À 55 ans, l’expérience et les compétences s’accumulent, pourtant l’accès à l’emploi devient un parcours semé d’embûches pour les seniors. C’est le constat dressé par Jean-Jacques Richard, expert en sûreté et gestion de crise, auteur de l’ouvrage « Je suis vieux et je vous emmerde ». Invité du 11/13 de franceinfo - Santé ce mercredi 27 mai 2026, il a alerté sur les mécanismes d’exclusion des travailleurs expérimentés, tout en plaidant pour une collaboration renforcée entre générations. Selon les dernières données disponibles, 60 % des 55-64 ans occupent un emploi en France, un chiffre qui chute à 42 % au-delà de 60 ans.
Ce qu'il faut retenir
- 1,5 million de Français inscrits chez France Travail subissent les effets de l’âgisme au travail, selon Jean-Jacques Richard.
- Un senior de 55 ans peut envoyer 33 CV ciblés sans obtenir de réponse, comme l’a vécu l’expert.
- Le taux d’emploi des 55-64 ans s’élève à 60 % en France, contre 78 % en Suède, où les seniors sont davantage protégés lors des plans sociaux.
- L’écart se creuse avec l’âge : seulement 42 % des plus de 60 ans travaillent, contre 83 % des 25-49 ans.
- Jean-Jacques Richard rejette les stéréotypes sur les seniors (« trop rigides ») et les jeunes (« peu expérimentés »), prônant leur complémentarité.
Un parcours professionnel brisé par l’âge
Jean-Jacques Richard a découvert l’invisibilité du marché du travail à 55 ans, après le dépôt de bilan de sa société de conseil. « J’ai envoyé des CV extrêmement ciblés, extrêmement bien calibrés, et zéro réponse », a-t-il raconté à la journaliste Flore Maréchal lors de l’interview. Ce silence, qu’il attribue à son âge, a motivé la rédaction d’un post LinkedIn au titre provocateur : « Je suis vieux et je vous emmerde ». Le succès de ce message l’a conduit à publier un manifeste contre l’âgisme, intitulé « Je suis vieux et je vous emmerde », dans lequel il décrit cette expérience comme un « territoire hostile ».
Pour l’expert, 55 ans n’est pas un âge avancé — il reste « extrêmement jeune » à l’échelle d’une vie professionnelle. Pourtant, en France, cette tranche d’âge marque souvent le début d’une exclusion systémique. « Ce risque-là, je ne l’avais absolument pas vu venir », a-t-il souligné, rappelant que son métier repose sur l’analyse de risques. Il dénonce ainsi un paradoxe français : alors que l’espérance de vie s’allonge, la valorisation des seniors sur le marché du travail recule.
Des chiffres qui révèlent un écart générationnel
Les données de la Dares, service des statistiques du ministère du Travail, confirment cette tendance. En 2026, le taux d’emploi des 55-64 ans atteint 60 %, soit 23 points de moins que celui des 25-49 ans (83 %). Mais c’est après 60 ans que la situation se dégrade : seulement 42 % des seniors de cette tranche d’âge occupent un emploi. « L’écart se creuse encore », a commenté Jean-Jacques Richard, qui pointe du doigt l’absence de politiques publiques adaptées. « On peut discuter du report de l’âge de la retraite, mais il faut d’abord que les seniors puissent travailler », a-t-il martelé, s’appuyant sur les milliers de témoignages reçus depuis la publication de son livre.
Parmi les récits qui l’ont marqué, celui d’une personne ayant perdu jusqu’à sa confiance en elle-même. « Ce qui me fait le plus mal au cœur, c’est cette détresse », a-t-il confié. Pour lui, ces cas illustrent une perte bien plus large : celle du savoir-faire et de l’expérience, souvent balayés sous prétexte de rigidité ou de manque de flexibilité numérique.
Une question de culture, pas de compétences
Pour expliquer ce décalage avec des pays comme la Suède, où 78 % des 55-64 ans travaillent, Jean-Jacques Richard évoque une différence culturelle. « Lorsqu’une entreprise suédoise fait un plan de sauvegarde de l’emploi, les salariés les plus âgés sont protégés », a-t-il précisé. À l’inverse, en France, « les seniors sont généralement les premiers remerciés ». Cette logique, selon lui, s’inscrit dans une vision à court terme, où l’expérience est perçue comme un frein plutôt qu’un atout.
Il rejette par ailleurs les clichés persistants sur les seniors (« trop rigides », « peu digitaux ») et les jeunes (« peu expérimentés »). « Arrêtons avec les étiquettes », a-t-il plaidé, défendant l’idée que la complémentarité entre générations est un levier de performance pour les entreprises. « Jeunes et seniors, c’est la complémentarité qui va faire la force d’une entreprise », a-t-il affirmé, citant en exemple des modèles où la transmission intergénérationnelle est valorisée.
Un débat qui dépasse le cadre professionnel
Le cas de Jean-Jacques Richard illustre une réalité plus large : celle d’une société qui peine à intégrer ses aînés. Entre stéréotypes tenaces et politiques publiques insuffisantes, les seniors se retrouvent souvent exclus d’un marché du travail en pleine mutation. Pourtant, leur expertise pourrait constituer un rempart contre la pénurie de compétences dans des secteurs clés, comme la santé ou l’industrie. « Nous devons apprendre à travailler ensemble », a insisté l’expert, rappelant que la performance d’une entreprise ne se mesure pas à l’aune de l’âge, mais de la diversité des talents.
Alors que les discussions sur l’allongement de la vie professionnelle se multiplient, ce plaidoyer en faveur de la complémentarité générationnelle prend une dimension supplémentaire. Il ne s’agit plus seulement de statistiques ou de politiques publiques, mais bien de repenser notre rapport au travail — et à l’expérience.
Selon Jean-Jacques Richard, la différence s’explique par une culture managériale distincte. En Suède, les seniors sont protégés lors des plans sociaux, tandis qu’en France, ils sont souvent les premiers licenciés. Cette protection se traduit par un taux d’emploi des 55-64 ans de 78 % en Suède, contre 60 % en France.
Bien que l’article ne cite pas de secteurs spécifiques, les témoignages recueillis par Jean-Jacques Richard concernent principalement des cadres et experts en gestion de crise, des métiers où l’expérience est pourtant cruciale. Les secteurs en tension, comme la santé ou l’industrie, pourraient aussi être concernés par cette problématique.