Plus de 5 millions de personnes âgées de 65 ans et plus en France seraient touchées par la maladie des petits vaisseaux cérébraux, une pathologie chronique qui endommage progressivement les micro-artères du cerveau. Selon Ouest France, cette affection favorise les accidents vasculaires cérébraux (AVC), les troubles cognitifs, les difficultés motrices et la perte d’autonomie. À ce jour, aucun traitement spécifique n’existe pour la soigner, bien que les chercheurs bordelais multiplient les pistes pour en comprendre les mécanismes et développer des solutions thérapeutiques.

Ce qu'il faut retenir

  • 5 millions de Français de plus de 65 ans concernés par la maladie des petits vaisseaux cérébraux, selon Ouest France.
  • Aucun traitement spécifique n’existe encore pour guérir cette pathologie, mais des recherches sont en cours à Bordeaux pour en percer les mécanismes.
  • La maladie touche les micro-artères du cerveau, entraînant des lésions progressives, des AVC et des troubles cognitifs.
  • Les principaux facteurs de risque identifiés incluent l’hypertension, le diabète, le cholestérol et la sédentarité.
  • Les chercheurs bordelais étudient une protéine protectrice, TRIM47, et la voie de signalisation NRF2 pour développer des thérapies ciblées.

Une pathologie silencieuse aux conséquences majeures

La maladie des petits vaisseaux cérébraux affecte les artères les plus fines du cerveau, celles qui irriguent en continu les zones profondes essentielles à la mémoire, à l’attention et à la coordination. Avec le temps, ces vaisseaux deviennent plus rigides, s’épaississent ou se fragilisent, entraînant des microsaignements, des lacunes cérébrales et une perméabilité accrue de la barrière hémato-encéphalique. Autant dire que les conséquences sont loin d’être anodines : cette pathologie favorise les AVC, les troubles cognitifs, les difficultés de marche et la perte d’autonomie. « La maladie progresse souvent pendant des années sans signe spectaculaire », expliquent les chercheurs bordelais.

Les premiers symptômes, lorsqu’ils apparaissent, peuvent être discrets : ralentissement intellectuel, troubles de l’équilibre, fatigue cognitive ou petits oublis inhabituels. L’imagerie par résonance magnétique (IRM) cérébrale reste l’outil de référence pour la détecter, en révélant des lésions caractéristiques comme les « hypersignaux de la substance blanche », des microsaignements ou des lacunes. « Ces lésions peuvent être visibles bien avant l’apparition des premiers symptômes », précise Claire Peghaire, docteur en pharmacie et enseignant-chercheur en physiologie vasculaire à l’Université de Bordeaux, auteure de l’article publié dans The Conversation.

Des pistes thérapeutiques encore exploratoires

À ce jour, aucun médicament ne permet de guérir spécifiquement la maladie des petits vaisseaux cérébraux. Les traitements actuels se concentrent sur la prise en charge des facteurs de risque cardiovasculaire — hypertension, diabète, cholestérol, tabac ou sédentarité — afin de ralentir la progression des lésions. Cependant, les chercheurs bordelais, au sein du laboratoire de biologie des maladies cardiovasculaires dirigé par Thierry Couffinhal, et du Vascular Brain Health Institute fondé par Stéphanie Debette, travaillent activement sur de nouvelles approches thérapeutiques.

Parmi les hypothèses étudiées figurent le dysfonctionnement des cellules endothéliales, l’altération de la barrière hémato-encéphalique, l’inflammation chronique ou encore le stress oxydatif. Ce dernier, comparé à une « rouille biologique », endommage progressivement les vaisseaux sanguins. « Nos recherches récentes ont permis d’identifier une cible prometteuse, la protéine TRIM47, qui joue un rôle protecteur dans les cellules endothéliales », explique Claire Peghaire. Cette protéine agit en stimulant la voie de signalisation NRF2, un mécanisme de défense antioxydante qui diminue avec l’âge, rendant les cellules plus vulnérables.

Protéger les vaisseaux cérébraux : l’enjeu des prochaines années

L’objectif des chercheurs est double : d’une part, renforcer les capacités naturelles de défense des microvaisseaux cérébraux, et d’autre part, développer des molécules ciblant spécifiquement les mécanismes à l’origine de la maladie. Deux stratégies sont actuellement explorées. La première consiste à concevoir des « oligonucléotides antisens » (ASO), des molécules capables de réduire l’expression d’une protéine appelée KEAP1, qui freine l’activité de la voie TRIM47/NRF2. « Ces ASO sont chimiquement modifiés pour améliorer leur stabilité et leur distribution vers les vaisseaux cérébraux », précise Claire Peghaire.

La seconde piste repose sur le repositionnement thérapeutique, c’est-à-dire l’évaluation de médicaments déjà commercialisés pour d’autres indications, comme ceux utilisés dans la sclérose en plaques. Ces molécules, capables de traverser la barrière hémato-encéphalique, pourraient activer la voie NRF2 et offrir une solution plus rapide aux patients. « Si les résultats précliniques sont concluants, des essais cliniques pourraient être lancés plus tôt que pour un médicament entièrement nouveau », souligne la chercheuse. Cette approche permettrait de gagner plusieurs années de recherche et de réduire les coûts de développement.

Et maintenant ?

Les travaux en cours à Bordeaux sont encore au stade préclinique, mais ils ouvrent des perspectives inédites pour traiter la maladie des petits vaisseaux cérébraux à sa source. Plusieurs étapes de validation seront nécessaires avant d’envisager une application chez l’être humain, notamment des tests sur l’efficacité et la tolérance des nouvelles molécules. D’ici là, les chercheurs continuent d’affiner leurs cibles thérapeutiques et de collaborer avec des équipes de chimistes pour transformer ces découvertes en traitements innovants. L’enjeu est de taille : mieux protéger les vaisseaux cérébraux pourrait, à terme, réduire le nombre d’AVC, limiter le déclin cognitif et améliorer la qualité de vie des patients.

Prévenir plutôt que guérir : les mesures déjà efficaces

En attendant l’arrivée de traitements ciblés, les spécialistes rappellent l’importance des mesures préventives pour préserver la santé cérébrale. Contrôler sa tension artérielle, pratiquer une activité physique régulière, éviter le tabac, adopter une alimentation équilibrée et maintenir une vie sociale et intellectuelle active restent les moyens les plus efficaces pour protéger durablement son cerveau. « Ces recommandations, bien que simples, sont parmi les plus efficaces pour réduire les risques de développer la maladie », insiste Claire Peghaire.

La maladie des petits vaisseaux cérébraux illustre ainsi le défi de la médecine moderne : concilier prévention, compréhension des mécanismes biologiques et développement de thérapies innovantes. Avec plus de 5 millions de Français concernés, la recherche bordelaise pourrait, à terme, apporter une réponse concrète à un problème de santé publique majeur.

Les premiers signes sont souvent discrets et incluent un ralentissement intellectuel, des troubles de l’équilibre, une fatigue cognitive ou des petits oublis inhabituels. Ces symptômes peuvent précéder de plusieurs années l’apparition de lésions cérébrales visibles à l’IRM.