Neuf organisations paysannes et de la société civile malgaches ont alerté, ce mercredi 10 juin 2026, sur le manque de transparence entourant les négociations en cours entre Madagascar et l’Union européenne pour la signature d’un Accord de partenariat économique (APE). Selon RFI, le dernier round de discussions, sur le point d’être conclu, aurait été mené sans consultation des principaux concernés. Une lettre conjointe, adressée mardi 9 juin aux autorités, exprime leur inquiétude face à cette procédure jugée opaque.

Ce qu'il faut retenir

  • Neuf organisations malgaches dénoncent l’absence de consultation dans les négociations sur un Accord de partenariat économique (APE) avec l’UE.
  • Un courrier a été envoyé mardi 9 juin 2026 à l’ambassadeur européen et au ministre malgache de l’Agriculture pour exiger plus de transparence.
  • Le dernier round de discussions serait imminent, sans implication des acteurs locaux.

Un accord en négociation depuis plusieurs mois

Les négociations relatives à un Accord de partenariat économique entre Madagascar et l’Union européenne se poursuivent depuis plusieurs mois. Cet accord, qui vise à libéraliser les échanges commerciaux entre les deux parties, soulève des interrogations quant à son impact sur les secteurs agricoles et économiques locaux. Pourtant, selon les neuf organisations signataires de la lettre, les discussions ont été menées sans impliquer les représentants des producteurs et de la société civile, pourtant directement concernés par les conséquences de cet accord.

« Nous sommes inquiets de constater que les négociations avancent sans que nos voix ne soient entendues », a déclaré l’un des responsables de ces organisations, qui souhaite garder l’anonymat. Les signataires rappellent que les Accords de partenariat économique, souvent critiqués pour leur asymétrie en faveur des pays développés, nécessitent une implication large des acteurs locaux pour garantir une application équitable.

Une lettre adressée aux autorités pour alerter

Face à cette situation, neuf organisations – dont des syndicats paysans et des associations de la société civile – ont joint leurs forces pour envoyer un courrier mardi 9 juin 2026. Ce document, destiné à l’ambassadeur de l’UE à Madagascar et au ministre malgache de l’Agriculture, demande la suspension des négociations jusqu’à ce que les parties prenantes locales soient pleinement associées. Ils exigent également la publication des comptes-rendus des discussions et des documents officiels liés à l’APE.

Selon les organisations, l’opacité de ce processus pourrait conduire à la signature d’un accord défavorable aux intérêts économiques de Madagascar, notamment dans le secteur agricole, déjà fragilisé par les crises climatiques et les fluctuations des marchés internationaux. « Sans consultation, cet accord risque de servir les intérêts de l’UE avant ceux de notre pays », a précisé un représentant d’une organisation paysanne.

Les Accords de partenariat économique sous le feu des critiques

Les APE, signés entre l’UE et des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), visent à créer des zones de libre-échange tout en favorisant le développement. Cependant, ces accords sont régulièrement critiqués pour leur manque de réciprocité et leur impact potentiellement négatif sur les économies locales. À Madagascar, où l’agriculture représente près de 30 % du PIB, les craintes portent notamment sur la concurrence accrue des produits européens subventionnés et la perte de souveraineté alimentaire.

En 2023, un rapport de la Banque mondiale avait déjà souligné les risques liés à ces accords pour les économies fragiles, invitant les pays partenaires à renforcer leurs mécanismes de protection. Pourtant, comme le souligne un expert en commerce international contacté par RFI, « la consultation des acteurs locaux reste un point crucial pour évaluer la viabilité d’un accord ».

Et maintenant ?

Si les autorités malgaches et européennes ne répondent pas favorablement à la demande de transparence, les organisations pourraient envisager des actions de mobilisation, comme des manifestations ou des recours juridiques. La pression sur le gouvernement malgache pourrait s’intensifier dans les prochains jours, alors que le dernier round de négociations semble imminent. Reste à voir si les négociations seront suspendues ou si l’accord sera signé dans l’opacité actuelle.

Quoi qu’il en soit, cette polémique illustre les tensions persistantes autour des accords commerciaux entre l’UE et les pays en développement, où la question de l’équilibre des pouvoirs et de la participation des acteurs locaux reste centrale.

Un Accord de partenariat économique (APE) est un traité commercial signé entre l’Union européenne et des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Il vise à libéraliser les échanges en supprimant les droits de douane et les barrières non tarifaires, tout en favorisant le développement économique des pays partenaires. Ces accords sont souvent critiqués pour leur asymétrie, l’UE imposant des conditions qui peuvent menacer les secteurs économiques locaux.