En 2022, la campagne présidentielle française a vu s'affronter des visions politiques radicalement opposées au sein de la droite et de l'extrême droite. Alors que le président sortant, Emmanuel Macron, apparaissait comme le grand favori pour un second mandat, la surprise est venue de la concurrence inattendue entre Marine Le Pen, candidate du Rassemblement National (RN), et Éric Zemmour, fondateur du parti Reconquête. Selon nos confrères de Franceinfo - Culture, cette rivalité a profondément marqué le paysage politique de l'époque, forçant Marine Le Pen à ajuster sa stratégie pour contrer l'ascension de son nouveau rival.
Ce qu'il faut retenir
- Éric Zemmour lance sa campagne le 30 novembre 2021 avec un discours axé sur le thème de l'identité française, évoquant une France « défigurée » et des « exilés de l'intérieur ».
- Son slogan, « Impossible n'est pas français », fait référence à une expression attribuée à Napoléon Bonaparte, mais sa campagne peine à tenir ses promesses électorales en 2022.
- Marine Le Pen adopte une stratégie de « dédiabolisation », mise sur des thèmes rassurants comme le pouvoir d'achat et présente son affiche avec le slogan « Femme d'État », effaçant son nom de famille.
- Le 5 février 2022, lors d'un meeting à Reims, Marine Le Pen critique publiquement Éric Zemmour, l'accusant de diviser l'électorat d'extrême droite.
- Elle axe sa campagne sur des thèmes comme « La France apaisée » et « Rendre leur argent aux Français », ciblant directement le bilan économique d'Emmanuel Macron.
- Dans les débats, Marine Le Pen défend une vision de la France fondée sur l'identité, la tradition et la souveraineté, en opposition aux réformes libérales de Macron.
Un nouveau venu qui bouscule le paysage politique
Dès septembre 2021, Éric Zemmour s'impose comme une figure médiatique incontournable en se lançant dans la course présidentielle. Son approche radicale et ses provocations verbales attirent l'attention, notamment avec son clip de lancement diffusé le 30 novembre 2021. Dans cette vidéo, il peint le tableau d'une France en déclin, où les citoyens auraient le sentiment de ne plus reconnaître leur propre pays. « Vous n'avez pas déménagé et pourtant vous avez la sensation de ne plus être chez vous », déclare-t-il. « Vous vous sentez étranger dans votre propre pays. Vous êtes des exilés de l'intérieur. »
Quelques jours plus tard, il dévoile son affiche de campagne, sur laquelle figure le slogan « Impossible n'est pas français », une formule empruntée à Napoléon Bonaparte. Pourtant, malgré ce clin d'œil historique, sa campagne peine à décoller. Les intentions de vote, qui rivalisaient avec celles de Marine Le Pen, commencent à fléchir. Un revirement qui n'échappe pas à la candidate du RN.
Marine Le Pen et la stratégie de la « dédiabolisation »
Face à l'ascension de Zemmour, Marine Le Pen adopte une approche radicalement différente. Plutôt que de jouer la carte de la provocation, elle mise sur une image rassurante, celle de la « bonne mère de la patrie ». Elle multiplie les déplacements sur le terrain, les apparitions sur les marchés, et cultive un discours plus apaisé. Son objectif ? Faire oublier les échecs passés, notamment celui de 2017, où elle avait été battue par Emmanuel Macron dès le premier tour.
Dès l'annonce de sa candidature, Marine Le Pen choisit un slogan volontairement rassurant : « La France apaisée ». Elle cherche à élargir son électorat en insistant sur des thèmes concrets comme le pouvoir d'achat. « Rendre leur argent aux Français » devient l'un de ses refrains, sous-entendant que les impôts et la dette publique seraient le fruit d'un « vol organisé » par le gouvernement sortant. Une rhétorique qui vise à séduire un électorat en proie à la lassitude économique.
Une rivalité ouverte et des attaques politiques ciblées
La tension entre Marine Le Pen et Éric Zemmour culmine lors des débats télévisés. La candidate du RN n'hésite pas à critiquer ouvertement son rival, qu'elle accuse de diviser l'extrême droite. Dans une interview, elle précise : « Je n'ai jamais attaqué Éric Zemmour à titre personnel, jamais. J'exprime des désaccords politiques à l'égard d'un concurrent politique. J'essaye de le faire toujours avec loyauté et sans faire preuve du mépris qu'il utilise à mon égard de manière systématique. »
Lors du débat d'entre-deux-tours face à Emmanuel Macron, elle réaffirme les fondements de sa candidature. « Malgré la fatigue et la lassitude de cinq années de confrontation permanente, de dégradation du niveau de vie, de privations, y compris des libertés individuelles et collectives, le peuple français aspire à la tranquillité », déclare-t-elle. Elle y défend une vision de la France centrée sur son identité, ses traditions, sa langue et ses paysages, en opposition aux réformes libérales portées par le président sortant.
L'affiche qui marque un tournant symbolique
Pour incarner cette nouvelle étape de sa carrière politique, Marine Le Pen choisit une affiche symbolique. On y voit son visage de face, le regard droit, avec le slogan « Femme d'État ». En haut de l'affiche, son prénom « Marine » est accompagné de la mention « présidente ». Une omission volontaire : son nom de famille, « Le Pen », a disparu. Ce choix n'est pas anodin. Il illustre sa volonté de se détacher de l'héritage politique controversé de son père, Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front National. Pourtant, malgré cette tentative de réinvention, ses détracteurs continuent de l'associer à l'histoire du parti d'extrême droite.
Cette stratégie de « dédiabolisation » s'accompagne d'une volonté de normalisation. Marine Le Pen cherche à incarner une figure présidentielle crédible, loin des polémiques qui ont longtemps entaché l'image du RN. Un pari risqué, dans un contexte où Éric Zemmour tente de capter une partie de cet électorat en radicalisant le discours.
« Le peuple français aspire à la tranquillité, aspire au retour du bon sens dans la gestion des affaires de l'État. Défendre ce qui fait l'âme de la France, comme le font d'ailleurs tous les pays du monde : notre identité, nos traditions nationales et locales, nos valeurs, notre langue, nos paysages. Et de le faire sans complexe. »
Marine Le Pen, lors du débat d'entre-deux-tours face à Emmanuel Macron en 2022.
Cette campagne de 2022 a ainsi illustré les défis auxquels sont confrontées les figures de l'extrême droite française. Entre radicalisation et normalisation, le choix des stratégies électorales reste un exercice d'équilibre délicat. Alors que les échéances de 2027 approchent, les observateurs politiques s'interrogent : la droite et l'extrême droite parviendront-elles à présenter un front uni, ou cette division persistante affaiblira-t-elle leur capacité à rivaliser avec le pouvoir en place ?
Marine Le Pen a souhaité marquer une rupture avec l'héritage politique de son père, Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front National. En omettant son nom de famille sur son affiche, elle a voulu incarner une nouvelle image, plus rassurante et moins associée aux polémiques passées. Cette stratégie s'inscrit dans sa volonté de « dédiaboliser » le Rassemblement National.