Depuis le 5 septembre 2001, une seule note résonne inlassablement dans l’église Saint-Burchardi de Halberstadt, en Allemagne. Composée par John Cage, l’œuvre ORGAN²/ASLSP (As Slow aS Possible) est jouée selon les vœux du compositeur : « aussi lentement et doucement que possible ». Ce projet musical, qui ne s’achèvera qu’en 2640, a connu aujourd’hui son 17e changement d’accord, selon Euronews FR.
Ce qu'il faut retenir
- L’œuvre ORGAN²/ASLSP, composée par John Cage, est jouée depuis 2001 dans l’église Saint-Burchardi à Halberstadt.
- Le 17e changement d’accord, intervenu ce 8 août 2026, porte à huit le nombre de notes jouées.
- Le projet s’étendra sur 639 ans, jusqu’en 2640, avec seulement 16 changements depuis son lancement.
- Un système de sacs de sable permet de maintenir le son entre les interventions manuelles.
- Les « billets finaux » pour l’événement de 2640 sont déjà disponibles au prix de 2 640 €.
- Le prochain changement est prévu le 5 octobre 2027, avec l’ajout de la note E4.
Un hommage musical à la lenteur extrême
Écrite initialement pour le piano en 1985, cette pièce a été adaptée pour l’orgue par John Cage lui-même avant sa mort en 1992. L’indication « ASLSP » – acronyme de « as slowly and softly as possible » – a été interprétée de la manière la plus littérale possible. À Halberstadt, chaque changement d’accord, espacé de plusieurs mois, voire d’années, attire des milliers de visiteurs venus assister à un événement artistique sans équivalent.
Le changement intervenu aujourd’hui marque un tournant : l’ajout d’un tuyau A4 porte désormais à huit le nombre de notes jouées simultanément. Un événement suffisamment rare pour être salué par la presse internationale, comme le souligne Euronews FR. Le dernier ajustement datait du 5 février 2024, confirmant une périodicité irrégulière mais planifiée avec une précision presque scientifique.
Un mécanisme ingénieux pour une performance hors norme
Impossible pour un musicien de maintenir une touche enfoncée pendant des mois, voire des années. Pour contourner cette limite, les organisateurs ont mis au point un système de soufflerie électrique couplé à des sacs de sable. Ceux-ci permettent de maintenir la pression d’air dans les tuyaux, prolongeant ainsi le son entre deux interventions humaines. Une solution technique qui illustre l’audace artistique de Cage, compositeur réputé pour ses expérimentations.
L’œuvre originale, conçue pour le piano, exigeait déjà une interprétation inhabituelle. En transposant l’idée à l’orgue, Cage a transformé une composition en un monument sonore destiné à traverser les siècles. Ni lui ni ses contemporains n’auraient pu imaginer que cette pièce deviendrait le concert le plus long de l’histoire.
Un public et une communauté en attente
Chaque changement d’accord est un moment de rassemblement pour les mélomanes, les philosophes et les curieux. L’église Saint-Burchardi, édifice médiéval chargé d’histoire, sert de cadre à cette performance qui défie le temps. Les visiteurs viennent parfois de l’autre bout du monde pour assister, ne serait-ce que quelques minutes, à une note nouvelle dans ce marathon musical sans fin.
Les organisateurs proposent également une option originale pour les passionnés : des billets transmissibles pour le jour de la conclusion, le 4 septembre 2640. Vendus 2 640 €, ils offrent la garantie à un descendant de pouvoir revendiquer d’avoir été présent lors de l’ultime changement de l’œuvre. Une initiative qui mêle marketing et engagement artistique, tout en soulignant l’aspect intergénérationnel du projet.
Une œuvre qui interroge le temps et la musique
À l’heure où les playlists se renouvellent en quelques clics et où les concerts durent rarement plus de deux heures, « ORGAN²/ASLSP » impose une réflexion sur la perception du temps en art. Pour certains, il s’agit d’une méditation ; pour d’autres, d’une provocation. Une chose est sûre : cette pièce, qui a débuté sous George W. Bush et s’achèvera sous un ciel que nous ne connaîtrons pas, reste un témoignage unique de la capacité humaine à concevoir des projets dépassant largement l’échelle d’une vie.
Alors que les organisateurs peaufinent leur calendrier jusqu’en 2640, une question persiste : cette œuvre, conçue comme une expérience temporelle, trouvera-t-elle encore un public dans plusieurs siècles ? Ou ne restera-t-elle qu’un vestige archivé, écouté par des intelligences futures qui y verront peut-être une curiosité du passé ? Une chose est certaine : en 2026, elle continue de fasciner, de diviser et d’inspirer.
Sur les 639 ans du projet, seulement 17 changements ont été réalisés depuis 2001. D’après les données communiquées par Euronews FR, une vingtaine d’ajustements supplémentaires sont prévus d’ici la fin du concert, avec une périodicité variable allant de quelques mois à plusieurs années.
Le tarif des « billets finaux » est une référence directe à la durée totale du projet, 639 ans, multipliée par le prix symbolique de 4,13 € par an (2 640 € / 639). Une initiative qui mêle symbolisme et financement participatif, comme l’explique Euronews FR.