L’autrice, réalisatrice et figure engagée de la bande dessinée contemporaine, Marjane Satrapi, est décédée ce 4 juin 2026, comme l’a annoncé son entourage. Artiste majeure, elle laisse derrière elle une œuvre profondément marquée par l’exil, la mémoire et la liberté, selon Le Figaro.

En octobre 2015, à l’occasion du festival « Mon premier festival » organisé par la Ville de Paris, elle avait accordé un entretien au quotidien, revenant sur ses premiers souvenirs, de l’Iran à la France. Des confessions intimes qui révèlent, entre autres, son rapport unique à la liberté et à l’exil.

Ce qu'il faut retenir

  • Décès de Marjane Satrapi le 4 juin 2026, figure majeure de la BD et du cinéma.
  • En 2015, elle évoquait avec Le Figaro ses souvenirs d’enfance en Iran et ses premiers pas en France.
  • Son premier souvenir iranien remonte à trois ans : une scène chez sa tante, où elle était perchée sur un placard, incapable de descendre sans aide.
  • En France, elle associait la liberté à une odeur très précise : celle du métro parisien.
  • Elle attribuait à Bruce Lee son initiation aux arts martiaux après une séance de cinéma.
  • Son album Persépolis lui a valu le prix Alph-Art coup de cœur en 2001.

Un premier souvenir d’Iran à trois ans

Parmi les récits qu’elle partageait avec Le Figaro en 2015, Marjane Satrapi revenait sur son premier souvenir d’Iran. Elle avait alors trois ans et se trouvait chez sa tante. « Mes cousins m’avaient mise en haut d’un placard. Je criais “au secours !”, mais eux, ils rigolaient. Je ne pouvais pas descendre toute seule », racontait-elle. Ce moment, qu’elle qualifiait elle-même de « premier vrai souvenir » conservé de son pays natal, illustre l’innocence et la vulnérabilité de l’enfance, avant que l’exil ne devienne une réalité.

Pour l’artiste, ce souvenir était aussi le premier d’une série de déracinements. L’Iran de son enfance, marqué par les tensions politiques, contrastait déjà avec la quête de liberté qui allait définir une partie de sa vie.

La France et le métro, symbole de liberté

Si ses premières années en Iran étaient liées à des souvenirs familiaux, son arrivée en France en a forgé d’autres, tout aussi marquants. Marjane Satrapi évoquait avec émotion une sensation immédiate et inattendue : « C’était l’odeur du métro. Je me suis dit : ça, c’est l’odeur de la liberté », déclarait-elle à Le Figaro. Une association d’idées qu’elle reconnaissait elle-même comme « bizarre », mais qui, pour elle, résumait parfaitement l’émancipation ressentie à son arrivée dans le pays.

Cette perception olfactive, presque anodine pour beaucoup, devenait pour elle un symbole fort de la rupture avec son passé et le début d’une nouvelle existence. Autant dire que cette odeur du métro parisien restera à jamais gravée dans sa mémoire comme le parfum de sa liberté.

Bruce Lee et les arts martiaux

Le cinéma occupait également une place centrale dans ses souvenirs. Elle racontait avoir vécu une séance de film avec Bruce Lee avec une intensité telle que l’expérience avait marqué un tournant dans sa vie. « En sortant, on était tous remontés à bloc. On s’est tapés pendant une heure. Après ça, j’ai fait des arts martiaux », expliquait-elle à Le Figaro.

Cette anecdote illustre l’influence du cinéma de kung-fu sur sa génération, mais aussi sur sa propre personnalité. Les arts martiaux sont devenus bien plus qu’une passion : une discipline, voire une philosophie de vie. Une passion qui, des années plus tard, trouvera écho dans ses propres créations artistiques.

Persépolis et l’écriture de droite à gauche

Lorsqu’elle évoquait ses débuts comme autrice de bande dessinée, Marjane Satrapi revenait sur la genèse de Persépolis, son œuvre la plus célèbre. Elle expliquait notamment sa méthode pour organiser les bulles de dialogue : « Pour les bulles, je mettais toujours à droite ce qui devait être dit en premier », précisait-elle. Cette habitude, héritée de l’écriture de droite à gauche en persan, lui venait de sa langue maternelle. Pourtant, elle avouait avoir appris plus tard que « il faut mettre à gauche ».

Cette anecdote, à la fois technique et culturelle, révèle l’importance de l’héritage linguistique dans sa création. Le succès de Persépolis a d’ailleurs été récompensé en 2001 par le prix Alph-Art coup de cœur, une consécration qui a marqué le début de sa reconnaissance internationale.

Une œuvre engagée et humaniste

Marjane Satrapi a bâti une carrière sur des thèmes universels : l’exil, la mémoire, la liberté et la résistance. Son œuvre, souvent autobiographique, a su toucher des millions de lecteurs à travers le monde. En 2007, elle a également réalisé l’adaptation cinématographique de Persépolis, en collaboration avec Vincent Paronnaud, un film qui a reçu le prix du jury à Cannes et une nomination aux Oscars.

Son engagement pour les droits humains et la justice sociale transparaissait dans chacune de ses créations. Que ce soit à travers ses bandes dessinées ou ses films, elle a toujours cherché à donner une voix à ceux qui en étaient privés, notamment les femmes et les exilés.

Et maintenant ?

Avec le décès de Marjane Satrapi, le monde de la culture perd une artiste majeure, dont l’œuvre continuera sans doute d’inspirer les générations futures. Les hommages se multiplient déjà, à l’image de ceux d’Emmanuel Macron, de Joann Sfar ou encore de Riad Sattouf, qui saluent une « immense artiste ». Reste à voir comment son héritage littéraire et cinématographique sera perpétué dans les années à venir, notamment à travers les rééditions de ses œuvres et les adaptations futures.

Son parcours, marqué par des allers-retours entre l’Iran et la France, rappelle que la liberté est souvent une conquête personnelle, parfois aussi simple qu’une odeur de métro.

Parmi ses œuvres les plus connues figurent la bande dessinée Persépolis, publiée entre 2000 et 2003, ainsi que son adaptation cinématographique en 2007, co-réalisée avec Vincent Paronnaud. Elle a également écrit et réalisé d’autres films comme Poulet aux prunes (2011) et La Bande des Jotas (2012).