Depuis le renversement du gouvernement malgache en octobre 2025, l’île de l’océan Indien est devenue le théâtre d’une recomposition géopolitique marquée par l’engagement croissant de Moscou. Selon Le Monde, la Russie a rapidement étendu son soutien à la junte au pouvoir, en lui fournissant non seulement des équipements militaires, mais aussi des instructeurs de l’Africa Corps – une unité paramilitaire liée au ministère russe de la Défense. Autant dire que cette présence s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer l’influence russe en Afrique, après les échecs rencontrés dans d’autres régions du continent.

Les habitants de la capitale, Antananarivo, commencent à ressentir les conséquences de cette alliance inattendue. Les rues, autrefois animées par des manifestations pro-démocratie, se font désormais plus discrètes, sous surveillance accrue. Les commerçants, interrogés par des journalistes locaux, évoquent une augmentation des patrouilles militaires mixtes – russes et malgaches – dans les quartiers stratégiques. « Les forces russes ne sont pas visibles comme des occupants, mais leur présence se fait sentir dans l’organisation des unités locales », confirme un observateur basé à Madagascar, qui souhaite rester anonyme pour des raisons de sécurité.

Ce qu'il faut retenir

  • La junte malgache, arrivée au pouvoir en octobre 2025, a reçu un soutien militaire et logistique de la Russie, incluant des instructeurs de l’Africa Corps.
  • Moscou cherche à établir une nouvelle base d’influence en Afrique après des revers dans d’autres pays du continent.
  • À Antananarivo, la présence russe se traduit par des patrouilles conjointes et une surveillance accrue des quartiers sensibles.
  • Les manifestations pro-démocratie, autrefois fréquentes, se sont raréfiées depuis l’arrivée de ces renforts militaires étrangers.
  • Cette alliance s’inscrit dans le cadre d’une stratégie russe plus globale pour sécuriser des partenariats militaires en Afrique.

Une alliance née dans l’urgence après le putsch

Le coup d’État qui a renversé le président élu en octobre 2025 a ouvert une brèche que Moscou n’a pas hésité à exploiter. D’après Le Monde, les livraisons d’armes et l’envoi de conseillers militaires russes ont débuté moins de deux mois après la prise de pouvoir par la junte. Les analystes soulignent que cette rapidité reflète une volonté de Moscou de combler le vide laissé par le retrait partiel de la France et d’autres partenaires traditionnels de Madagascar. « La Russie a saisi l’opportunité d’un État fragilisé pour s’implanter durablement », explique une source diplomatique africaine citée par le quotidien.

Les détails des accords signés entre les deux parties restent flous, mais plusieurs éléments laissent penser que l’Africa Corps joue un rôle central. Créée en 2023, cette force est présentée comme une « mission d’assistance » par le Kremlin, mais son déploiement à Madagascar interroge. Selon des rapports non confirmés, une centaine d’instructeurs russes seraient déjà présents sur l’île, chargés de former les troupes locales et de moderniser certains équipements. « Leur mission n’est pas seulement technique, elle est aussi politique », précise un expert en sécurité basé à Paris.

Des répercussions immédiates sur la vie quotidienne

À Madagascar, les premiers effets de cette alliance se font sentir bien au-delà des casernes. Les prix des denrées de base, comme le riz ou l’huile, ont connu une hausse de 15 % depuis le début de l’année, en partie due à l’inflation importée et aux perturbations logistiques liées aux mouvements militaires. Les habitants d’Antananarivo décrivent une atmosphère de tension diffuse, où les rassemblements publics sont désormais encadrés, voire interdits sans autorisation préalable. « On vit dans un calme apparent, mais tout le monde sait que la situation peut basculer à tout moment », confie une enseignante de la capitale.

Les ONG locales rapportent une augmentation des arrestations arbitraires, ciblant principalement les militants des droits humains et les journalistes critiques envers la junte. Selon des chiffres partiels obtenus par Le Monde, au moins 47 personnes auraient été détenues depuis janvier 2026 pour des motifs liés à la « sécurité nationale ». Ces éléments alimentent les craintes d’une dérive autoritaire, où le soutien russe servirait de caution internationale à un régime de plus en plus isolé.

Et maintenant ?

La question qui se pose désormais est celle de la pérennité de cette alliance. Les prochaines élections, si elles sont organisées, pourraient révéler l’ampleur du soutien populaire à la junte et, par ricochet, à Moscou. Une transition démocratique malgache, même partielle, risquerait de fragiliser la position russe sur l’île. Pour l’instant, les observateurs s’attendent à un renforcement des liens militaires dans les mois à venir, avec peut-être l’ouverture d’une base russe permanente – une hypothèse déjà évoquée par certains diplomates africains. Tout dépendra, en définitive, de la capacité de la junte à se maintenir au pouvoir sans recourir à une répression massive.

Quoi qu’il en soit, Madagascar illustre une nouvelle fois la stratégie russe en Afrique : profiter des faiblesses des États pour y installer des alliances durables. Reste à savoir si cette approche portera ses fruits à long terme, ou si elle se heurtera, comme par le passé, à la résistance des populations locales et des autres puissances régionales.

L’Africa Corps est une unité paramilitaire russe créée en 2023, officiellement chargée de missions d’assistance militaire en Afrique. Son déploiement à Madagascar, aux côtés de la junte issue du putsch d’octobre 2025, marque une volonté de Moscou de s’implanter durablement sur l’île. Cette force, composée d’instructeurs et de conseillers, permet à la Russie de renforcer son influence dans une région où elle avait jusqu’ici peu de leviers.