La Coalition des forces pour la république (CFR), plateforme regroupant des opposants maliens en exil, défend désormais l’idée d’un dialogue direct avec les groupes jihadistes opérant au Mali. Selon Libération, cette position, qualifiée de « seule solution » par ses promoteurs, marque une rupture avec la ligne officielle de Bamako qui rejette toute négociation avec les insurgés armés.
Ce qu'il faut retenir
- La CFR a été créée en décembre 2025 par des personnalités maliennes en exil, selon Libération.
- Ses dirigeants estiment que le dialogue avec les jihadistes est « la seule solution » pour mettre fin à la crise sécuritaire au Mali.
- Cette prise de position contraste avec la stratégie du gouvernement malien, qui refuse toute négociation avec les groupes armés.
- La CFR rassemble des figures politiques et de la société civile opposées au pouvoir en place à Bamako.
Une plateforme d’opposition née en exil et en pleine radicalisation de sa ligne
Créée en décembre 2025, la CFR s’est rapidement imposée comme l’une des principales forces d’opposition au régime malien actuel. Selon Libération, ses membres, majoritairement installés à l’étranger pour échapper aux persécutions ou à la répression, ont adopté une ligne plus radicale que celle de leurs prédécesseurs. Leur proposition de dialogue avec les jihadistes — qu’ils qualifient de « groupes armés non étatiques » — s’inscrit dans une logique de sortie de crise par la négociation plutôt que par le conflit.
Cette stratégie tranche avec les positions traditionnelles des mouvements politiques maliens, qui ont longtemps évité de s’engager sur le terrain de la négociation avec les groupes liés à Al-Qaïda ou à l’État islamique. « Nous n’avons pas le choix », a affirmé l’un de ses porte-parole, cité par Libération. « Après des années de guerre sans issue, le dialogue reste la seule voie pour restaurer une paix durable. »
Le Mali face à l’impasse sécuritaire : pourquoi cette proposition émerge-t-elle maintenant ?
Le Mali traverse depuis 2012 une crise sécuritaire majeure, marquée par la montée en puissance des groupes jihadistes dans le centre et le nord du pays. Malgré l’intervention de forces internationales — notamment la MINUSMA, dont le retrait s’est achevé en décembre 2023 — et l’engagement de l’armée malienne soutenue par des partenaires comme la Russie, la situation reste critique. Les attaques se multiplient, et les populations civiles paient un lourd tribut.
C’est dans ce contexte que la CFR avance sa proposition. Pour ses membres, la stratégie militaire seule a montré ses limites. « Les groupes armés ne sont pas près de déposer les armes, mais une partie de leur base sociale est épuisée par la guerre », explique un analyste cité par Libération. « Un dialogue ciblé, encadré par des garanties internationales, pourrait permettre de désamorcer les tensions les plus vives. »
Quelles sont les réactions et les obstacles à cette initiative ?
Si la proposition de la CFR suscite l’intérêt de certains observateurs, elle se heurte à de nombreux obstacles politiques et pratiques. Le gouvernement malien, dirigé par le colonel Assimi Goïta, a toujours rejeté l’idée de négocier avec des « terroristes ». « Le Mali ne dialoguera pas avec des criminels », a-t-il déclaré à plusieurs reprises, rappelant que les groupes jihadistes sont responsables de milliers de morts depuis 2012.
Du côté des partenaires internationaux, les réactions sont plus nuancées. La France, ancienne puissance coloniale, a longtemps soutenu Bamako dans sa lutte contre le jihadisme, mais son rôle s’est réduit après le retrait de ses troupes en 2022. Les États-Unis et l’Union européenne, bien que critiques envers le régime actuel, n’ont pas encore pris position sur cette initiative. « Une telle démarche nécessiterait un cadre international solide », souligne un diplomate sous couvert d’anonymat.
La CFR, consciente des défis, compte organiser des rencontres avec d’autres acteurs de la société civile malienne, y compris ceux restés dans le pays. « Nous ne prétendons pas avoir toutes les réponses, mais nous refusons de rester spectateurs d’une guerre sans fin », a déclaré son coordinateur. Reste à savoir si cette initiative parviendra à briser l’impasse actuelle, ou si elle restera lettre morte face à la radicalisation des positions.
La CFR regroupe des personnalités politiques, des intellectuels et des représentants de la société civile malienne, majoritairement installés à l’étranger. Selon Libération, elle inclut d’anciens ministres, des députés dissidents et des figures de la presse indépendante ayant fui le Mali après la prise de pouvoir par la junte militaire en 2020.