Selon Le Monde, l’économiste italienne Mariana Mazzucato, figure reconnue de l’analyse de l’investissement public, défend depuis des années l’idée d’un État entrepreneur, plus interventionniste et stratégique dans l’économie. À travers son dernier ouvrage, elle propose un véritable « mode d’emploi » pour transformer l’action publique en un levier d’efficacité et d’innovation, loin des logiques bureaucratiques traditionnelles.

Ce qu'il faut retenir

  • Mariana Mazzucato, économiste italienne de renom, publie un nouveau livre détaillant un cadre pour rendre l’action publique plus efficace.
  • Elle défend l’idée d’un « État entrepreneur », plus interventionniste et moins centralisé que les modèles actuels.
  • Selon elle, les gouvernements doivent adopter une posture plus proactive pour stimuler l’innovation et la croissance.
  • Son approche s’oppose aux critiques sur la « paresse » et la rigidité des administrations publiques traditionnelles.
  • L’ouvrage propose des solutions concrètes pour mesurer l’impact des politiques publiques et orienter les investissements stratégiques.

Une économiste engagée contre les inefficacités de l’État traditionnel

Mariana Mazzucato, professeure à l’University College London et fondatrice de l’Institute for Innovation and Public Purpose, s’est imposée comme une voix critique des modèles économiques dominants. Selon Le Monde, elle estime que les gouvernements, souvent accusés de lenteur et de rigidité, pourraient gagner en efficacité en adoptant une logique entrepreneuriale. « Je suis une épine dans le pied des gouvernements paresseux et centralisés », déclare-t-elle sans détour dans son dernier livre, où elle dénonce les structures administratives trop cloisonnées et peu adaptées aux défis modernes.

L’État entrepreneur : un modèle pour relancer l’innovation et la croissance

Pour Mazzucato, l’État ne doit plus se contenter de réguler ou de corriger les défaillances du marché, mais jouer un rôle actif dans la création de valeur. Son concept d’« État entrepreneur » s’inspire de modèles comme celui de la NASA dans les années 1960 ou des investissements publics dans les technologies vertes en Corée du Sud. Elle cite notamment le cas des subventions ciblées pour les start-up innovantes ou les partenariats public-privé dans les secteurs stratégiques, comme les semi-conducteurs ou les énergies renouvelables.

Dans son ouvrage, elle souligne que les gouvernements dépensent des milliards sans toujours mesurer l’impact réel de leurs investissements. « Il ne s’agit pas de dépenser plus, mais de dépenser mieux », précise-t-elle, en insistant sur la nécessité de cibler les secteurs porteurs et de suivre des indicateurs de performance rigoureux. Autant dire que sa proposition bouscule les dogmes libéraux comme les habitudes des bureaucraties étatiques.

Un plaidoyer contre la centralisation excessive des décisions

Mariana Mazzucato reproche aux États modernes de souffrir d’une centralisation excessive, qui étouffe l’innovation locale et ralentit les réformes. Elle plaide pour une décentralisation partielle du pouvoir de décision, permettant aux acteurs locaux — collectivités, universités, entreprises — de co-construire des politiques publiques adaptées à leurs territoires. « Les gouvernements doivent être des facilitateurs, pas des freins », explique-t-elle, en citant l’exemple des villes intelligentes ou des écosystèmes régionaux d’innovation comme ceux de la Silicon Valley ou de Berlin.

Son analyse s’appuie sur des études montrant que les pays ayant adopté une approche plus flexible et collaborative — comme les pays nordiques ou Israël — enregistrent des taux de croissance supérieurs et une meilleure résilience économique. Un constat qui, selon elle, devrait inciter les gouvernements à revoir en profondeur leur mode de fonctionnement.

Et maintenant ?

Le débat autour des propositions de Mariana Mazzucato pourrait prendre de l’ampleur dans les mois à venir, alors que plusieurs pays européens — dont la France — réexaminent leurs stratégies d’investissement public. Une conférence internationale sur l’innovation et les politiques publiques, prévue à Paris en septembre 2026, devrait donner l’occasion à des décideurs politiques et à des experts de discuter de ses idées. Reste à voir si les gouvernements seront prêts à adopter des réformes aussi ambitieuses, alors que les contraintes budgétaires et les résistances politiques restent fortes.

Pour Mariana Mazzucato, l’enjeu dépasse la simple question économique : il s’agit de redéfinir le rôle de l’État dans une société en mutation, où les défis climatiques, technologiques et sociaux exigent des réponses rapides et audacieuses. Une chose est sûre, son approche, à la fois radicale et pragmatique, continue de diviser — mais elle ne laisse personne indifférent.

Selon Le Monde, elle estime que ces gouvernements adoptent une posture trop passive, se contentant de réguler sans investir dans des secteurs stratégiques. Elle leur reproche de manquer d’ambition et de vision à long terme, préférant des solutions court-termistes à des politiques structurelles d’innovation.