Vilnius envisage de durcir les règles à l’encontre des personnalités russes et bélarusses considérées comme proches du Kremlin. Selon Euronews FR, le gouvernement lituanien souhaite interdire certaines activités publiques à ces individus et restreindre davantage leur accès à l’immobilier situé près de sites stratégiques, au nom de la sécurité nationale et de la lutte contre la propagande en provenance de Moscou et Minsk.
Ce qu'il faut retenir
- Le ministère lituanien des Affaires étrangères propose des amendements ciblant les personnes et entités russes et bélarusses ayant soutenu la guerre en Ukraine ou refusé de condamner l’invasion.
- Les restrictions concerneraient les domaines de l’éducation, de la recherche, de la culture, du sport, des arts et du divertissement.
- Les ressortissants russes et bélarusses, même titulaires d’un permis de séjour, seraient privés du droit d’acheter des biens immobiliers situés à proximité d’infrastructures sensibles ou de zones militaires.
- Ces mesures s’inscrivent dans une volonté de limiter l’influence du « soft power » russe et bélarusse en Lituanie.
- Le projet, s’il est adopté, entrerait en vigueur le 1er janvier 2027.
Un arsenal juridique contre les soutiens de la guerre en Ukraine
Le gouvernement lituanien, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, a présenté des amendements à la loi sur les mesures restrictives adoptées en réponse à l’agression russe contre l’Ukraine. Ces propositions visent spécifiquement les personnes physiques et morales russes et bélarusses ayant joué un rôle dans le conflit ou dans la répression des oppositions internes. Cela inclut ceux ayant soutenu la guerre menée par Moscou, travaillé dans les territoires ukrainiens occupés, ou encore refusé de signer une déclaration condamnant l’invasion de février 2022.
Les restrictions envisagées couvrent un large éventail d’activités publiques. Selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères interrogé par Euronews FR, l’objectif est clair : « Ces restrictions empêcheraient que la coopération dans les domaines de l’éducation, de la recherche, de la culture, de l’art et du divertissement soit utilisée pour promouvoir une vision favorable de l’agression en cours, diffuser l’idéologie des États agresseurs ou légitimer les actions des régimes du Kremlin et de Minsk ».
Une réponse aux menaces informationnelles et à l’influence étrangère
Au-delà des activités publiques, le projet de loi lituanien vise à renforcer la résilience de la société face aux « menaces informationnelles ». Le gouvernement estime que ce cadre juridique permettra aux autorités de prendre des décisions plus cohérentes, basées sur des critères objectifs plutôt que sur des évaluations au cas par cas. Cette approche s’inscrit dans une logique de prévention contre les tentatives d’ingérence étrangère, notamment via des canaux culturels ou éducatifs.
Pour le porte-parole du ministère, ces mesures sont essentielles pour protéger la démocratie lituanienne. « Elles contribueraient également à renforcer la résilience de la société lituanienne face aux menaces informationnelles », a-t-il précisé à Euronews FR.
L’immobilier dans le collimateur : des restrictions étendues aux zones sensibles
La Lituanie souhaite également durcir les règles concernant l’acquisition de biens immobiliers par les ressortissants russes et bélarusses. Actuellement, les citoyens de ces deux pays sans permis de séjour permanent ou temporaire sont déjà exclus du marché immobilier lituanien. Le projet de loi prévoit d’étendre cette interdiction aux titulaires de permis de séjour, mais uniquement pour les propriétés situées à proximité d’infrastructures critiques pour la sécurité nationale ou de zones d’entraînement militaire.
Cette mesure vise à réduire les risques de renseignement ou de surveillance depuis des propriétés privées. Vilnius justifie cette décision par la nécessité de prévenir toute utilisation hostile des biens immobiliers, notamment à des fins d’espionnage ou de coordination d’activités subversives. Des restrictions similaires s’appliqueraient aux citoyens bélarusses.
Un alignement sur les pratiques des voisins baltes et de la Finlande
Si ces amendements sont adoptés, la Lituanie rejoindra plusieurs pays de la région ayant déjà mis en place des mesures comparables. L’Estonie, par exemple, limite déjà l’achat de biens immobiliers par certains ressortissants de pays tiers, dont les Russes et les Bélarusses, dans des zones sensibles. La Lettonie va plus loin en interdisant purement et simplement aux citoyens russes et bélarusses d’acquérir des biens sur l’ensemble de son territoire. Quant à la Finlande, elle a instauré en 2025 une interdiction générale pour ces deux nationalités.
Cette convergence des politiques régionales reflète une volonté commune de limiter l’influence de Moscou et de Minsk dans les pays baltes et en Europe du Nord. Elle illustre aussi une adaptation progressive des législations nationales aux nouveaux enjeux géopolitiques nés de la guerre en Ukraine.
Ces mesures s’ajoutent à un arsenal déjà conséquent de sanctions et de restrictions mises en place par l’Union européenne contre la Russie et la Biélorussie depuis le début du conflit. Elles témoignent de la détermination des pays baltes à protéger leur souveraineté et leur stabilité face aux pressions extérieures.
La Lituanie, frontalière avec la Biélorussie, se trouve en première ligne dans cette stratégie de containment. Son approche, combinant restrictions publiques et contrôles immobiliers, pourrait servir de modèle à d’autres États confrontés à des risques similaires d’ingérence ou de propagande.