée aux tensions régionales et voient leurs coûts logistiques augmenter en raison des détours imposés aux navires.

Une fermeture totale du détroit d'Ormuz perturberait 20 % de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel, entraînant une flambée des prix de l'énergie. Les pays dépendants des importations, comme le Japon ou plusieurs États européens, seraient les premiers touchés. Les routes alternatives, comme le cap de Bonne-Espérance, alourdiraient considérablement les coûts de transport et les délais d'acheminement.