Alors que l’Assemblée nationale examine ce 4 mai 2026 le projet de loi d’urgence agricole, présenté comme une réponse aux mobilisations paysannes de 2024 et 2025, une manœuvre discrète a attiré l’attention des observateurs. Selon Reporterre, des députés du groupe présidentiel et du Rassemblement National ont tenté d’inscrire le retour de l’acétamipride, un pesticide controversé, via des amendements déposés en commission. Pourtant, ce produit, classé comme perturbateur endocrinien et toxique pour les abeilles, ne figurait pas initialement dans le texte gouvernemental.

Ce qu'il faut retenir

  • Le 4 mai 2026, l’Assemblée nationale examine le projet de loi d’urgence agricole, censé répondre aux revendications des agriculteurs après les mobilisations de 2024 et 2025.
  • Des amendements déposés par des députés LREM et RN visent à réintroduire l’acétamipride, un pesticide interdit en Europe depuis 2018 mais toujours utilisé sous dérogation dans certains pays.
  • Ce produit est classé comme perturbateur endocrinien et dangereux pour les pollinisateurs, selon les agences sanitaires européennes.
  • Le gouvernement avait initialement exclu toute mention de l’acétamipride dans le projet de loi, se concentrant sur des mesures d’urgence économique pour le secteur agricole.

Un texte présenté comme une réponse aux crises agricoles

Présenté en avril 2026, le projet de loi d’urgence agricole a été élaboré dans un contexte de tensions persistantes avec les syndicats agricoles, après deux années de mobilisations massives contre les politiques environnementales perçues comme trop contraignantes. Le gouvernement de Gabriel Attal mise sur ce texte pour apaiser les tensions, en combinant aides financières et assouplissements réglementaires. Pourtant, la tentative de réintroduction de l’acétamipride par voie d’amendement révèle une divergence entre les intentions affichées et les actions concrètes.

Selon Reporterre, les députés signataires des amendements n’ont pas encore justifié publiquement leur démarche. Une source proche des débats indique que cette initiative pourrait s’inscrire dans une logique de compromis avec les agriculteurs les plus critiques, malgré les risques sanitaires et environnementaux encourus. — Rappelons que l’acétamipride a été interdit en France dès 2020, avant d’être réautorisé temporairement pour certaines cultures sous conditions strictes.

L’acétamipride, un pesticide au cœur des controverses

L’acétamipride, un néonicotinoïde de troisième génération, est au centre d’un débat scientifique et politique depuis des années. Classé comme perturbateur endocrinien avéré par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) en 2022, il reste autorisé dans plusieurs pays européens, dont l’Allemagne, sous dérogation pour certaines cultures comme les pommes ou les poires. En France, son usage a été encadré puis partiellement rétabli en 2023 pour les vergers, malgré l’opposition des apiculteurs et des associations écologistes.

Les études disponibles mettent en avant des risques pour la santé humaine, notamment chez les travailleurs agricoles exposés, ainsi qu’un impact avéré sur les populations d’abeilles domestiques. «

L’acétamipride est une relique des politiques agricoles du passé, qui sacrifient la santé publique et la biodiversité au nom d’un productivisme dépassé
», a déclaré la députée écologiste Julie Laernoes, contactée par Reporterre. Pour autant, ses défenseurs arguent qu’il reste indispensable pour lutter contre certains ravageurs, faute d’alternatives viables à court terme.

Et maintenant ?

L’examen du projet de loi à l’Assemblée nationale, prévu pour ce 4 mai 2026, pourrait donner lieu à des débats houleux sur la réintroduction de l’acétamipride. Les prochaines étapes incluent un vote en commission, puis une lecture dans l’hémicycle. Le gouvernement devra clarifier sa position : maintient-il sa ligne initiale d’exclusion, ou cédera-t-il aux pressions des députés favorables à une réautorisation partielle ? Les associations environnementales annoncent déjà des recours juridiques en cas d’adoption de ces amendements, tandis que les syndicats agricoles restent divisés sur la question.

Une chose est sûre : l’issue de ce bras de fer pourrait redéfinir les équilibres entre impératifs économiques et exigences sanitaires dans le secteur agricole français. Reste à savoir si les députés parviendront à concilier les attentes des agriculteurs avec les alertes des scientifiques et des citoyens.

L’acétamipride est classé comme perturbateur endocrinien et toxique pour les abeilles. Son usage a été restreint en Europe, mais certains pays, dont la France, l’autorisent encore sous dérogation pour certaines cultures. Ses détracteurs pointent aussi des risques pour la santé des travailleurs agricoles exposés.