« L’Union européenne envoie un message très clair : elle souhaite travailler et participer en jouant un rôle très important dans le processus des Nations unies », a déclaré Raffaele Fitto, représentant spécial de la Commission européenne pour Chypre et vice-président exécutif, à l’issue de sa première visite officielle sur l’île depuis sa nomination. Selon Euronews FR, cette rencontre avec le président chypriote Nikos Christodoulides, survenue vendredi 8 août au palais présidentiel de Nicosie, s’inscrit dans une volonté de l’UE de s’impliquer davantage dans les négociations en cours sous égide onusienne.
Ce qu'il faut retenir
- Raffaele Fitto, représentant spécial de l’UE pour Chypre, a réaffirmé la volonté de l’Union de jouer un rôle actif dans le processus de paix sous l’égide de l’ONU.
- Le vice-président exécutif de la Commission s’est entretenu avec le président chypriote Nikos Christodoulides, puis avec le dirigeant de la République turque de Chypre du Nord, Tufan Erhürman.
- La visite intervient quelques jours après celle du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, qui a annoncé son intention de convoquer une nouvelle réunion élargie d’ici la fin de l’année.
- Le ministre chypriote des Affaires étrangères, Konstantinos Kombos, a salué une rencontre « particulièrement utile et constructive », tout en soulignant l’importance des relations euro-turques pour relancer le processus.
- La Commission européenne s’est dite prête à mobiliser ses outils pour soutenir une solution de fédération bizonale et bicommunautaire, conformément aux résolutions de l’ONU.
Une mission centrée sur l’écoute et la coordination
Raffaele Fitto a précisé que l’objectif principal de cette première visite était d’écouter les positions des parties en présence. « Il est important pour l’UE de contribuer positivement au processus », a-t-il indiqué, ajoutant que des « résultats très importants » pourraient être obtenus d’ici quelques mois. Lors de son entretien avec Nikos Christodoulides, le vice-président de la Commission a également évoqué la nécessité de renforcer la coopération avec les acteurs locaux, tout en réaffirmant l’engagement européen à soutenir une solution négociée sous l’égide des Nations unies. Selon Euronews FR, Fitto a confirmé son intention de revenir à Chypre dans les prochains mois pour poursuivre les discussions.
Les relations euro-turques mises en avant par Nicosie
Lors de cette visite, le ministre chypriote des Affaires étrangères, Konstantinos Kombos, a qualifié la rencontre de « particulièrement utile et constructive ». Il a souligné que les prochaines étapes du processus avaient été abordées, tant sur le plan pratique que concernant les contacts futurs de Raffaele Fitto avec les différentes parties. « Nous apprécions vraiment sa venue à Chypre. Le calendrier est également très important, puisque nous avons reçu le secrétaire général ici il y a seulement quelques jours », a-t-il déclaré, en référence à la visite d’António Guterres à Chypre au début du mois d’août.
Kombos a également mis en avant le rôle potentiel des relations entre l’Union européenne et la Turquie pour donner un nouvel élan aux efforts de paix. « Les relations euro-turques sont un dossier qui peut servir de levier », a-t-il expliqué. Il a précisé que la nomination d’un vice-président exécutif de la Commission européenne revêtait une importance particulière, dans la mesure où Raffaele Fitto dispose déjà de canaux de communication avec Ankara. Le ministre chypriote a ajouté que Nicosie disposait de « réflexions, idées et propositions » en discussion, ainsi que de pistes pour accélérer le processus avant la fin du mandat d’António Guterres en décembre 2026.
Un dialogue séparé avec la partie turque de l’île
Après sa rencontre avec le président Christodoulides, Raffaele Fitto s’est entretenu séparément avec Tufan Erhürman, dirigeant de la République turque de Chypre du Nord. Cette visite s’inscrit dans un contexte diplomatique marqué par la volonté de l’ONU de relancer les négociations. António Guterres a en effet annoncé, lors de son passage à Chypre début août, son intention de convoquer une nouvelle réunion élargie, à condition qu’une préparation suffisante soit menée en amont. La Commission européenne a rappelé que la mission de Fitto consistait à appuyer ce processus, en étroite coopération avec l’envoyée personnelle du secrétaire général, María Ángela Holguín, et en lien avec les deux parties ainsi que les autres acteurs concernés.
L’UE prête à mobiliser ses outils pour une solution durable
Dans un communiqué, la Commission européenne a réaffirmé son soutien à une solution de fédération bizonale et bicommunautaire à Chypre, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et à l’acquis européen. L’institution s’est dite prête à jouer un « rôle actif » en mobilisant les moyens et outils dont elle dispose, notamment dans les domaines économique, sécuritaire et humanitaire. Cette position s’inscrit dans la continuité des efforts internationaux pour parvenir à une réconciliation entre les deux communautés de l’île, divisées depuis l’invasion turque de 1974.
Alors que les tensions persistent entre Chypre et la Turquie, notamment sur la question de la délimitation des zones économiques exclusives en Méditerranée orientale, l’implication de l’UE pourrait offrir une nouvelle dynamique. Konstantinos Kombos a d’ailleurs souligné que « la réponse à toutes ces questions se trouve à Ankara », rappelant ainsi que le soutien de la Turquie reste essentiel pour toute avancée significative.
Cette implication accrue de l’UE survient alors que Chypre commémore, ce mois-ci, le 52e anniversaire de l’invasion turque de 1974, un événement qui continue de peser sur les relations intercommunautaires. Les discussions en cours devront donc composer avec ce contexte historique, tout en intégrant les enjeux géopolitiques actuels, notamment les tensions en Méditerranée orientale. Pour l’instant, les signaux envoyés par les différentes parties restent prudents, mais la volonté affichée de relancer le dialogue laisse entrevoir une fenêtre d’opportunité pour avancer vers une solution négociée.
Raffaele Fitto agit en tant que représentant spécial de la Commission européenne pour Chypre et vice-président exécutif de l’UE. Sa mission consiste à appuyer le processus de règlement placé sous l’égide de l’ONU, en collaboration avec l’envoyée personnelle du secrétaire général, María Ángela Holguín, et en lien avec les deux parties (Chypre et la République turque de Chypre du Nord) ainsi que les autres acteurs concernés. Il a pour objectif d’écouter les positions des parties et de contribuer à la relance des négociations en vue d’une solution de fédération bizonale et bicommunautaire.