Deux journalistes maliens ont été placés sous mandat de dépôt ces derniers jours, une décision qui suscite l’inquiétude de l’association Reporters sans frontières (RSF). Chahana Takiou a été incarcéré lundi 8 juin, suivi de près par Abdrahamane Keita, arrêté mardi 9 juin. Selon RFI, ces arrestations sont qualifiées d’« arbitraires » par l’organisation, qui met également en cause l’utilisation de la loi sur la cybercriminalité à des fins politiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Chahana Takiou a été placé sous mandat de dépôt le lundi 8 juin 2026 au Mali.
  • Abdrahamane Keita a subi le même sort le mardi 9 juin 2026.
  • L’association Reporters sans frontières (RSF) dénonce des « arrestations arbitraires » et une « instrumentalisation » de la loi sur la cybercriminalité.

Une détention sous le feu des critiques

Les deux journalistes, dont l’identité professionnelle n’a pas été officiellement confirmée par les autorités maliennes, ont été placés en détention provisoire après leur arrestation. Selon les informations transmises par RFI, leurs familles n’ont pas encore été informées des charges exactes retenues contre eux. Les conditions de leur placement sous mandat de dépôt restent floues, alimentant les craintes d’une procédure expéditive.

Reporters sans frontières, qui suit de près cette affaire, a rappelé dans un communiqué que le Mali avait déjà fait l’objet de plusieurs alertes concernant le respect des libertés fondamentales. L’association craint que ces arrestations ne s’inscrivent dans une tendance plus large de restriction de la liberté de la presse dans le pays.

La cybercriminalité, un outil controversé

La loi malienne sur la cybercriminalité, adoptée en 2019, est régulièrement pointée du doigt pour son manque de précision et son utilisation à des fins de contrôle de l’information. RSF souligne que ce texte, initialement destiné à lutter contre les infractions en ligne, est désormais instrumentalisé pour museler les voix critiques, notamment celles des journalistes. « La cybercriminalité ne doit pas servir de prétexte pour réduire au silence les médias indépendants », a déclaré un responsable de l’organisation.

Cette affaire intervient dans un contexte où les tensions entre les autorités maliennes et les défenseurs des droits de l’homme se sont intensifiées ces derniers mois. Plusieurs rapports internationaux ont pointé du doigt les restrictions croissantes imposées à la presse, ainsi que les pressions exercées sur les défenseurs des droits humains.

« Ces arrestations arbitraires illustrent une nouvelle fois comment les lois maliennes, en particulier celle sur la cybercriminalité, sont détournées pour étouffer toute forme de dissidence. Nous exigeons la libération immédiate de ces journalistes. »
– Christophe Deloire, secrétaire général de RSF

Un climat de méfiance envers les médias

Au Mali, la liberté de la presse est en déclin depuis plusieurs années. Les journalistes locaux subissent régulièrement des intimidations, des censures ou des poursuites judiciaires. Selon le classement mondial de la liberté de la presse 2026 publié par RSF, le Mali occupe désormais la 132e place, soit une chute de dix places par rapport à l’année précédente. Les restrictions légales, combinées à un climat de méfiance généralisé, rendent le travail des reporters particulièrement difficile.

Les associations de défense des droits de l’homme appellent les autorités maliennes à respecter leurs engagements internationaux en matière de droits humains. Elles exigent notamment que les journalistes bénéficient d’un procès équitable et que les charges retenues contre eux soient clairement définies et conformes aux normes juridiques internationales.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront des décisions judiciaires à venir. Une audience de confirmation des mandats de dépôt est attendue dans les prochains jours, mais aucune date précise n’a été communiquée à ce stade. Les observateurs s’interrogent sur l’évolution de cette affaire, alors que la pression internationale s’intensifie pour un respect des libertés fondamentales au Mali.

En attendant, les organisations de défense de la presse continuent de mobiliser l’opinion publique pour exiger la libération des deux journalistes. Leur sort pourrait devenir un symbole des combats menés pour la liberté de la presse dans un pays où les défis restent nombreux.