Le gouvernement malien dirigé par la junte militaire a annoncé, ce mercredi 10 juin 2026, la création de zones d’intérêt militaire, des territoires où toute présence civile sera interdite. Cette mesure intervient alors que les groupes armés, notamment le Jamaat Nusrat al-Islam wal Muslimin (JNIM), intensifient leurs attaques et perfectionnent leurs méthodes de combat. Selon France 24, une récente vidéo publiée par le JNIM révèle l’utilisation inédite de drones pour ajuster les tirs de mortier, une évolution tactique qui préoccupe les autorités.

Le JNIM, affilié à Al-Qaïda et actif au Sahel, a diffusé des images montrant des engins volants servant de cibles pour des tirs de mortier. « Les jihadistes utilisent désormais des drones pour des réglages de tir », explique Wassim Nasr, journaliste spécialiste des mouvements jihadistes pour France 24. Cette adaptation technologique marque un tournant dans la stratégie des groupes armés, qui cherchent à compenser leur infériorité numérique face aux forces armées maliennes et internationales.

Ce qu'il faut retenir

  • La junte malienne a instauré des zones d’intérêt militaire où les civils seront interdits de séjour.
  • Le JNIM, groupe armé affilié à Al-Qaïda, a publié des images prouvant l’usage de drones pour régler des tirs de mortier.
  • Cette innovation tactique s’inscrit dans un contexte d’escalade des attaques jihadistes au Mali.
  • Wassim Nasr, expert de France 24, décrypte cette évolution pour le site.

Une réponse aux avancées jihadistes

La décision des autorités maliennes survient après une série d’attaques meurtrières attribuées au JNIM, qui multiplie les assauts dans le centre et le nord du pays. En créant ces zones interdites, la junte entend limiter la liberté de manœuvre des groupes armés en leur retirant tout couvert civil. « Ces zones sont désormais des théâtres d’opérations exclusifs pour les forces armées », précise un communiqué officiel publié le 10 juin 2026. Selon les observateurs, cette mesure reflète l’inquiétude des militaires face à la montée en puissance des jihadistes, capables de frapper avec une précision accrue.

Le JNIM, principal groupe armé opérant au Mali, a vu ses effectifs et ses moyens se renforcer ces dernières années. Les vidéos diffusées ces derniers jours montrent non seulement l’utilisation de drones, mais aussi des images de combats urbains et des attaques coordonnées. « Cette adaptation technologique confirme que le groupe cherche à compenser son infériorité en effectifs par des innovations tactiques », souligne Wassim Nasr. Les drones, bien que rudimentaires, permettent un guidage plus précis des tirs, augmentant ainsi leur efficacité.

Un contexte sécuritaire de plus en plus tendu

Le Mali traverse une crise sécuritaire prolongée, marquée par la présence de plusieurs groupes jihadistes, dont le JNIM et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS). Depuis le coup d’État de 2020, la junte a rompu avec les partenaires internationaux, réduisant la présence des forces françaises et onusiennes. Résultat : les groupes armés ont profité du vide sécuritaire pour étendre leur emprise territoriale. Selon l’Observatoire des conflits en Afrique de l’Ouest, plus de 1 200 attaques ont été recensées depuis le début de l’année 2026, causant la mort de plus de 3 000 personnes.

Dans ce contexte, l’annonce des zones d’intérêt militaire s’inscrit dans une stratégie plus large visant à reprendre le contrôle des zones rurales. « Ces mesures sont une tentative de restaurer une souveraineté militaire sur des territoires perdus », explique un analyste de l’International Crisis Group. Cependant, leur mise en œuvre pourrait s’avérer complexe, compte tenu de l’étendue des zones concernées et de la présence diffuse des groupes armés.

Et maintenant ?

La création de ces zones interdites soulève plusieurs questions quant à leur application concrète. Les autorités maliennes devront déployer des moyens humains et matériels importants pour les faire respecter, alors que les ressources manquent cruellement. Par ailleurs, l’utilisation accrue de drones par le JNIM pourrait inciter l’armée malienne à se doter de contre-mesures, comme des systèmes de brouillage ou de détection. Enfin, cette évolution tactique des groupes armés risque de prolonger le conflit, rendant une issue négociée encore plus improbable à court terme.

Pour l’instant, la junte reste déterminée à faire appliquer ces mesures, tout en appelant à une coordination renforcée avec les partenaires régionaux. Reste à savoir si cette stratégie suffira à inverser la tendance, alors que le JNIM continue de gagner en expertise militaire.

Les zones d’intérêt militaire seront strictement réservées aux forces armées, interdisant toute présence civile sous peine de sanctions. Les habitants de ces régions pourraient donc être contraints de quitter leur domicile, risquant ainsi de déplacer des milliers de personnes. Par ailleurs, cette mesure pourrait aggraver la crise humanitaire, déjà marquée par des milliers de déplacés internes.