Un retraité de 67 ans, Mariano Ordaz, a été expulsé jeudi 8 mai 2026 de son appartement du quartier d’Embajadores, dans le centre de Madrid, après cinq ordonnances judiciaires successives. Selon Euronews FR, cette expulsion marque un tournant dans un conflit qui illustre les tensions du marché immobilier espagnol, entre hausse des loyers et gestion controversée des propriétaires.
Ce qu'il faut retenir
- Mariano Ordaz, retraité de 67 ans, a été expulsé de son logement à Madrid après cinq tentatives d’expulsion bloquées par la mobilisation du voisinage.
- L’immeuble appartient à la Vénérable Ordre Tertiaire de Saint François d’Assise (VOT), une institution religieuse critiquée pour sa gestion immobilière jugée proche de celle d’un fonds d’investissement.
- L’ordre possède plus de 300 logements dans le centre de Madrid et gère également des centres de santé, comme l’hôpital VOT San Francisco de Asís.
- La hausse des loyers dans le district central a atteint 21 % en un an, avec des prix rarement inférieurs à 2 000 euros par mois.
- Le moratoire anti-expulsions, abrogé en février 2026, a privé les locataires vulnérables de leur dernier recours juridique.
- Une manifestation est prévue à Madrid le 24 mai 2026 pour dénoncer la crise du logement.
Un retraitement expulsé après des années de combat
Mariano Ordaz a passé plus de six décennies dans le même appartement du quartier d’Embajadores, un secteur historique du centre de Madrid. Après cinq tentatives d’expulsion suspendues grâce à la mobilisation des voisins, la cinquième ordonnance a finalement été exécutée ce 8 mai 2026. Dès l’aube, un dispositif policier important a été déployé, avec huit fourgons et quatre voitures de patrouille, selon les observateurs sur place.
Pour Carolina Vilariño, porte-parole du Syndicat des locataires de Madrid, la scène était disproportionnée : « Beaucoup trop d’agents pour sortir un retraité de chez lui », a-t-elle déclaré à Euronews FR. Aujourd’hui, Mariano Ordaz ne sait pas où il logera dans les prochains jours. Il prévoit de séjourner temporairement dans un foyer, tandis qu’un ami lui propose une chambre à 400 euros par mois.
Un propriétaire religieux aux méthodes contestées
Le propriétaire de l’immeuble, la Vénérable Ordre Tertiaire de Saint François d’Assise (VOT), est une institution religieuse qui gère un patrimoine immobilier de plus de 300 logements dans le centre de Madrid. Ses détracteurs lui reprochent une gestion plus proche de celle d’un fonds d’investissement que d’une congrégation religieuse. Plusieurs locataires dénoncent un entretien défaillant des parties communes : fuites, fenêtres cassées, éclairage défectueux et canalisations rouillées.
Mariano Ordaz, lui, a vu son loyer augmenter de manière insoutenable après la pandémie. En 2025, l’ordre lui a réclamé 800 euros supplémentaires par mois, portant son loyer à un montant qu’il ne pouvait plus assumer, en plus d’une dette de 15 000 euros accumulée. Pour la VOT, cette expulsion est justifiée par la nécessité de réaliser des travaux de rénovation. Mais le Syndicat des locataires y voit une stratégie pour vider l’immeuble : « Le lamentable état du bâtiment est le résultat d’un manque d’entretien de la part des propriétaires eux-mêmes », a affirmé Carolina Vilariño.
Un contexte politique et social explosif
L’affaire s’inscrit dans un contexte politique tendu. Le 26 février 2026, le Congrès espagnol a abrogé le moratoire anti-expulsions, une mesure qui protégeait temporairement les locataires vulnérables. Depuis, les associations de défense du logement alertent sur le risque d’une vague d’expulsions sans précédent. Selon le Syndicat des locataires, jusqu’à 60 000 familles pourraient être concernées dans tout le pays.
Plusieurs administrations sont pointées du doigt : la Délégation du gouvernement, le gouvernement central (pour ne pas avoir abrogé la « loi bâillon »), la ministre du Logement, la Communauté de Madrid et la mairie de la capitale. Une manifestation est prévue le 24 mai 2026 à Madrid sous le slogan « Le logement nous coûte la vie. Baissons les loyers », au départ d’Atocha à 12 heures.
Madrid, capitale européenne des loyers élevés
Cette expulsion intervient alors que le marché immobilier madrilène connaît une tension extrême. Depuis mars 2022, les loyers ont augmenté de 33 % en glissement annuel, soit 44 mois consécutifs de hausse. À cela s’ajoute une croissance démographique soutenue par l’immigration et l’essor du tourisme, ce qui a encore réduit l’offre de logements accessibles.
Dans le district central, les loyers dépassent rarement les 2 000 euros par mois. Qu’une institution religieuse, propriétaire de centaines d’appartements dans ce même secteur, choisisse d’augmenter les loyers jusqu’à les rendre inabordables, puis de saisir les tribunaux pour expulser les locataires, donne à cette affaire une dimension bien plus large qu’un simple conflit entre un propriétaire et un locataire. Elle interroge le rôle des acteurs religieux dans la gestion du logement social.
Cette affaire soulève également des interrogations sur la gestion des biens immobiliers par les institutions religieuses en Espagne, alors que certaines congrégations accumulent des fortunes tout en revendiquant des vœux de pauvreté. La pression monte pour réformer le statut fiscal de ces organisations et encadrer davantage leur activité locative.
La VOT est accusée de gérer son patrimoine comme un fonds d’investissement plutôt que comme une congrégation religieuse. Elle possède plus de 300 logements dans le centre de Madrid et gère également des centres de santé. Ses détracteurs lui reprochent un manque d’entretien des immeubles et des loyers jugés abusifs, alors que ses activités bénéficient d’exonérations fiscales.
Sans moratoire anti-expulsions, les locataires vulnérables n’ont plus de recours légal pour suspendre une expulsion. Les associations de quartier appellent à une mobilisation massive et à des manifestations, comme celle prévue le 24 mai 2026 à Madrid. Une réunion interministérielle est organisée le 15 mai 2026 pour discuter de solutions, mais aucune mesure concrète n’a encore été annoncée.