L’adoption définitive de la loi visant à réparer les préjudices subis par les enfants réunionnais déplacés entre 1962 et 1984 a été saluée, ce mercredi 17 juin 2026, comme une « journée historique » par Marie-Germaine Périgogne, présidente de la Fédération des enfants déracinés des départements et régions d’outre-mer (Fedd). Selon Franceinfo - Culture, le texte a été voté à l’unanimité par les sénateurs la veille, quelques mois après un vote identique à l’Assemblée nationale. Entre 2 015 mineurs originaires de La Réunion ont été transférés vers 83 départements hexagonaux, principalement en Creuse, officiellement pour répondre à l’augmentation de la population réunionnaise et repeupler des zones rurales en déclin démographique.

Ce qu'il faut retenir

  • 2 015 enfants réunionnais ont été déplacés entre 1962 et 1984 vers des départements hexagonaux, dont la Creuse.
  • Le texte a été adopté à l’unanimité au Sénat le 16 juin 2026, après un vote identique à l’Assemblée nationale.
  • La loi prévoit la création d’une commission pour la mémoire, une journée nationale d’hommage le 18 février et un droit à réparation financière sous forme d’allocation forfaitaire.
  • Les anciens déplacés attendent désormais un geste symbolique de l’État, dont un « pardon » du président de la République.
  • En 2017, Emmanuel Macron avait qualifié cette politique d’« faute » ayant « aggravé la détresse » de ces mineurs.

Une politique d’État contestée

Entre 1962 et 1984, plus de 2 000 enfants réunionnais ont été retirés à leur famille sous prétexte de soulager la pression démographique sur l’île. Selon les témoignages recueillis, bon nombre de ces mineurs ont subi des maltraitances une fois arrivés dans l’Hexagone. En 2017, lors de son discours sur l’esclavage, le président Emmanuel Macron avait reconnu que cette politique d’État était une « faute » ayant « aggravé la détresse » de ces « mineurs de la Réunion transplantés ». Les faits, longtemps minimisés, ont resurgi grâce aux travaux de la commission d’historiens présidée par l’historien Philippe Vitale en 2018.

Ces déplacements, organisés dans le cadre de la « départementalisation » de La Réunion, visaient officiellement à « repeupler » des zones rurales en déclin, comme la Creuse. Pourtant, les conditions d’accueil et les promesses non tenues – notamment en matière d’éducation et d’intégration – ont laissé des séquelles durables chez de nombreux anciens déplacés, aujourd’hui âgés pour la plupart. Beaucoup évoquent des situations de précarité, un manque de formation et des difficultés persistantes à lire ou écrire.

Les mesures prévues par la loi de réparation

La loi adoptée mardi 16 juin 2026 introduit plusieurs dispositifs pour reconnaître et réparer les préjudices subis. Elle prévoit notamment la création d’une commission dédiée à la mémoire de ces enfants, chargée de recueillir des témoignages et de documenter cette page sombre de l’histoire française. Une journée nationale d’hommage sera instaurée chaque année le 18 février, date symbolique pour rappeler l’ampleur de ces transferts forcés.

Le texte ouvre également un droit à réparation financière sous la forme d’une allocation forfaitaire, versée par un fonds spécifique créé par l’État. Cette indemnité, dont le montant reste à préciser, vise à reconnaître les souffrances endurées et à améliorer les conditions de vie des anciens déplacés, dont beaucoup vivent encore dans des situations précaires. « Cette réparation financière sera un moyen d’être plus apaisé, serein », a déclaré Marie-Germaine Périgogne à ICI Creuse.

« Après des décennies de combat, arriver à un tel résultat a été pour nous exceptionnel. Nous sommes tellement heureux d’un tel résultat. Nous, les petits Réunionnais, avons réussi quelque chose d’extraordinaire. »
Marie-Germaine Périgogne, présidente de la Fedd

Un combat porté par les associations et les anciens déplacés

La présidente de la Fedd, Marie-Germaine Périgogne, s’est dite « fière du travail accompli » et a salué la mobilisation des anciens déplacés, dont certains ont rejoint la sénatrice pour assister au vote mardi soir. « Je suis fière d’avoir porté ce combat au nom de tous et surtout de ceux qui ne peuvent plus le faire aujourd’hui », a-t-elle précisé. La Fedd, créée en 2018, a joué un rôle central dans la médiatisation de cette cause et dans la pression exercée sur les pouvoirs publics pour aboutir à cette reconnaissance.

Pour autant, le chemin a été long. Les premières revendications remontent aux années 1990, portées par des associations locales avant de prendre une dimension nationale. En 2018, une pétition lancée par la Fedd avait recueilli plus de 10 000 signatures, marquant un tournant dans la visibilité de ce dossier. « Beaucoup sont dans des situations de précarité car l’État français leur avait promis un bel avenir mais ils n’ont pas étudié et quelques-uns ont encore du mal à lire et à écrire », a rappelé Marie-Germaine Périgogne.

Et maintenant ?

L’adoption de cette loi marque une étape majeure, mais son application concrète dépendra des décrets à venir, dont certains devraient être publiés d’ici la fin de l’année 2026. La commission pour la mémoire devra être mise en place rapidement pour commencer ses travaux, tandis que le fonds de réparation devra être doté des moyens nécessaires pour verser les allocations dans les délais prévus. Par ailleurs, la question d’un geste symbolique de l’État, comme une demande de pardon officielle, reste en suspens. Emmanuel Macron n’a pas encore fait de déclaration publique sur le sujet depuis l’adoption définitive du texte.

Pour les associations, cette loi constitue une première étape, mais d’autres revendications persistent, notamment la reconnaissance pleine et entière de la responsabilité de l’État dans ces transferts forcés. « Nous attendons maintenant le pardon du président de la République au nom de l’État français pour ces enfants qu’il n’a pas su protéger », a insisté Marie-Germaine Périgogne.

Reste à savoir si cette reconnaissance juridique et symbolique suffira à apaiser les blessures d’un passé encore douloureux pour des centaines de familles. Une chose est sûre : l’histoire de ces enfants réunionnais déplacés entre désormais dans une nouvelle phase, celle de la réparation.

La loi doit encore faire l’objet de décrets d’application, dont certains devraient être publiés d’ici la fin de l’année 2026. La commission pour la mémoire devra être installée rapidement, et le fonds de réparation, chargé de verser les allocations forfaitaires, devra être doté des moyens nécessaires pour fonctionner.

Le montant exact de l’allocation n’a pas encore été précisé. Il sera déterminé par les décrets à venir, en fonction des critères d’éligibilité et des moyens alloués au fonds de réparation.