Vingt ans après ses débuts comme consultant, Christophe Dugarry a vivement critiqué les consignes imposées par M6 lors de la couverture de l’Euro 2024, où il officiait comme commentateur. Selon RMC Sport, l’ancien champion du monde 1998 dénonce une pression éditoriale l’obligeant à « dire que c’est bien » même lorsque le jeu des Bleus n’était pas à la hauteur. Une révélation qui interroge sur la ligne éditoriale des médias sportifs en période de grands événements.
Christophe Dugarry, consultant emblématique de RMC Sport et figure incontournable du football français, a détaillé les tensions vécues lors de l’Euro 2024 sur M6. Au cours d’un entretien accordé à RMC Sport, il a expliqué avoir reçu des remarques après avoir critiqué ouvertement les performances des Bleus, une attitude qu’il revendique comme naturelle pour un commentateur. « Quand ils viennent me chercher, je leur dis : ‘moi, je dis ce que je pense que ce soit bien ou pas’ », a-t-il affirmé. Pourtant, ses prises de position ont suscité des remous en interne, notamment de la part du directeur des sports de la chaîne.
Ce qu'il faut retenir
- 20 ans de carrière comme consultant pour Christophe Dugarry, marqué par des passages chez M6 et Canal+, puis RMC Sport.
- L’ancien attaquant a critiqué la pression éditoriale exercée par M6 lors de l’Euro 2024, où il était consultant pour les matchs des Bleus.
- Le directeur des sports de M6 lui aurait demandé de « dire que c’est bien » même lorsque le jeu n’était pas à la hauteur, selon ses déclarations.
- Christophe Dugarry a dénoncé une consigne selon laquelle « même si ce n’est pas bien, il faut que tu dises que c’est bien », s’inspirant de la méthode utilisée dans les émissions de divertissement de la chaîne.
- L’équipe de France a été éliminée en demi-finale de l’Euro 2024 par l’Espagne (2-1), un parcours qui a suscité des débats sur la qualité du jeu.
- Dugarry a souligné que cette pression éditoriale était une première dans sa carrière de commentateur.
Un changement de ton remarqué lors de l’Euro 2024
Christophe Dugarry, qui a débuté sa carrière de consultant en 2006 lors du Mondial en Allemagne, a expliqué avoir toujours pu s’exprimer librement jusqu’à présent. Pourtant, lors de l’Euro 2024, il a senti une réticence de la part de la direction des sports de M6 après ses critiques envers les Bleus. « À la fin du parcours de l’équipe de France, je fais le débrief et je sens le directeur des sports un peu tendu. Il me reproche d’avoir été trop dur », a-t-il raconté à RMC Sport.
Lors de cet échange, le directeur des sports aurait reconnu que le jeu de l’équipe de France n’était pas exceptionnel, avant d’ajouter : « Même si ce n’est pas bien, il faut que tu dises que c’est bien ». Une consigne qui a profondément choqué Dugarry, habitué à une liberté de ton. Il a alors comparé cette approche à celle adoptée dans les émissions de divertissement de la chaîne, citant notamment l’animateur Eric Antoine et son émission La France a un incroyable talent. « Il ne fallait jamais me prendre si tu voulais que je dise un truc que je ne pense pas », a-t-il rétorqué.
Une ligne éditoriale inspirée du divertissement ?
Pour Dugarry, cette consigne éditoriale relève d’une logique purement commerciale. « Ils nous ont expliqué qu’ils allaient faire du commentaire positif, qu’ils allaient dire seulement ce qui est bien », a-t-il expliqué. Selon lui, M6 aurait opté pour une stratégie visant à gommer les imperfections du jeu, quitte à occulter les erreurs ou les performances médiocres. « Le mec qui rate un dribble, un but, un défenseur qui fait une boulette ; ils ne le diront plus », a-t-il dénoncé.
Cette approche, bien que compréhensible d’un point de vue marketing, soulève une question fondamentale : jusqu’où un média doit-il aller dans l’édulcoration de la réalité pour plaire à son public ? Pour Dugarry, la réponse est claire : « Je ne dis pas que je fais tout bien, mais quand même. » Il a rappelé que, pendant vingt ans, jamais on ne lui avait imposé une telle contrainte. « J’ai commenté pendant 20 ans et on ne m’a jamais dit ce qu’il fallait que je dise ou que je fasse », a-t-il déploré.
« Ils payent cher les droits, je peux comprendre, mais la moindre des choses est de dire ce qu’on pense quand même. »
— Christophe Dugarry, consultant pour RMC Sport
Des critiques qui s’ajoutent à un parcours déjà mouvementé
Cette polémique survient dans un contexte où Christophe Dugarry a déjà été critiqué pour ses prises de position. Lors du quart de finale de l’Euro 2024 opposant la France au Portugal, il avait notamment été accusé d’avoir été trop élogieux envers la sélection lusitanienne. Une attitude qui lui avait valu des reproches de la part des supporters français, mais aussi de certains médias. Pourtant, pour Dugarry, cette nouvelle polémique illustre une dérive plus large dans le traitement médiatique du football.
Il a également évoqué ses relations tendues avec Didier Deschamps, sélectionneur des Bleus, un sujet qu’il a choisi d’écarter pour préserver son objectivité. « Je leur rappelle que mes relations avec Deschamps sont un peu tendues, mais que je ferai abstraction », a-t-il précisé. Une position qui montre à quel point les enjeux personnels et professionnels peuvent se mêler dans l’univers médiatique du sport.
Une chose est sûre : la polémique rappelle que le football, en plus d’être un spectacle, reste un sujet de société où l’objectivité et la liberté de ton sont des enjeux majeurs. Reste à savoir si les chaînes de télévision parviendront à concilier audience et honnêteté dans leur couverture des grands événements sportifs.