Selon Libération, le dessinateur Mana Neyestani, exilé en France, a rendu hommage à Marjane Satrapi, disparue le 4 juin 2026 à l’âge de 56 ans, soulignant l’impact majeur de son œuvre « Persepolis » sur la bande dessinée mondiale et les artistes iraniens en particulier.
Ce qu'il faut retenir
- Marjane Satrapi, autrice de « Persepolis », est décédée le 4 juin 2026 à l’âge de 56 ans.
- Son œuvre a marqué la bande dessinée mondiale, notamment en ouvrant la voie à une génération d’artistes.
- Mana Neyestani, dessinateur iranien exilé, évoque son influence dans un entretien avec Libération.
- « Persepolis » a été saluée pour sa représentation de la société iranienne et son apport à la culture graphique.
- L’œuvre a été traduite en de nombreuses langues et adaptée au cinéma.
Une œuvre majeure de la bande dessinée contemporaine
Marjane Satrapi, disparue ce 4 juin 2026, laisse derrière elle une œuvre culturelle incontournable. Son roman graphique « Persepolis », publié en plusieurs tomes entre 2000 et 2003, raconte son enfance et son adolescence en Iran, entre révolution islamique et guerre avec l’Irak. L’autrice y dépeint avec une grande justesse les contradictions d’une société en pleine mutation, tout en explorant les thèmes universels de l’identité, de la liberté et de l’exil. Son style épuré et son récit accessible ont conquis un public mondial, faisant d’elle une figure majeure de la bande dessinée francophone.
Selon Mana Neyestani, rencontré par Libération, «
Marjane Satrapi a ouvert la voie à de nombreux artistes d’Iran et d’ailleurs. Son travail a montré qu’il était possible de raconter des histoires personnelles tout en abordant des sujets politiques et sociaux complexes, sans tomber dans le misérabilisme.» Cette approche a inspiré toute une génération d’auteurs, bien au-delà des frontières iraniennes.
Un héritage culturel et politique
L’impact de « Persepolis » dépasse largement le cadre de la bande dessinée. Adapté en film d’animation en 2007 par Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, le récit a reçu le prix du Jury à Cannes et a été nommé à l’Oscar du meilleur film d’animation. L’œuvre a également été traduite en plus de 20 langues, touchant des millions de lecteurs à travers le monde. Pour beaucoup, elle reste un témoignage poignant d’une époque charnière de l’histoire iranienne, tout en offrant une réflexion sur la condition humaine.
Côté artistes, l’hommage est unanime. «
Elle a prouvé qu’une femme pouvait s’emparer de sujets politiques et les traiter avec une grande sensibilité, sans sacrifier l’intelligence du propos.», confie Mana Neyestani. Son influence se ressent aujourd’hui dans le travail de nombreux dessinateurs, qu’ils soient iraniens, français ou d’ailleurs, qui voient en elle un modèle de courage et de créativité.
Un artiste iranien en exil rend hommage
Mana Neyestani, lui-même exilé en France depuis plusieurs années, connaît bien l’impact que peut avoir une œuvre comme « Persepolis ». Dessinateur et caricaturiste, il a lui-même été confronté aux limites de la liberté d’expression dans son pays natal. Son propre travail, souvent teinté de satire politique, s’inscrit dans la lignée de ceux qui, comme Satrapi, osent défier les tabous. Dans un entretien accordé à Libération, il explique comment l’autrice a « démocratisé » la représentation de l’Iran dans la culture populaire.
« Ce n’est pas seulement une bande dessinée, c’est un pont entre deux cultures », souligne-t-il. Et d’ajouter : « Marjane a montré que l’on pouvait être à la fois profondément iranienne et universellement accessible. C’est cette dualité qui fait la force de son œuvre. » Son décès laisse un vide, mais aussi une responsabilité pour les artistes qui, comme Neyestani, continuent de porter cette voix.
Cette disparition rappelle aussi l’importance de la liberté artistique, un combat que Satrapi a mené toute sa vie, entre l’Iran et la France. Pourrait-on voir émerger, dans les mois à venir, des projets collaboratifs ou des expositions dédiées à son œuvre ? La réponse, pour l’instant, reste ouverte.