La Commission européenne a dévoilé mercredi un ambitieux plan de 92 millions d’euros visant à positionner l’Union européenne comme un acteur incontournable de l’observation et du renseignement maritimes, selon Euronews FR. Ce projet, présenté par le commissaire à la Pêche et aux Océans Costa Kadis et la commissaire à la Recherche Ekaterina Zaharieva, s’inscrit dans une stratégie de sécurité et de surveillance des mers face à des « acteurs malveillants ».
Ce qu'il faut retenir
- Un investissement de 92 millions d’euros pour capter 35 % du marché mondial de l’observation océanique d’ici 2035.
- L’UE ambitionne de couvrir 70 % de la surface terrestre couverte par les océans, dont seulement 5 % des fonds marins ont été explorés.
- Protection des câbles sous-marins critiques, assurant 95 % du trafic internet et des transactions économiques mondiales.
- Déploiement de systèmes autonomes, capteurs et IA, incluant des planeurs sous-marins et des drones.
- Objectif de centraliser les données maritimes européennes dans un système unique pour anticiper risques climatiques et géopolitiques.
Un réseau de surveillance pour sécuriser les océans et les infrastructures critiques
L’initiative européenne s’articule autour de la création d’un réseau de surveillance sous-marin permanent, combinant technologies autonomes, capteurs intelligents et intelligence artificielle. Ce dispositif vise à couvrir les zones économiques exclusives européennes, où se concentrent des enjeux stratégiques comme les câbles sous-marins et les pipelines. « Des capacités robustes d’observation maritime, de l’espace jusqu’aux fonds marins, sont essentielles pour détecter, dissuader et atténuer les risques avant qu’ils ne se transforment en perturbations systémiques », précise le communiqué de la Commission.
Les câbles sous-marins, qui transportent 95 % des communications internet mondiales, représentent une cible privilégiée pour des sabotages. La mer Baltique, par exemple, est devenue un point chaud pour ce type d’attaques, comme en témoignent les explosions ayant endommagé le gazoduc Nord Stream en 2022. Ces événements, toujours non élucidés, ont mis en lumière la vulnérabilité des infrastructures énergétiques sous-marines.
Une cartographie des fonds marins au service de la défense et de l’environnement
Le projet ne se limite pas à la sécurité : il prévoit également une cartographie détaillée des grands fonds et de l’Arctique, présentée comme un outil de préservation des écosystèmes marins. Cependant, des universitaires soulignent que ces données pourraient aussi servir à des fins militaires, notamment pour le calibrage des sonars ou la navigation sous-marine discrète. « La cartographie environnementale fournit des informations stratégiques pour les forces armées », confirment des chercheurs cités par Euronews FR.
L’eurodéputé portugais Paulo do Nascimento Cabral, vice-président de la commission de la pêche au Parlement européen, a salué cette initiative face à la montée en puissance de la Russie et de la Chine dans l’Atlantique. « Le renforcement de l’observation des océans et de la recherche en eaux profondes nous permettra d’accroître nos connaissances sur les écosystèmes marins et la protection des infrastructures sous-marines critiques pour l’activité humaine, telles que les communications mondiales », a-t-il expliqué.
Une plateforme centralisée pour dominer les normes maritimes mondiales
L’exécutif européen prévoit de regrouper les données maritimes fragmentées du continent au sein d’un système unifié, capable de simuler virtuellement l’état des océans. Grâce à l’IA et au suivi autonome en temps réel, ce réseau ambitionne de prévoir aussi bien les phénomènes météorologiques que les risques géopolitiques liés au transport maritime. « Il s’agit de mettre la science et la bonne gouvernance au service de la compréhension de nos océans et de la sécurité de notre avenir », a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne.
Pourtant, ce projet soulève des questions sur l’accès aux données. Bruxelles entend imposer des normes réglementaires contraignantes en matière de partage des informations, justifiées par la transparence environnementale mais aussi par des « contraintes liées à la sécurité ». Une proposition législative sera présentée d’ici la fin de l’année pour encadrer ce partage, tout en excluant les fabricants non européens des appels d’offres publics. Les technologies chinoises et américaines seraient ainsi écartées pour garantir l’intégrité du réseau.
« L’observation ne suffit pas. Le véritable test sera de savoir si ces informations servent à soutenir des efforts plus ambitieux de conservation et de restauration et à garantir une protection effective des écosystèmes marins. »
Monica Verbeek, directrice exécutive de l’ONG Seas At Risk
Un pari géopolitique et technologique pour l’Europe
Cette stratégie s’inscrit dans un contexte où les États-Unis ont récemment annoncé le démantèlement de leur propre système d’observation des océans. Pour l’UE, il s’agit de combler un vide et de s’imposer comme un leader technologique et normatif. Les normes techniques rigoureuses prévues pour les équipements maritimes devraient notamment renforcer la souveraineté européenne dans ce domaine.
Pour autant, l’efficacité de ce réseau dépendra de sa capacité à concilier impératifs sécuritaires et enjeux écologiques. Comme le souligne Monica Verbeek, « le défi ne sera pas seulement technique, mais aussi politique : comment garantir que ces données servent l’intérêt général et non des intérêts sectoriels ? »
Ce projet marque une nouvelle étape dans la militarisation et la sécurisation des espaces maritimes par l’Union européenne, dans un contexte où les océans deviennent un champ de rivalités technologiques et géopolitiques. Son succès dépendra autant de ses avancées techniques que de sa capacité à rassurer sur ses intentions.
L’UE cible principalement les sabotages des câbles sous-marins, les attaques contre les infrastructures énergétiques comme les gazoducs, ainsi que les intrusions dans les zones économiques exclusives. Les explosions ayant endommagé le gazoduc Nord Stream en 2022 restent un exemple marquant de ces menaces non résolues.