Les ministres de l'Opep+ ont annoncé ce dimanche 5 juillet une hausse de leurs quotas de production pétrolière de 188 000 barils par jour pour le mois d'août 2026, une décision prise lors d'une réunion en ligne, selon BFM Business. Cet ajustement, similaire à ceux des derniers mois, vise à compenser partiellement les pertes subies par les pays membres depuis la quasi-paralysie du détroit d'Ormuz, principal point de transit des exportations pétrolières du Golfe.

Ce qu'il faut retenir

  • L'Opep+ a décidé d'augmenter sa production de 188 000 barils/jour en août 2026, une mesure reconductible et progressive.
  • La production cumulée de l'Arabie saoudite, de l'Irak et du Koweït a chuté de 6 millions de barils/jour entre le premier trimestre 2026 et mai 2026.
  • La réouverture du détroit d'Ormuz, effective depuis la signature d'un accord irano-américain le 17 juin, permet un retour partiel à la normale des exportations.
  • Les analystes anticipent une reprise progressive de la production, mais les stocks accumulés masquent temporairement les capacités réelles.
  • L'Opep+ doit désormais concilier une demande accrue de certains membres et une pression baissière sur les prix du baril.

Cette décision intervient après plusieurs mois de perturbation majeure dans l'un des corridors maritimes les plus stratégiques au monde. Entre janvier et mai 2026, la production cumulée des trois principaux pays du Golfe — l'Arabie saoudite, l'Irak et le Koweït — a plongé de 6 millions de barils par jour, plongeant le marché dans une situation de tension inédite, explique BFM Business. Le détroit d'Ormuz, par lequel transite près d'un tiers du pétrole maritime mondial, avait été le théâtre d'une quasi-paralysie orchestrée par l'Iran dans le cadre du conflit au Moyen-Orient, contraignant les pays producteurs à réduire drastiquement leurs volumes.

Cependant, le 17 juin 2026, un protocole d'accord entre l'Iran et les États-Unis a marqué un tournant. Les deux parties se sont engagées à lever toute entrave au trafic maritime dans le détroit pendant une période de négociations de 60 jours, reconductible. Depuis, les signes d'amélioration se multiplient : la navigation reprend progressivement et les cours du pétrole, qui avaient fortement augmenté en début d'année, sont redescendus à des niveaux comparables à ceux d'avant la guerre. Selon un responsable américain cité par Bloomberg, le volume de pétrole transitant déjà par Ormuz aurait même dépassé les 10 millions de barils par jour ces dernières semaines.

Pourtant, cette reprise reste en partie artificielle. « Le pétrole qui sort actuellement par le détroit est celui qui a été stocké à bord des navires ou dans les cuves », précise Ole Hansen, analyste chez Saxo Bank. « La production interrompue met du temps à redémarrer ». Il estime que « le mois de juillet devrait montrer une amélioration », avec une accélération probable de la reprise en août. Mais les stocks, sollicités pendant des mois, doivent être reconstitués avant que les flux ne reflètent pleinement la capacité réelle des producteurs.

« Tout le monde s'attend à un surplus de production à moyen terme. » — Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy

À plus long terme, cette situation pourrait peser sur les prix. D'abord, la reconstitution des stocks permettra d'absorber une partie des flux supplémentaires. Ensuite, la pression baissière sur les cours pourrait s'accentuer, notamment si l'Opep+ maintient ou augmente ses quotas. La dynamique est d'autant plus complexe que le cartel est déjà fragilisé par le départ des Émirats arabes unis en mai 2026, un événement qui a réduit la cohésion du groupe et compliqué la gestion des quotas.

Plusieurs pays membres, à commencer par l'Irak, réclament une augmentation de leurs quotas pour rattraper le manque à gagner enregistré pendant le conflit. Fin juin 2026, le ministère irakien du Pétrole a officiellement demandé au cartel de relever ses volumes, soulignant que les niveaux actuels restent loin des capacités d'avant-guerre. Pourtant, certains analystes tempèrent cette urgence. « La nécessité d'un quota plus élevé n'est pas imminente, estime Ole Hansen. En revanche, la demande de l'Irak pourrait être intégrée à l'examen des capacités prévues pour 2027. »

En effet, l'Opep+ doit réévaluer les quotas de ses membres d'ici la fin de l'année 2026, en fonction de leur capacité réelle à augmenter leur production. Une tâche qui s'annonce délicate, d'autant que certains pays pourraient être tentés de profiter de la situation pour maximaliser leurs exportations, au risque d'aggraver la surproduction et la chute des prix.

Et maintenant ?

La hausse de 188 000 barils/jour décidée pour août 2026 ne suffira pas à compenser immédiatement les pertes subies, mais elle marque une étape vers un retour progressif à la normale. Les analystes s'attendent à une amélioration plus marquée d'ici la fin de l'été, à condition que les négociations irano-américaines se poursuivent sans heurts et que la navigation dans le détroit d'Ormuz reste fluide. La prochaine réunion de l'Opep+, prévue en décembre 2026, sera cruciale : elle devra trancher sur l'attribution des quotas pour 2027, dans un contexte où la demande mondiale de pétrole reste incertaine et où les stocks accumulés pèsent sur les prix.

Enfin, cette crise a aussi révélé les vulnérabilités des pays producteurs, dépendants d'un corridor maritime unique. Certains acteurs, comme TotalEnergies, ont déjà annoncé leur intention de diversifier leurs sources d'approvisionnement. « Le plus dur est de convaincre les armateurs », a déclaré le PDG de l'entreprise, illustrant les défis logistiques et géopolitiques qui persistent malgré l'accord récent.

La chute de la production entre janvier et mai 2026 a atteint 6 millions de barils/jour pour trois pays clés. La hausse décidée pour août 2026, bien que symbolique, ne représente que 3% de ce déficit. De plus, la reprise de la production réelle prendra du temps, car elle dépend de la remise en service des infrastructures et de la reconstitution des stocks, comme l'explique Ole Hansen de Saxo Bank.

Les analystes de Rystad Energy et Saxo Bank anticipent une pression baissière à moyen terme. D'abord, la reconstitution des stocks absorbera une partie des flux supplémentaires. Ensuite, si l'Opep+ maintient ou augmente ses quotas, l'offre pourrait dépasser la demande, faisant chuter les prix. Enfin, la demande mondiale, encore fragile en raison de l'incertitude économique, pourrait ne pas absorber cette hausse de production.