Mercredi 10 juin 2026, Lobsang Phuntsok, ancien moine bouddhiste d’origine tibétaine, était l’invité de l’émission Le monde d’Élodie sur Franceinfo. À travers son parcours et le film documentaire Loving Karma, réalisé par Johnny Burke et Andrew Hinton, il témoigne de sa transformation personnelle et de son engagement auprès d’enfants en grande difficulté. Son histoire, marquée par un départ forcé dans un monastère à un âge précoce, illustre une quête de paix intérieure et de résilience, aujourd’hui au service des plus vulnérables.

Ce qu'il faut retenir

  • Lobsang Phuntsok, d’origine tibétaine, a été placé dans un monastère en Inde à un très jeune âge, une décision prise par ses grands-parents et ses maîtres spirituels.
  • Il a fondé Jhamtse Gatsal, une communauté pour enfants abandonnés ou en grande détresse dans l’Himalaya indien, où il applique les principes de bonté et de transformation personnelle.
  • À travers le documentaire Loving Karma, il partage son expérience et son combat pour enseigner la résilience et la paix intérieure à des enfants traumatisés.
  • Il a lui-même tenté de mettre fin à ses jours dans sa jeunesse, avant de comprendre que le bonheur ne dépendait pas des circonstances extérieures mais d’un travail intérieur.
  • Les enfants accueillis à Jhamtse Gatsal, initialement en quête de « salut », finissent par s’interroger sur la façon de rendre à la société ce qu’ils ont reçu.

Un départ forcé dans l’univers monastique

Lobsang Phuntsok est né dans une famille tibétaine en exil en Inde, dans l’Himalaya. Très jeune, il a été envoyé dans un monastère du sud de l’Inde, une décision prise par ses grands-parents et ses maîtres spirituels. « J’étais un enfant terrible, j’aimais me battre et détruire ce qui m’entourait », confie-t-il à Franceinfo. Le jour de son arrivée au monastère, il n’a pas mesuré l’ampleur du sacrifice demandé : « Le premier jour, rien ne s’est passé. Le deuxième jour, ils m’ont tout pris. Ils ont saisi mon pantalon, le seul souvenir que ma grand-mère m’avait offert, un vêtement qui représentait pour moi son amour et ma sécurité. » Son nom lui a également été retiré, une pratique courante dans les monastères pour symboliser la rupture avec son passé. Ce jour-là, il a compris que la paix et le bonheur ne viennent pas de l’extérieur, mais d’un travail sur soi.

Cette expérience traumatisante a forgé sa conviction : « Je pense que j’ai eu la chance, dès mon plus jeune âge, d’apprendre à regarder en moi plutôt qu’à l’extérieur », explique-t-il. Une leçon qui a guidé toute sa vie, bien des années plus tard, lorsqu’il a choisi de fonder une communauté pour enfants en difficulté.

La création de Jhamtse Gatsal : une réponse aux traumatismes de l’enfance

Dans les années 2000, Lobsang Phuntsok a fondé Jhamtse Gatsal, un foyer situé dans l’Himalaya indien, destiné à accueillir des enfants abandonnés ou issus de milieux extrêmement précaires. Le nom de la communauté, qui signifie « jardin de l’amour et de la compassion » en tibétain, reflète sa philosophie : offrir un ancrage stable et bienveillant à des enfants marqués par la violence ou l’abandon. « L’un des principaux objectifs derrière la création de Jhamtse Gatsal, c’est la prise de conscience qu’il existe des enfants, partout dans le monde, qui traversent des épreuves similaires aux miennes », précise-t-il. Lui-même a connu des périodes de profonde dépression dans sa jeunesse, au point de tenter de mettre fin à ses jours à plusieurs reprises.

Son engagement repose sur une idée simple : « Tout le monde ne peut pas devenir moine ou sœur, mais ce serait merveilleux que chacun puisse, à un moment de sa vie, accéder à une forme de vie monastique, ne serait-ce que pour y trouver la paix. » Cette vision a guidé la création de sa communauté, où les enfants apprennent à transformer leur colère en douceur et à cultiver la bonté.

Transformer la colère en douceur : une pédagogie par l’exemple

À Jhamtse Gatsal, l’enseignement ne passe pas par des règles strictes, mais par l’incarnation des valeurs que l’on souhaite transmettre. « On ne peut pas enseigner la bonté ou la non-violence par des équations mathématiques », souligne Lobsang Phuntsok. « La seule façon d’y parvenir, c’est d’incarner soi-même ce que l’on essaie d’enseigner. Chaque fois que je dois enseigner quelque chose à ces enfants, je dois d’abord me l’enseigner à moi-même. » Cette approche exige une remise en question permanente : « Je ne peux pas changer les enfants si je ne me change pas moi-même d’abord. Ma transformation est leur transformation, et cela me procure une double dose de bonheur. »

Les enfants accueillis à Jhamtse Gatsal arrivent souvent avec des blessures profondes, une méfiance envers l’avenir et une question récurrente : « Pouvez-vous me sauver ? » Une interrogation qui, après vingt et un ans d’existence, a évolué. « Aujourd’hui, ces mêmes enfants sortent de l’université et me demandent comment rendre à la société ce que la société leur a donné. Et ça, c’est mon Oscar à moi », confie-t-il avec émotion.

Un documentaire pour partager une expérience universelle

Le film Loving Karma, réalisé par Johnny Burke et Andrew Hinton, donne à voir cette aventure humaine à travers le prisme de l’expérience personnelle de Lobsang Phuntsok. Le documentaire met en lumière la façon dont il a su transformer ses propres épreuves en une mission de sauvetage pour d’autres enfants. « Ce n’est pas seulement une œuvre, c’est une expérience où l’on sent une respiration différente, comme si chaque plan avait été habité », explique-t-il. À travers ce film, il espère inspirer d’autres parcours de résilience et rappeler que la paix intérieure est un chemin accessible à tous, quelles que soient les circonstances.

— « Comment vivre, aimer et rester en paix dans un monde qui ne l’est pas toujours ? » interroge Franceinfo. Pour Lobsang Phuntsok, la réponse réside dans le retour à soi, bien avant toute quête de bonheur extérieur.

Et maintenant ?

Le documentaire Loving Karma devrait être projeté dans plusieurs salles en France à partir du mois de septembre 2026, avec des débats organisés pour échanger sur les thèmes abordés par Lobsang Phuntsok. Par ailleurs, sa communauté Jhamtse Gatsal continue d’accueillir de nouveaux enfants chaque année, tout en développant des programmes de formation pour d’anciens résidents souhaitant s’investir à leur tour dans l’accompagnement de jeunes en difficulté. Une initiative qui pourrait inspirer d’autres projets similaires en Europe ou en Asie, où les questions de résilience et de reconstruction personnelle restent d’actualité.

Son parcours interroge : dans un monde où les traumatismes de l’enfance restent trop souvent ignorés, des initiatives comme Jhamtse Gatsal offrent-elles une réponse durable ? La question mérite d’être posée alors que les besoins en structures d’accueil spécialisées ne cessent de croître.

Lobsang Phuntsok s’inspire directement des enseignements bouddhistes, notamment la compassion et la non-violence, mais il adapte ces principes à une pédagogie laïque. « Le bouddhisme m’a appris à regarder en moi et à comprendre que le bonheur ne dépend pas des circonstances extérieures, explique-t-il. À Jhamtse Gatsal, cette philosophie se traduit par un accompagnement individualisé, où chaque enfant est encouragé à travailler sur ses émotions et à cultiver la bonté envers lui-même et les autres. »

Selon les données communiquées par Lobsang Phuntsok, plus de 300 enfants ont été accueillis depuis l’ouverture de la communauté il y a vingt et un ans. Parmi eux, une majorité a pu suivre une scolarité normale, tandis que d’autres ont intégré des formations professionnelles ou poursuivi des études supérieures.