À Los Angeles, la Coupe du monde 2026 n’est pas seulement une compétition sportive : c’est aussi une vitrine identitaire pour la communauté mexicaine de la ville. Selon Franceinfo - Sport, plus d’un million de résidents d’origine mexicaine vivent en Californie, où ils représentent près d’un quart de la population. Pendant la compétition, cette présence se traduit par une omniprésence des maillots verts de « El Tricolor », même lorsque l’équipe mexicaine ne joue pas.

Les rues de Los Angeles, de Boyle Heights à Hollywood Boulevard, se parent de vert à chaque rencontre, que ce soit pour un match du Mexique, de l’Iran, de la Belgique ou même des États-Unis. Cette marée verte reflète une fierté communautaire et politique, comme en témoignent les nombreux Américains d’origine mexicaine interrogés par les envoyés spéciaux de Franceinfo. Leur engagement va bien au-delà du simple soutien sportif : il s’agit de revendiquer une place dans la société américaine, à quelques jours du second tour des municipales à Los Angeles, où deux candidates progressistes s’affrontent.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus d’un million de Mexicains ou d’origine mexicaine vivent en Californie, où ils représentent 25 % de la population selon le Pew Research Center.
  • Les maillots du Mexique dominent largement les ventes dans les boutiques sportives de Los Angeles, représentant jusqu’à 50 % du chiffre d’affaires de certaines enseignes.
  • La fan zone de Mariachi Plaza, dans le quartier de Boyle Heights, est devenue un lieu de rassemblement emblématique pour suivre les matchs, malgré une tradition locale peu habituée à ce type d’événements.
  • Les supporters mexicains utilisent la Coupe du monde pour afficher une double identité, entre fierté mexicaine et intégration dans la société américaine.
  • Les boutiques locales ont enregistré une rupture de stock sur les maillots du Mexique, avec une pénurie des modèles « domicile » et « extérieur », ne laissant que quelques rares maillots « third » noirs disponibles.

Une marée verte qui déferle sur la Cité des Anges

Sur les gradins du SoFi Stadium ou dans les fan zones improvisées, la couleur verte du Mexique s’impose comme un marqueur indélébile. Que l’équipe « El Tri » joue ou non, les supporters arborent fièrement leur maillot, comme une déclaration d’appartenance. « Je vais au stade, je mets le maillot », explique Sal, un Américain d’origine mexicaine croisé avant le match Iran-Nouvelle-Zélande. Pour lui, comme pour des milliers d’autres, porter ces couleurs est avant tout une question de fierté : « On veut montrer les couleurs, montrer qu’on est là, montrer combien on est. »

Cette démonstration de force s’explique aussi par des raisons pratiques. Les billets pour les matchs organisés à Los Angeles sont bien plus accessibles qu’au Mexique, où la demande est souvent bien supérieure à l’offre. Memo, venu de Monterrey avec sa famille, a profité de cette opportunité pour organiser un road-trip entre Los Angeles et San Francisco, achetant des maillots pour tous afin de les exhiber pendant toute la durée de la compétition. « C’est politique, bien sûr », confie-t-il sans détour.

Entre tradition et modernité : l’économie du maillot mexicain

Les boutiques sportives de Los Angeles ont enregistré une véritable ruée sur les maillots du Mexique. « Le Mexique est numéro 1 des ventes, et de loin », confirme Amanda, gérante du magasin Lids sur Hollywood Boulevard. Dans certaines enseignes comme Soccer Shop USA, près du Coliseum Stadium, la moitié du chiffre d’affaires provient des ventes de maillots « El Tricolor ». « Il n’y a pas match », souligne la responsable, qui précise que même les chiens ne échappent pas à la tendance. Des habitants de Boyle Heights n’hésitent pas à habiller leurs animaux aux couleurs nationales.

Les stratégies pour prolonger la durée de vie des maillots sont variées. Certains, comme José, possèdent une garde-robe complète de dix maillots différents, dont certains datent de la Coupe du monde 1994. D’autres, comme Daniel, superposent un t-shirt sous leur maillot pour le porter deux jours de suite. « Pendant la Coupe du monde, il n’y a pas un jour où je n’en porte pas », confie-t-il avec un sourire.

Une fan zone qui fait office de symbole communautaire

À Mariachi Plaza, dans le quartier de Boyle Heights, une fan zone improvisée rassemble des milliers de supporters pour suivre les matchs. Ce lieu, qui n’était pas initialement conçu pour ce type d’événements, est devenu un symbole de la vitalité de la communauté mexicaine. « Les responsables du quartier voulaient avoir leur propre fan zone, jaloux des foules attirées à Koreatown », explique un organisateur, qui a pris la parole lors d’un match opposant le Mexique à la Corée du Sud.

L’ambiance y est chaleureuse, entre bière, tacos et musique, malgré une panne technique qui a brièvement plongé l’écran géant dans le noir. Les visiteurs viennent parfois de loin : Lali, mère d’un jeune garçon, a traversé la ville pour acheter un maillot customisé, optant finalement pour un modèle orné d’une image de la Vierge Marie. « Je ne voulais pas de message hostile à la police de l’immigration, alors j’ai choisi celui qui restait », explique-t-elle. La communauté mexicaine de Los Angeles, bien que diverse, reste attachée à des symboles consensuels pour afficher son unité.

Au-delà du football : une identité à défendre

La passion pour le Mexique ne se limite pas aux matchs de football. Joseph, un cafetier mexicain installé aux États-Unis depuis des années, a découvert cette ferveur pendant la Coupe du monde. « C’est une première pour moi. J’ai grandi au Texas, où on ne parle pas de soccer », confie-t-il, installé devant un rétroprojecteur diffusant les matchs dans son établissement. « Je fais tout ça parce que je fais partie de la communauté », ajoute-t-il, soulignant que cette adhésion à l’équipe nationale est avant tout un acte d’appartenance.

Cette identité mexicaine s’exprime aussi à travers des choix politiques. De nombreux supporters affichent leur opposition à Donald Trump, dont la politique migratoire est souvent critiquée. « Les ennemis de Trump sont mes amis », lance Juanito, un Mexicano-Américain rencontré à la sortie du match Iran-Belgique, en train de prendre des selfies avec des supporters iraniens. « Je déteste Trump », confirme Alex, venu au SoFi Stadium avec son fils, tous deux vêtus de vert. Cette prise de position s’inscrit dans un contexte local où Los Angeles, bastion démocrate historique, s’apprête à élire deux candidates progressistes lors du second tour des municipales.

Et maintenant ?

Le Mexique affronte l’Équateur en 16e de finale le 1er juillet 2026 au SoFi Stadium. Si l’équipe parvient à se qualifier pour les quarts, une nouvelle vague de supporters pourrait déferler sur Los Angeles, renforçant encore l’aura de la ville comme capitale bis du football mexicain. Les organisateurs des fan zones, comme celle de Mariachi Plaza, pourraient être tentés d’institutionnaliser ces rassemblements pour les prochaines grandes compétitions. Reste à voir si cette ferveur se maintiendra après la Coupe du monde ou si elle retombera une fois le tournoi terminé.

Une chose est sûre : pendant ces semaines de compétition, Los Angeles n’est plus seulement la Cité des Anges, mais aussi la capitale mondiale du Mexique, le temps d’un été.

La communauté mexicaine, qui représente un quart de la population californienne, utilise cette visibilité pour affirmer son identité et sa fierté. Les matchs organisés à Los Angeles attirent des supporters qui trouvent plus facilement des billets qu’au Mexique, où la demande est souvent supérieure à l’offre. Cette ferveur s’inscrit aussi dans un contexte politique, où le maillot devient un symbole de résistance face aux politiques migratoires restrictives.