Le marché de l'emploi américain a enregistré un nouveau recul en juillet, selon les données publiées ce vendredi 7 août par l'agence de statistiques du travail (BLS), comme le rapporte BFM Business. Contre toute attente, l'économie américaine a perdu 23 000 postes ce mois-ci, un chiffre très inférieur aux prévisions des analystes qui tablaient sur la création de 80 000 emplois.

Ce qu'il faut retenir

  • L'économie américaine a perdu 23 000 emplois en juillet, alors que les marchés anticipaient 80 000 créations.
  • Le taux de chômage s'établit à 4,1 %, en légère baisse par rapport à juin (4,2 %).
  • Les secteurs les plus touchés sont l'hôtellerie-restauration (-40 000 postes), le commerce de détail (-19 400) et le secteur public (-53 000).
  • Le taux d'activité, en baisse, explique en partie la diminution du chômage malgré les suppressions d'emplois.
  • Cette publication pourrait influencer la politique monétaire de la Réserve fédérale, alors que l'inflation repart à la hausse.

Cette contre-performance succède à un mois de juin également en demi-teinte, marqué par la création de seulement 57 000 emplois, loin des 110 000 attendus. Les estimations préliminaires du secteur privé, publiées le 5 août, laissaient déjà présager un ralentissement des embauches. La dégradation du marché du travail survient dans un contexte où l'inflation, mesurée par l'indice PCE privilégié par la Fed, a atteint 4,1 % en mai, soit une hausse de 1,2 point depuis février. La guerre au Moyen-Orient, consécutive aux frappes américaines et israéliennes en Iran, est pointée du doigt comme l'un des facteurs de cette remontée des prix.

Un taux de chômage en baisse, mais un signal ambigu

Le taux de chômage s'est établi à 4,1 % en juillet, contre 4,2 % le mois précédent. Cette légère amélioration, bien que statistiquement favorable, ne reflète pas une amélioration réelle du marché du travail. « Cette baisse s'explique par la chute du taux d'activité, actuellement à son plus bas niveau depuis février 2021 », a précisé un économiste interrogé par BFM Business. En d'autres termes, moins de personnes sont disponibles pour travailler, ce qui réduit mécaniquement le nombre de chômeurs, même en cas de destructions d'emplois. Ce phénomène illustre la fragilité actuelle du marché de l'emploi américain, où la croissance des salaires reste atone et où les secteurs traditionnellement porteurs, comme les services, montrent des signes d'essoufflement.

Des secteurs en difficulté, une économie en quête de dynamisme

Parmi les 23 000 suppressions d'emplois enregistrées en juillet, certains secteurs ont été particulièrement touchés. Le domaine des loisirs et de l'hôtellerie a perdu 40 000 postes, malgré l'organisation de la Coupe du monde, un événement censé dynamiser l'activité. Le commerce de détail a également subi un revers avec la suppression de 19 400 emplois, tandis que le secteur public a réduit ses effectifs de 53 000 personnes.

À l'inverse, quelques lueurs subsistent. Le secteur de la construction a créé 22 000 emplois, et l'industrie manufacturière en a ajouté 5 000. Ces chiffres, bien que positifs, restent insuffisants pour compenser les pertes enregistrées ailleurs. Les analystes soulignent que ces disparités sectorielles reflètent une économie en transition, où les emplois traditionnels du secteur tertiaire peinent à se maintenir, tandis que les industries liées à la transition écologique ou à la relocalisation manufacturière commencent à émerger.

La Fed sous pression face à l'inflation et à l'emploi

Le marché de l'emploi américain revêt une importance cruciale pour la Réserve fédérale (Fed), dont les décisions monétaires dépendent en grande partie de l'évolution des salaires et du chômage. Lors de sa dernière réunion, la Fed a choisi de maintenir ses taux directeurs inchangés, une prudence justifiée par la nécessité de concilier lutte contre l'inflation et préservation de la croissance. « La publication de ces chiffres pourrait réduire la pression sur la Fed pour relever ses taux plus tôt que prévu », a analysé un expert cité par BFM Business. Pourtant, l'inflation reste un sujet de préoccupation majeur, avec un indice PCE à 4,1 % en mai, en hausse de 0,3 point par rapport à avril. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, exacerbées par les frappes récentes, continuent de peser sur les prix de l'énergie et des matières premières, alimentant les craintes d'un retour durable de l'inflation.

Les prochaines décisions de la Fed, attendues lors de sa réunion de septembre, seront donc scrutées avec attention. Une baisse des taux pourrait être envisagée si le ralentissement de l'emploi se confirme, mais le risque serait alors de voir l'inflation repartir à la hausse, surtout dans un contexte de tensions persistantes sur les chaînes d'approvisionnement. Pour l'heure, la Fed reste dans une posture attentiste, cherchant à éviter un durcissement trop brutal de sa politique monétaire qui pourrait étouffer une croissance déjà fragilisée.

Et maintenant ?

Les prochaines publications de données économiques, notamment les chiffres de l'inflation pour juillet, pourraient donner davantage d'indications sur la trajectoire à suivre. Une réunion de la Fed est prévue le 17 septembre 2026, où une possible baisse des taux pourrait être envisagée si la dégradation du marché de l'emploi se confirme. Dans l'immédiat, les entreprises américaines pourraient adopter une posture plus prudente en matière d'embauche, tandis que les ménages, déjà affectés par la hausse des prix, pourraient voir leur pouvoir d'achat continuer à se réduire. Reste à voir si les secteurs en croissance, comme la construction, parviendront à compenser les pertes dans les services, où les suppressions d'emplois restent massives.

Cette situation rappelle celle de 2023, lorsque le marché de l'emploi avait montré des signes de faiblesse après plusieurs années de forte croissance post-Covid. Si l'économie américaine parvient à éviter une récession, la croissance pourrait rester atone, avec des créations d'emplois insuffisantes pour absorber le nombre croissant de nouveaux entrants sur le marché du travail. Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l'ampleur du ralentissement et ses conséquences sur la politique économique des États-Unis.

Cette apparente contradiction s'explique par le taux d'activité, qui mesure la proportion de personnes disponibles pour travailler. En juillet, ce taux a atteint son plus bas niveau depuis février 2021. Avec moins de personnes actives, le chômage peut baisser mécaniquement, même en cas de suppressions d'emplois, car le nombre total de chômeurs diminue. C'est un phénomène classique en période de ralentissement économique, où certains travailleurs, découragés, quittent le marché du travail.

Les principaux risques sont un ralentissement plus marqué de la croissance, une hausse persistante de l'inflation due aux tensions géopolitiques, et une politique monétaire de la Fed trop restrictive. Si la Fed décide de baisser ses taux pour soutenir l'emploi, cela pourrait relancer l'inflation. À l'inverse, un maintien des taux élevés pourrait aggraver le ralentissement économique. Les entreprises, déjà prudentes, pourraient alors réduire leurs investissements, pesant sur la croissance future.