La dessinatrice, scénariste et réalisatrice franco-iranienne Marjane Satrapi est décédée jeudi 4 juin 2026 à Paris, à l’âge de 56 ans, a annoncé sa famille. Selon Franceinfo - Culture, sa disparition intervient un peu plus d’un an après celle de son époux, Mattias Ripa, producteur, acteur et scénariste, décédé le 8 avril 2025. « Depuis sa mort, Marjane n’était plus la même », a confié son amie, la professeure de sociologie politique Azadeh Kian, à Franceinfo - Culture.

Ce qu’il faut retenir

  • Marjane Satrapi, autrice de la bande dessinée à succès Persepolis, disparaît à 56 ans après une vie marquée par l’exil et l’engagement artistique.
  • Son décès survient moins de 15 mois après celui de son mari, Mattias Ripa, un choc dont elle ne s’est jamais remise, selon ses proches.
  • Persepolis, publié entre 2000 et 2003, a révolutionné le genre du roman graphique et touché un public mondial, notamment en Iran.
  • L’artiste avait refusé la Légion d’honneur en 2025 pour dénoncer « l’hypocrisie de la France » face à la répression en Iran.
  • Jusqu’à ses derniers jours, elle suivait avec préoccupation l’actualité iranienne, malgré son exil en France depuis 1994.

Une œuvre majeure qui a redéfini le roman graphique

Née en 1969 à Rasht, en Iran, Marjane Satrapi a fui son pays natal à l’adolescence pour échapper au régime, avant de s’installer en Autriche puis en France en 1994. Naturalisée française en 2006, elle a marqué l’histoire de la bande dessinée avec Persepolis, une autobiographie en quatre tomes publiée entre 2000 et 2003. Ce récit graphique, qui raconte son enfance en Iran pendant et après la révolution islamique, a non seulement séduit des millions de lecteurs dans le monde, mais il a aussi lancé une véritable « mode » des romans graphiques destinés à un public adulte.

Selon Franceinfo - Culture, Azadeh Kian rappelle que Persepolis « raconte son vécu en tant que petite fille » et qu’il a ouvert la voie à des récits plus personnels et engagés dans la bande dessinée. « Ses travaux artistiques ont eu un impact très important, à l’échelle mondiale, mais également chez les Iraniens et les Iraniennes », souligne-t-elle.

Un engagement politique et humaniste jusqu’au bout

Malgré son exil, Marjane Satrapi est restée profondément attachée à la situation en Iran, pays qu’elle aimait malgré sa critique acerbe du régime en place. « On a beaucoup discuté ces derniers temps malgré son état de santé », relate Azadeh Kian. Leurs échanges portaient notamment sur l’actualité iranienne, que l’autrice suivait avec une attention constante. « Elle était très préoccupée par la situation en Iran », précise son amie.

En 2025, Satrapi avait refusé la Légion d’honneur française, une distinction qu’elle jugeait incompatible avec ses positions. « Si j’accepte ce prix, ça veut dire que je dois me taire. Or je ne veux pas me taire, je veux continuer à dire ce que j’en pense », avait-elle expliqué à Franceinfo - Culture. Une décision qui témoignait de son refus de toute compromission avec des institutions qu’elle estimait complaisantes envers la répression en Iran.

« C’était aussi pour moi une héroïne. »
Azadeh Kian, professeure de sociologie politique et amie de Marjane Satrapi

Une disparition qui s’inscrit dans un contexte familial douloureux

Le décès de Marjane Satrapi intervient moins de quinze mois après celui de Mattias Ripa, son compagnon de longue date et partenaire créatif. « Ils ont grandi ensemble », confie Azadeh Kian. « Depuis sa mort, Marjane n’était plus la même. Elle me disait : "J’arrête de me battre et je veux partir". » Un communiqué de ses proches, transmis à l’AFP, confirme qu’elle est « morte de tristesse ».

Le couple, uni depuis des décennies, avait partagé une vie marquée par l’exil, l’engagement artistique et une profonde complicité. Leur séparation brutale a laissé une empreinte indélébile sur l’artiste, qui n’a jamais pu faire son deuil. « Marjane n’était plus la même », résume son amie, confirmant les témoignages de ses proches.

Et maintenant ?

La disparition de Marjane Satrapi laisse un vide dans le paysage culturel français et iranien. Son œuvre, déjà considérée comme un classique, pourrait connaître une nouvelle postérité avec des rééditions ou des adaptations. Reste à savoir si ses archives ou projets inachevés seront un jour rendus publics. En Iran, où son travail a toujours suscité des débats, sa mort relance également les questions sur la liberté d’expression et le rôle des artistes dans l’exil. Les hommages devraient se multiplier dans les semaines à venir, notamment de la part d’institutions culturelles françaises et internationales.

La question de l’héritage de Marjane Satrapi dépasse le cadre artistique : elle interroge aussi le poids de l’exil, la responsabilité des artistes face à l’histoire, et la capacité des œuvres à transcender les frontières. Autant dire que son influence continuera de s’exercer bien au-delà de sa disparition.

Son œuvre majeure, Persepolis, a révolutionné le genre du roman graphique en abordant des thèmes universels — l’exil, la liberté, la mémoire — à travers un récit autobiographique. Publié entre 2000 et 2003, ce roman graphique a été traduit en plus de 20 langues et adapté au cinéma en 2007, contribuant à sa renommée mondiale.

L’artiste a justifié son refus en dénonçant « l’hypocrisie de la France » face à la répression en Iran. Pour elle, accepter cette distinction aurait signifié une forme de silence complice, alors qu’elle souhaitait continuer à dénoncer les injustices, notamment celles commises par le régime iranien.