Une avancée scientifique majeure dans la lutte contre la maladie d'Alzheimer vient d'être publiée par des chercheurs américains. Selon nos confrères de Futura Sciences, une équipe de l'université de Pennsylvanie a découvert que le 4-phénylbutyrate (PBA), une molécule aux propriétés de « chaperon chimique », permet de restaurer partiellement la mémoire chez des souris présentant des symptômes comparables à ceux observés chez les patients humains. Ces résultats, publiés le 27 août 2026 dans la revue Aging Biology, pourraient-ils ouvrir la voie à de nouveaux traitements pour cette pathologie neurodégénérative qui touche plus de 55 millions de personnes dans le monde ?
Ce qu'il faut retenir
- Une molécule appelée 4-phénylbutyrate (PBA) a permis de restaurer la mémoire chez des souris atteintes de symptômes similaires à Alzheimer, selon une étude publiée le 27 août 2026.
- Le PBA agit en empêchant l'accumulation de protéines mal repliées, un mécanisme clé de la maladie d'Alzheimer.
- Les souris traitées ont retrouvé des capacités cognitives comparables à celles de souris saines après l'administration du traitement.
- Cette approche thérapeutique cible la « protéotoxicité », c'est-à-dire les dommages cellulaires causés par les agrégats de protéines toxiques.
- Les chercheurs soulignent que des essais supplémentaires sont nécessaires avant d'envisager des applications chez l'humain.
Une molécule prometteuse au mécanisme d'action inédit
Le 4-phénylbutyrate, ou PBA, n'est pas une molécule inconnue. Utilisée depuis plusieurs années pour traiter certaines maladies métaboliques, elle présente une particularité rare : celle d'agir comme un « chaperon chimique ». Comme l'explique Nirinjini Naidoo, professeure agrégée de recherche en médecine du sommeil à l'université de Pennsylvanie et autrice principale de l'étude,
« En améliorant globalement la santé neuronale et cellulaire, nous pouvons atténuer ou retarder la progression de la maladie. »Cette propriété est d'autant plus remarquable qu'elle s'attaque aux mécanismes fondamentaux de la maladie, et non à ses symptômes.
La maladie d'Alzheimer est caractérisée par l'accumulation anormale de protéines, comme la bêta-amyloïde ou la protéine tau, qui forment des agrégats toxiques dans le cerveau. Ces dépôts provoquent la mort des neurones et entraînent une détérioration progressive des fonctions cognitives. Le PBA intervient précisément en inhibant la formation de ces agrégats, limitant ainsi les dommages cellulaires. Côté recherche, cette approche marque un tournant : jusqu'ici, les traitements existants se contentaient de ralentir l'évolution de la maladie, sans pouvoir inverser ses effets.
Des résultats spectaculaires sur des souris à un stade avancé de la maladie
Les expérimentations menées par l'équipe de Pennsylvanie ont porté sur des souris génétiquement modifiées pour développer des symptômes comparables à ceux observés chez les patients atteints d'Alzheimer. Avant l'administration du PBA, les animaux présentaient des déficits cognitifs majeurs : incapacité à distinguer un objet déplacé lors de tests de mémoire, désorientation spatiale, et autres troubles du comportement. Autant dire que leur état était proche de celui de patients à un stade avancé de la maladie.
Après plusieurs semaines de traitement par injection, les chercheurs ont observé une restauration significative des capacités mémorielles chez les souris. Ces dernières ont non seulement retrouvé la capacité de reconnaître les objets déplacés, mais ont également montré une amélioration globale de leurs performances cognitives. Autrement dit, leur cerveau a partiellement retrouvé ses fonctions perdues, un résultat jugé exceptionnel par la communauté scientifique. Pour les chercheurs, cette récupération fonctionnelle suggère que le PBA pourrait non seulement freiner la progression de la maladie, mais aussi inverser certains de ses effets délétères.
Vers une nouvelle stratégie thérapeutique contre Alzheimer ?
Si ces résultats sont encourageants, il est essentiel de rappeler que l'étude reste pour l'instant au stade préclinique. Comme le souligne l'équipe de recherche, de nombreuses étapes restent à franchir avant d'envisager une application chez l'humain. Les prochaines phases devront notamment évaluer l'innocuité du traitement, son efficacité sur des modèles plus complexes, et sa tolérance à long terme. En pratique, il faudra également déterminer les posologies adaptées, les éventuels effets secondaires, et les interactions médicamenteuses potentielles.
Pourtant, cette avancée s'inscrit dans un contexte de recherche internationale particulièrement dynamique. Récemment, d'autres pistes thérapeutiques ont été explorées, comme l'utilisation de la protéine Kibra pour réparer les synapses endommagées. D'après les experts, le mécanisme d'action du PBA, qui cible la « protéotoxicité », représente une stratégie inédite et potentiellement complémentaire aux approches existantes. Comme le concluent les auteurs de l'étude :
« Ces travaux pourraient fournir des informations précieuses pour le développement de nouveaux traitements contre cette maladie débilitante et omniprésente. »
Oui, cette molécule est approuvée depuis plusieurs années pour le traitement de certaines maladies métaboliques, comme l'urée cycle disorders. Son utilisation dans le cadre de la maladie d'Alzheimer reste pour l'instant expérimentale et limitée aux essais précliniques.
D'après les chercheurs, il faudra probablement attendre cinq à dix ans avant qu'un traitement à base de PBA ne soit disponible pour les patients, sous réserve que les essais cliniques confirment son efficacité et sa sécurité.