L’Union européenne a présenté mardi un nouveau paquet de sanctions incluant pour la première fois le nom du patriarche Kirill, chef de l’Église orthodoxe russe, après l’opposition de la Hongrie en 2022. Selon Euronews FR, cette initiative s’inscrit dans le 21e ensemble de mesures restrictives visant à cibler les soutiens du Kremlin dans le conflit ukrainien.

Ce qu'il faut retenir

  • Kirill est visé par un gel de ses avoirs et une interdiction de voyager dans l’UE, si les États membres valident son inscription.
  • En 2022, la Hongrie, alors dirigée par Viktor Orbán, avait bloqué cette mesure au nom de la « liberté religieuse ».
  • Le nouveau gouvernement hongrois de Péter Magyar a récemment changé de position, permettant à Bruxelles de relancer le dossier.
  • L’Église orthodoxe russe, sous l’autorité de Kirill, a qualifié l’invasion de l’Ukraine de « guerre sainte ».
  • Les 27 États membres doivent s’accorder d’ici le 15 juillet pour éviter une révision du plafonnement du prix du pétrole russe.
  • Les négociations pourraient encore aboutir à une exclusion du nom de Kirill pour préserver l’unanimité.

Un nouveau paquet de sanctions pour affaiblir le soutien russe à la guerre

Bruxelles a dévoilé mardi un vaste ensemble de mesures restrictives, dont Kirill fait partie, selon trois diplomates interrogés par Euronews FR. Si son identité est encore officiellement confidentielle, les sanctions individuelles envisagées combinent un gel des avoirs et une interdiction d’entrée dans l’espace européen. L’objectif affiché est de couper les financements et les réseaux des responsables politiques et religieux russes impliqués dans la guerre en Ukraine.

Cette proposition intervient dans un contexte où l’UE cherche à renforcer la pression sur Moscou, alors que le conflit s’enlise et que les coûts économiques pour l’Europe se multiplient. Le 21e paquet de sanctions doit permettre d’éviter, d’ici le 15 juillet, une révision automatique du plafond imposé au prix du pétrole russe, un mécanisme entré en vigueur en 2024.

Kirill, une figure controversée au carrefour du religieux et du politique

Depuis son élection en 2009, le patriarche Kirill s’est imposé comme une personnalité centrale du pouvoir russe, alliant influence spirituelle et soutien inconditionnel au Kremlin. Sous sa direction, l’Église orthodoxe russe a publié en 2022 un document justifiant l’agression contre l’Ukraine, la qualifiant de « guerre sainte » et appelant à la suppression de son indépendance. Ces positions lui ont valu des accusations de propagande révisionniste, notamment de la part des capitales européennes.

— L’Église orthodoxe russe a longtemps servi de relais idéologique au pouvoir russe, rappelle un spécialiste des questions religieuses à Euronews FR. Son rôle dans la légitimation du conflit a renforcé l’attention des institutions européennes à son égard.

Le veto hongrois de 2022 et le revirement de 2026

En 2022, l’UE avait déjà tenté d’inscrire Kirill sur sa liste noire, mais la Hongrie, dirigée par Viktor Orbán à l’époque, avait opposé son veto. Budapest avait alors invoqué des raisons de « liberté religieuse », arguant que les sanctions contre une figure spirituelle relevaient d’une ingérence dans les affaires intérieures d’un État souverain. Cette opposition avait provoqué de vives tensions au sein de l’Union, plusieurs pays estimant que le veto servait les intérêts du Kremlin.

Tout a changé en avril 2026 avec l’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement hongrois, dirigé par Péter Magyar. Contrairement à son prédécesseur, le Premier ministre a adopté une ligne plus alignée sur les positions européennes, ouvrant la voie à une révision de la position hongroise. — Péter Magyar a clairement indiqué que la Hongrie ne ferait plus obstacle à des sanctions ciblant des responsables religieux impliqués dans la guerre, confirme un diplomate européen sous couvert d’anonymat.

Un consensus toujours incertain malgré le changement de cap

Si le revirement hongrois facilite la proposition actuelle, rien ne garantit que l’unanimité sera trouvée au sein des 27 États membres. Les négociations en cours pourraient encore aboutir à une exclusion du nom de Kirill, comme cela a déjà été le cas par le passé pour d’autres personnalités. Bruxelles mise sur le momentum créé par le changement de gouvernement à Budapest, mais la prudence reste de mise.

La position particulière de Kirill, chef d’une institution aussi centrale que l’Église orthodoxe russe, ajoute une couche de complexité. Certains États membres pourraient craindre des répercussions diplomatiques ou des représailles, notamment en matière de dialogue interreligieux. D’autres, en revanche, estiment que son exclusion enverrait un signal fort de fermeté face à Moscou.

Et maintenant ?

Les discussions au sein du Conseil européen devraient s’intensifier d’ici la fin du mois, avec l’objectif affiché de parvenir à un accord d’ici le 15 juillet. Si Kirill devait être inscrit sur la liste noire, cela marquerait une première pour une figure religieuse dans le cadre des sanctions européennes contre la Russie. Reste à voir si les dernières manœuvres diplomatiques permettront de surmonter les divisions persistantes au sein de l’UE.

Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de l’Union pour affaiblir les soutiens du Kremlin, qu’ils soient politiques, économiques ou religieux. Alors que la guerre en Ukraine entre dans sa troisième année, Bruxelles cherche à multiplier les leviers de pression, tout en évitant une escalade incontrôlée des tensions.

Kirill est visé pour son rôle actif dans la légitimation de la guerre en Ukraine. Sous son autorité, l’Église orthodoxe russe a qualifié l’invasion de « guerre sainte » et appelé à la suppression de l’indépendance ukrainienne. Ces prises de position en font un soutien idéologique majeur du Kremlin, ce qui justifie son inclusion dans les sanctions européennes.