L’Union européenne a présenté mardi un 21e paquet de sanctions contre la Russie, incluant le maintien jusqu’en janvier 2027 du plafond de 44,10 dollars par baril imposé au pétrole russe. Cette mesure vise à empêcher Moscou de tirer profit de la récente flambée des prix du brut, alors que les revenus pétroliers financent en grande partie l’effort de guerre en Ukraine. Selon BFM Business, Bruxelles a également annoncé l’interdiction d’entrée dans l’UE pour les anciens combattants russes et des restrictions accrues sur les importations de produits de la pêche, dont le cabillaud.
Ce qu'il faut retenir
- Maintien du plafond à 44,10 dollars jusqu’en janvier 2027, contre une hausse automatique prévue en juillet, pour éviter que la Russie ne bénéficie d’un baril à plus de 70 dollars.
- Interdiction d’entrée dans l’UE pour toute personne ayant servi dans les forces armées russes depuis le début de la guerre en Ukraine.
- 40 % de baisse des revenus énergétiques russes début 2026, selon les estimations de la Commission européenne.
- 14 entreprises chinoises ajoutées à la liste noire de l’UE pour leur rôle dans le contournement des sanctions.
- Restrictions sur les produits de la pêche, avec une interdiction totale pour certains comme le cabillaud.
Un plafond maintenu pour priver Moscou de ressources supplémentaires
La Commission européenne justifie cette décision par la nécessité de limiter les revenus pétroliers russes, malgré la récente hausse des cours du brut. Le mécanisme actuel, fixé à 44,10 dollars le baril, devrait normalement être révisé le 15 juillet en fonction des cours mondiaux. Or, avec un baril russe à près de 90 dollars, une révision aurait porté le plafond à plus de 75 dollars, un niveau bien supérieur à l’actuel. « Nous proposons donc de simplement suspendre cet ajustement jusqu’en janvier de l’année prochaine », a expliqué Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, devant la presse à Bruxelles. « Le temps que le marché pétrolier se stabilise », a-t-elle ajouté.
Un mécanisme qui ne vise pas les importations européennes
Contrairement aux idées reçues, ce plafond ne concerne pas les achats de pétrole russe par l’UE, puisque l’Europe a largement cessé ses importations depuis 2022. Il s’applique en revanche aux transactions impliquant des entreprises occidentales de transport, d’assurance ou de financement pour les ventes de Moscou vers des pays comme l’Inde ou la Chine. Sans ce plafond, la Russie pourrait écouler son pétrole à un prix bien plus élevé, alimentant ainsi son budget de guerre. « Nos sanctions continuent de frapper durement et de faire très mal », a souligné Ursula von der Leyen. « Elles affaiblissent les bases économiques de l’effort de guerre de la Russie. »
De nouvelles mesures ciblent aussi les soutiens logistiques et financiers de Moscou
Le 21e paquet de sanctions présenté mardi élargit également la liste des entreprises interdites de commercer avec l’UE, avec l’ajout de 14 sociétés chinoises accusées de contourner les restrictions. Bruxelles s’attaque aussi aux transactions en cryptomonnaies, de plus en plus utilisées pour échapper aux sanctions financières occidentales. Côté commerce, l’UE propose des restrictions importantes sur les importations de certains produits de la pêche, avec une interdiction totale pour des espèces comme le cabillaud. Une première pour ce secteur, alors que la Russie exporte chaque année des centaines de millions d’euros de produits halieutiques.
« Nous proposons pour la première fois d’interdire l’entrée dans l’Union européenne à toute personne ayant servi dans les forces armées russes depuis le début de la guerre en Ukraine. »
— Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne
Un coût des sanctions estimé à 1 500 milliards d’euros pour la Russie
Selon la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, les mesures prises depuis 2022 auraient déjà coûté à la Russie quelque 1 500 milliards d’euros. Ce chiffre illustre l’impact économique des sanctions, même si Moscou parvient encore à écouler une partie de sa production pétrolière via des intermédiaires. La Russie, dont les réserves de change restent importantes, continue de bénéficier de revenus tirés des exportations d’hydrocarbures, mais ceux-ci ont chuté de 40 % début 2026, d’après les données communiquées par Bruxelles. « Le plafond de prix reste un outil efficace pour réduire les marges de manœuvre de Moscou », estime un expert en économie de l’énergie.
Une stratégie qui divise, mais reste la pierre angulaire de l’UE
Si le plafond des 44,10 dollars est maintenu, il ne garantit pas à lui seul un effondrement des revenus pétroliers russes. D’autres leviers, comme les restrictions logistiques ou les embargos sur certains secteurs, sont nécessaires pour affaiblir davantage Moscou. « Les sanctions ne suffiront pas à elles seules à mettre fin à la guerre », reconnaît un diplomate européen. « Mais elles réduisent la capacité de la Russie à financer son armée. » Dans un contexte où les tensions géopolitiques persistent, notamment au Moyen-Orient, l’UE mise sur la persistance de ces mesures pour peser dans le rapport de force.
Pour l’heure, Bruxelles mise sur la durée. Le maintien du plafond jusqu’en janvier 2027 laisse entrevoir une stratégie de longue haleine, où chaque euro compte dans le financement de la guerre en Ukraine.
La Commission européenne a décidé de suspendre la révision automatique du plafond de 44,10 dollars en raison de la récente flambée des prix du brut, qui aurait porté le plafond à plus de 75 dollars sans cette mesure. Un niveau trop élevé aurait permis à la Russie de vendre son pétrole à un prix bien supérieur, augmentant ses revenus et son budget de guerre. En maintenant ce plafond jusqu’en janvier 2027, l’UE espère que le marché pétrolier se stabilisera d’ici là.